La région Ile-de-France compte près de 30000 équipements sportifs[1]. Cette réalité reflète l’importance civilisationnel du sport mais ne permet pas exactement de mesurer l’enjeu patrimonial qui s’attache aux équipements eux-mêmes. Le sport est affaire de normes : celle qui compte les points, celle qui énonce les règles ou encore celle qui mesure les temps. Les établissements recevant du public (ERP) que sont les équipements sportifs sont grevés d’autres normes qui nécessitent de périodiques adaptations de la part des architectures et qui complexifient les programmes.
Face aux rénovations et parfois destructions d’édifices, il ne reste que peu d’exemples offrant encore à nos yeux l’état initial de leur conception, tel que les architectes ou les ingénieurs les ont proposés, en alliant une esthétique et une réponse aux normes de leurs temps.
Pour les regrouper, la question de la typologie est essentielle mais complexe. Celle éditée par le ministère des Sports à des fins statistiques contient près de 180 types différents, dans 28 familles[2].
Dans une optique patrimoniale, nous avons retenu six familles qui se scindent elles-mêmes en deux : les équipements de plein air (stades avec ou sans tribunes ; espaces pour la pratique des sports nautiques, le plus souvent dans des espaces naturels et enfin les architectures environnant les pistes de vitesse comme les hippodromes ou les autodromes) et les équipements couverts (gymnases et salles apparentés, piscines et autres bassins, patinoires).
L’inventaire thématique s'est inscrit à l’échelle du territoire régional et de ses huit départements. Cependant, les départements des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne ayant déjà été étudiés par l’Inventaire Ile-de-France sous la conduite d’Antoine Le Bas, et la Seine-Saint-Denis par Hélène Caroux, l’accent a été porté sur les départements dépourvus d’étude d’ensemble[4]. Dépassant le cadre habituel de Paris et de la petite couronne, cette appréhension large et inédite, permet la confrontation des modes d’implantation et de construction, notamment en milieu urbains, ruraux et dans les villes nouvelles.
Cette volonté d’élargissement de la focale s’apprécie également à travers les bornes chronologiques choisies. Le début est fixé aux années 1880, décennie charnière à partir de laquelle les édifices sportifs deviennent une typologie architecturale à part entière et pour laquelle il subsiste toujours quelques édifices en Ile-de-France comme la piscine Oberkampf, dans le 11e arrondissement de Paris. À l’opposé, il a été décidé d'intégrer des édifices extrêmement récents, parfois à peine inaugurés au moment de l'étude, pour témoigner de la singularité des propositions en lien avec les Jeux de 2024. Dans ce long XXe siècle, les équipements construits avant la Seconde Guerre mondiale sont dans leur ensemble bien connus et étudiés, c’est pourquoi, et dans une logique d’équilibrage des connaissances, une part importante a été accordée aux Trente Glorieuses et aux décennies suivantes.
Afin de pouvoir mener à bien ce projet sur un temps retreint, un resserrement dans le choix des édifices sportifs à étudier a été effectué. En effet, seuls les équipements issus de commandes publiques et privées ont été appréciés. Ainsi, les gymnases, piscines et stades construits et/ou rattachés à des établissements scolaires, n'ont pas été intégrés au moment du repérage. Bien que ces derniers soient eux aussi le reflet de l’évolution des problématiques autour du sport, ils s’inscrivent dans des programmes de construction à portée strictement éducative, un aspect certes incontournable, mais qui existe par ailleurs dans les édifices accessibles à tous.
Cette étude a permis d'ajouter à la base de connaissance du service de l'Inventaire, une centaine de réalisations emblématiques, depuis la fin du XIXe siècle.
[1] Le ministère des sports actualise chaque jour la base des équipements sportifs français Data ES sur https://equipements.sports.gouv.fr
[2] Ministère des sports et des jeux olympiques et paralympiques, Manuel méthodologique. Types d'équipements, mis à jour le 11 septembre 2023, 31 p.
[3] Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, Rapport officiel : Paris 2024, 30 avril 2025, 275 p.
[4] LE BAS, Antoine, Architectures du sport (1870-1940). Val-de-Marne, Hauts-de-Seine, Cahier de l’Inventaire, Paris, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Région Ile-de-France, 1991CAROUX, Hélène, Sport et architecture en Seine-Saint-Denis. Les équipements sportifs de la banlieue du Nord-Est parisien (XIXe – XXe siècle), Collection Dominique Carré Paris, La Découverte, 2017. Voir également les dossiers réalisés au cours de cet inventaire et disponibles en ligne sur le site : https://patrimoine.seinesaintdenis.fr/
Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.