Dès l’Antiquité, le gymnase est un concept polysémique qui se confond avec la palestre et désigne la pratique de plein air, avec ou sans portique, et la pratique à couvert[1].
De nos jours, le mot n’évoque plus ces espaces munis de portiques (pour des montées à la corde lisse ou à nœud, aux échelles ou à la barre, des poutres d’équilibre, etc…) ou autres appareils, tel qu’on peut encore les découvrir en nombre sur les cartes postales du début du XXe siècle. Le terme regroupe désormais une large famille d’équipements entièrement couverts et rejointe par les arenas de dernière génération. Pour ces dernières, on peut considérer le Palais des sports (aujourd’hui Dôme de Paris) inauguré en 1960 comme le point de départ d’une chronologie qui passe par le POPB Paris-Bercy en 1980 et se prolonge à la Porte de la Chapelle en 2024.
Pour témoigner de cette diversité, nous avons regroupé avec les gymnases toutes les architectures sportives couvertes, du boulodrome au stand de tir, en passant par la salle d’escalade ou la caserne de pompiers.
A la faveur de la théorisation de l’« architecture moderne gymnastique » par Francisco Amoros (1770 – 1848) dès les années 1810 à Paris, on assiste à la naissance des premiers modèles de terrains de sport proposant divers équipements couverts[2]. Les casernes et les écoles seront alors des lieux propices aux expérimentations. Le programme d’un gymnase stricto sensu naît après une lente maturation, au milieu du XIXe siècle. Dans les réponses à ce programme, il faut distinguer les grandiloquents projets développés au sein de l’école des beaux-arts et jamais mis en œuvre, des propositions effectives qui ont finalement émergé. Si les projets sont signés de grand nom de l’architecture, les célèbres halles charpentées, dont les gymnases Paz et Triat sont des modèles, disposent de rares sources de première main pour en connaître l’histoire architecturale. Les représentations semblent parfois fantaisistes ou outrées dans les dimensions. Il faut pour l’heure se contenter de pistes, notamment quand Triat mention l’architecte Eugène Fanost pour le dessin de son gymnase de la rue des Martyrs.
A la fin du XIXe siècle, à la faveur d’un intérêt pour les activités physiques[3], au-delà du développement d’une gymnastique patriotique[4], deux premiers modèles peuvent être opposés : le « gymnase moderne » urbain[5] et le gymnase extensif, plutôt rural. L’hôtel particulier de la rue de Trévise abritant la YMCA est un exemple parfait du premier type auquel on pourrait ajouter des clubs privés comme l’Automobile club de France de la place de la Concorde[6]. Dans ce contexte très urbanisé, il faut aussi citer les institutions privées ouvertes au public, dont le gymnase Christmann constitue un rare survivant.
Dans le cas du modèle extensif, le parc de la Société d’enseignement moderne de Bry-sur-Marne, voulu par Léopold Bellan, est un modèle[7]. Le gymnase, inscrit monument historique en 2008 est la pièce maitresse d’un parc qui abritait également un stand de tir et devait accueillir une piscine[8].
La période de l’entre-deux guerres sera marquée par une intense municipalisation des sports et la création de nombreux gymnases publics qui ne sont pourtant pas standardisés. Après la seconde Guerre mondiale, comme pour les piscines et certains stades, on cherche à couvrir la plus grande surface possible en faisant preuve d’audace technique. Le profil en voile distingue certaines constructions comme la charpente béton de l’Ile-des-Vannes ou le tennis couvert en lamellé-collé Suzanne-Lenglen dans le 15e arrondissement.
Les matériaux et les programmes sont variés. On pense par exemple à la brique qui réunit des édifices divers comme le gymnase Liberté à Pantin ou les gymnases Bidassoa et Jaurés à Paris. Comme pour les piscines, les trois lois de programme ont incité à la multiplication des équipements sportifs pour accompagner l’accroissement de la population durant les Trente glorieuses. Les années 1970 virent l’avènement du modèle de COmplexe Sportif Evolutif Couvert (COSEC) dont Draveil conserve un exemple assez complet (néanmoins restauré).
[1] LE CŒUR, Marc. « Couvert, découvert, redécouvert… » in Histoire de l’éducation [en ligne]. Mai 2004, n° 102, p. 109‑135.
[2] GOUDESEUNE, Romuald. « Les gymnases parisiens des années 1815-1848. » in Monumental. 2023, Vol. II, p. 26‑27.
[3] TETART, Philippe, VILLARET Sylvain (dir.) Les édiles au stade : aux origines des politiques sportives municipales vers 1850-1914. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2020.
[4] ARNAUD, Pierre (dir.). Les athlètes de la république : gymnastique, sport et idéologie républicaine 1870-1914. Paris Montréal : l’Harmattan, 1998.
[5] Concept évoqué dans l’article « La conférence olympique » in L’éducation physique, 30 juin 1906. Les plans de ce gymnase-type sont présentés par Gustave Rives dans le Congrès international de sport et d’éducation physique, sous le haut patronage de S. M. Léopold II, roi des Belges. Palais des Académies, Bruxelles, 9-14 juin 1905. Auxerre : impr. de A. Lanier, 1905.
[6] Il n’a pas été retenu dans notre corpus à cause de son caractère éminemment privé.
[7] Seul le Parc des sports Pommery et son collège d’athlètes à Reims offre un aboutissement encore plus développé, en dehors de l’Ile-de-France.
[8] Les plans de ce projet sont disponibles au Centre des archives d’architecture contemporaine sous la cote 76 IFA 2523/26.