Dossier d’œuvre architecture IA95000582 | Réalisé par
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de villégiature ou château de la Bûcherie
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Philippe Ayrault, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Saint-Cyr-en-Arthies
  • Lieu-dit la Mothe
  • Adresse 5 rue du Parc
  • Cadastre 1834 B 6  ; 2016 B 858
  • Dénominations
    château
  • Précision dénomination
    Maison de plaisance, maison de villégiature
  • Appellations
    Château de la Bûcherie
  • Destinations
    château
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin, pièce d'eau, bibliothèque, belvédère, pavillon de jardin, cascade, écurie

« Ce village est dans une vallée. M. le comte de Slade, chevalier de Saint-Louis, est propriétaire du château avec un parc de 120 arpens. Le terroir de cette commune est en labour et en bois. » (Oudiette, Dictionnaire topographique, 1821). Quelques décennies plus tard, la luxuriante vallée que domine le château est aménagée par Barillet-Deschamps, qui travaille en même temps au parc des Buttes-Chaumont. La Bûcherie est le dernier jardin privé conservé du célèbre paysagiste.

Le domaine a d'abord appartenu à la famille de Sailly, du XVIe au milieu du XVIIIe s. puis, brièvement, aux Pommereuil. Les Gogué de Moussonvilliers en sont propriétaires en 1776 et jusqu'à la Révolution. En 1808 le château est acheté par le comte Hay de Slade[1]. Il connaît plusieurs états successifs, très éloignés de ce qu'il deviendra dans la deuxième moitié du XIXe s. Une carte du « duché de la Roche-Guyon et de la baronnie d’Arthie », levée en 1698[2], montre un corps de logis rectangulaire à haute toiture à quatre pans. Un petit retour en équerre à l’est apparaît sur une autre carte du duché, levée en 1737 et exposée au château de la Roche-Guyon[3]. Plusieurs bâtiments sont par la suite construits autour du logis et forment une cour, visible sur le plan cadastral de 1834. La ferme, au sud, est considérablement agrandie[4] et les terres alentour, libérées de l’enceinte encore visible sur le plan de 1737, sont vastes ; le château domine un paysage formé de forêts et de prairies, parcourues en contrebas par une rivière. Un jardin aux allées régulières s’étend à l’ouest du logis.

Au décès du comte Richard Hay de Slade[5], en 1850, la famille Firmin-Didot achète le château pour en faire sa maison de campagne. L'acheteur officiel est Paul Firmin-Didot (1826-1905), alors âgé de 24 ans, fils de Hyacinthe (1794-1880) et neveu d'Ambroise Firmin-Didot (1790-1876). Les deux frères, Hyacinthe et Ambroise, quatrième génération d’une longue lignée d’imprimeurs[6], dirigent l’entreprise familiale d’imprimerie et d’édition depuis 1827. Ils entreprennent à Saint-Cyr-en-Arthies d’importantes modifications. Le château est agrandi et réaménagé, le parc, entièrement remodelé, et dans les communs est créée une vaste bibliothèque, à l'initiative d'Ambroise, helléniste distingué, bibliophile et collectionneur[7]. Ce bâtiment indépendant est placé en majesté dans la cour nord, faisant face à la maison et à son entrée principale. Les témoignages des invités ne laissent pas de doute quant à l’importance de ce lieu. Il abritait une collection de livres exceptionnelle, acquise au fil des voyages et des travaux d'Ambroise Firmin-Didot[8].

Les travaux du château et de la bibliothèque sont achevés lorsqu’en 1864 Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), l’architecte paysagiste le plus réputé de l’époque, dessine de nouveaux plans[9] pour le parc du château qu’il transforme en parc paysager. La ferme, au sud du parc, est entièrement déplacée à l’est du domaine, de part et d’autre de l’allée de tilleuls qui conduit au château. Le paysagiste tire parti de la pente naturelle et des accidents du terrain, ainsi que de la présence de la rivière qui chemine au fond du vallon pour créer des étangs et une cascade, pièce maîtresse de la composition. Une percée est ménagée dans les bois ; des chemins courbes, aujourd’hui disparus, parcourent les reliefs.

Le château reste dans la famille Firmin-Didot jusqu'en 1953. Il subit d'importants dégâts sous l'occupation allemande. Quelques années plus tard, entre 1953 et 1957, Elisabeth Maupoil (1914-1994) achète le château et entreprend de le restaurer. Née en Biélorussie, Elisabeth Nalecz-Korzeniowsky, est la veuve de l’ethnologue Bernard Maupoil, tué en déportation en 1944. Elle a pour projet de créer à Saint-Cyr-en-Arthies une fondation à la mémoire de son mari. Le château est loué pour des séminaires mais la fondation ne voit pas le jour. C’est de cette époque que vient le nom de la Bûcherie, prosaïquement hérité du restaurant que Mme Maupoil possède rue de la Bûcherie à Paris[10]. A son décès elle lègue la propriété au Conseil international de la langue française, qui poursuit les activités de location d’espaces, conduit de nombreux travaux dans le parc et le château, notamment après un incendie en 1994 qui ravage l’aile est et voit disparaître toutes les archives. L’association, en la personne de son président, Hubert Joly, mène des recherches historiques sur le domaine[11].

Vendu à une société privée, la Bûcherie est aujourd’hui un hôtel de luxe.  

[1] Dossier de pré-inventaire, Archives départementales du Val d'Oise, 2511 W 4791, 1984.

[2] Carte du duché de La Rocheguyon forest et baronnie d’Arthye, 1698, manuscrit sur vélin, 62 x 86 cm, AD 95, 10J 1951, citée par Anne-Lucie Baumann, Mélanie Berghman, Ingrid Valet, « L’ouverture au public d’un parc privé, étude historique et paysagère du parc du château de la Bûcherie », Mémoire de Master 2 Jardins historiques, patrimoine et paysage, Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Stéphanie de Courtois et Denis Miraillé, 2013, p. 19.

[3] PM95000596 pop.culture.gouv.fr : « Carte du duché de La Roche-Guyon, forêts et baronnie d'Arthie levée en 1737 par M. Devillars et refaite en 178… par F. Crombée », huile sur toile, conservée au château de la Roche-Guyon, 230 x 400 cm. Classée monument historique.

[4] AD 95, 3P 3025.

[5] AN, MC/RE/XXXI/19, 98 v°-121 r.

[6] Firmin Didot père décède en 1836.

[7] Henri Wallon, « Notice sur la vie et les travaux de M. Ambroise Firmin-Didot, membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 30ᵉ année, n° 4, 1886, p. 538-580.

[8] Wallon, op. cit., p. 570.

[9] Daté d’avril 1864, le dessin aquarellé original est conservé au château.

[10] Bulletin des annonces légales obligatoires à la charge des sociétés financières, 14 déc. 1953, p. 32/112.

[11] Voir les travaux d’Hubert Joly sur le château de la Bûcherie : https://www.calameo.com/read/0009039474e5cb944458e

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 1er quart 20e siècle

L’édifice se présente sous la forme d’un vaste corps de plan barlong pourvu de deux ailes latérales en saillie côté jardin. L’aile est, étroite et désaxée, est un vestige du premier château. Son pendant ouest a été construit tardivement par Georges Firmin-Didot, en 1903, afin d’établir une symétrie[1]. Côté parc, ces avant-corps confèrent une grande élégance à la façade, qui embrasse largement la vue sur le parc, ses bois, ses vallons et ses percées vers le lointain. L'axe central est marqué par une large porte-fenêtre surmontée d'un balcon. L'ensemble est couronné d'un fronton triangulaire à modillons, percé d'une lucarne sommée d'un fronton cintré, qui fait écho à ceux des lucarnes des ailes latérales. Côté cour, la façade, presque plate, est d’une relative austérité, tout en ayant reçu le même décor de brique et pierre, avec chaînes d’angle harpées et encadrements des baies en demi-harpe. Les propriétaires ont choisi d'imprimer un style Louis XIII au château[2]. De tous les styles historicistes, celui-ci est le plus courant en Île-de-France, et le plus persistant[3]. Il témoigne d’un certain conformisme plutôt que d’une envie de se démarquer de la part du commanditaire.

Le vestibule ouvre sur un magistral escalier tournant suspendu, dont le limon courbe dessine l’ouverture discrète vers un salon intime situé en retrait. Le dessin de l’escalier, très soigné, est un vrai morceau de bravoure avec ses premiers degrés convexes en pierre, qui s’étalent en s’élargissant, et sa rampe d’appui en serrurerie qui vient mourir dans le mur. Les commanditaires n'ont pas cherché l'homogénéité entre bâti et décors en adoptant ici, pour la rampe d'appui un motif de frise de postes continue typique du style Louis XVI. Le rez-de-chaussée est composé d’une succession de salons à boiseries tandis que l’étage est réservé aux chambres, desservies par un couloir central.

Une bibliothèque indépendante a été construite en l'adossant aux restes d’un ancien mur d’enceinte, à proximité des écuries. Elle trône dans la cour d’honneur et se distingue par ses pans de bois. Si le choix d'un style régionaliste est original pour une bibliothèque, le néo-normand est lui couramment utilisé à cette époque pour les dépendances des maisons de campagne. La porte d’entrée passée, une porte vitrée convexe ouvre sur un escalier en vis, à marches de bois et col de cygne, étroit passage débouchant au beau milieu de ce qui devait être le véritable royaume du propriétaire, sa bibliothèque. Tout l'étage est occupé par la vase pièce, entourée sur trois côtés de rayonnages.

  

[1] Georges est le fils de Paul, et petit-fils d'Hyacinthe. Dans les combles sont visibles les chaînes du mur d’origine. La date de 1903 y est inscrite. Témoignage d’Hubert Joly, président du Conseil international de la langue française, propriétaire du château de 1994 à 2010.

[2] On ignore à quoi ressemblait le château primitif.

[3] On construit encore des maisons de campagne sous les traits de châteaux Louis XIII au début du XXe s., comme par exemple à Nainville-les-Roches (IA91001009 Diagnostic patrimonial du Centre-Essonne, p. 25) ou à Vaugrigneuse, château de la Fontaine-aux-Cossons, bâti pour le comte de Biré.

  • Murs
    • brique pierre avec brique en remplissage
    • pan de bois
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier en H
  • Étages
    sous-sol, 2 étages carrés, comble à surcroît
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
    • noue
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour suspendu
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété d'une société privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    château, maison, jardin
  • Sites de protection
    site inscrit

Documents d'archives

  • Carte du duché de la Roche-Guyon et de la baronnie d’Arthie, manuscrit sur vélin, 62x86 cm, 1698

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 10J 1951
  • Carte du duché de La Rocheguyon et de la forest et baronnie d’Artye, av. 1745, manuscrit sur vélin, 61 x 86 cm

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 10J 1952
  • Plan cadastral, section B, le village, 1ère feuille. 1834

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 3P 3025
  • Cahier des charges d'un domaine avec adjudication à Paul Firmin-Didot le 3 juillet 1850, liquidation de la succession le 2 octobre 1850.

    Archives nationales, Paris : MC/RE/XXXI/19
  • Dossier de pré-inventaire. Patrimoine bâti de Saint-Cyr-en-Arthies. Château. Extérieurs, intérieurs, communs, parc. 1984

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 2511 W 4791

Bibliographie

  • Henri Wallon, « Notice sur la vie et les travaux de M. Ambroise Firmin-Didot, membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 30ᵉ année, n° 4, 1886, p. 538-580.

    En ligne : https://www.persee.fr/issue/crai_0065-0536_1886_num_30_4

  • Anne-Lucie Baumann, Mélanie Berghman, Ingrid Valet, « L’ouverture au public d’un parc privé, étude historique et paysagère du parc du château de la Bûcherie », Mémoire de Master 2 Jardins historiques, patrimoine et paysage, École nationale supérieure d’architecture de Versailles, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Stéphanie de Courtois et Denis Miraillé, 2013, p. 19.

  • Roselyne Bussière, Marianne Métais, et alii, Châteaux, villas et folies, Villégiature en Ile-de-France, Région Île-de-France, Lieux Dits Editions, 2024

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine

Documents figurés

  • « Carte du duché de La Roche-Guyon, forêts et baronnie d'Arthie levée en 1737 par M. Devillars et refaite en 178… par F. Crombée »

    huile sur toile, 230 x 400 cm. Classée monument historique : PM95000596

    Château de La Roche Guyon

Documents multimédia

  • Hubert Joly, Histoire du château de la Bûcherie, 1999, document en ligne.

    https://www.calameo.com/read/0009039474e5cb944458e

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2023
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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