Cahier des clauses scientifiques et techniques : La villégiature en Ile-de-France
1) Contexte institutionnel et objectifs
Le service de l’Inventaire d’Ile-de-France étudie la villégiature depuis sa création, en 1980, soit à l’occasion d’inventaires topographiques, de diagnostics, ou dans le cadre d’enquêtes dédiées comme les études sur le Vésinet, Maisons-Laffitte, Elisabethville. Après quarante ans de travaux, la villégiature est bien connue, suffisamment pour savoir qu’elle est présente sur tout le territoire et qu’elle se manifeste par des constructions de toutes typologies, émanant de toutes les catégories sociales.
Certains secteurs toutefois demeurent peu explorés. Les grands sites de Barbizon, l’Isle-Adam et le Raincy, bien connus comme terres de villégiature, n’ont pas été étudiés. Un recensement reste aussi à effectuer sur des pans entiers de départements, notamment dans la Seine-et-, le Val-d’Oise et la Seine-Saint-Denis.
Ainsi cette enquête se veut-elle d’abord une compilation des données accumulées, qui doivent être complétées et documentées. Elle prétend prendre de la hauteur et embrasser le sujet de façon globale, à l’échelle du territoire et des sociétés qui le composent, dans une chronologie presque aussi large que le sujet, du XVIIIe s. au milieu du XXe s. Cette démarche diachronique distinguera la présente étude des travaux précédents sur la villégiature, qui se sont souvent consacrés au XVIIIe s. ou au XIXe s. sans étudier le phénomène sur la longue durée sur un même territoire. Autre aspect inédit, Paris fera partie intégrante du corpus, représenté par plusieurs maisons de plaisance, dont la plus célèbre est Bagatelle.
2) Descriptif de l’opération
a) Une étude à l’échelle du territoire francilien
Les huit départements de l’Île-de-France ont été identifiés comme terres de villégiature. L’étude se consacrera donc à l’Île-de-France dans son entier afin de rendre compte de la globalité de la pratique de la villégiature sur ce territoire.
Si certains sites présentent une attractivité évidente, tels que les abords des fleuves et rivières, mais aussi les colonies de villégiature, comme le Vésinet, ou encore la station balnéaire d’Elisabethville, l’étude à l’échelle du territoire francilien met en évidence le fait qu’en dehors de ces lieux, soit naturellement enchanteurs, soit conçus de toutes pièces pour la villégiature, une multitude de localités offrant un rapport privilégié à la nature ont su attirer les Parisiens désirant se mettre au vert.
Les qualités du paysage sont appréciées différemment selon les époques. Une situation panoramique et en hauteur, permettant une vue sur un vaste paysage humanisé, avec des villages et des champs cultivés, est particulièrement prisée depuis le XVIe s. Le goût pour les bords de rivière apparaît plus tardivement, au XIXe s.
La villégiature n’est pas un phénomène spécifiquement francilien. Même avant la création puis la démocratisation des stations balnéaires et des stations de ski, de nombreuses villes françaises ont vu leurs habitants, dès le XVIIe siècle, chercher un coin de verdure à proximité de leur résidence principale. Cette villégiature « de bord de ville[1] », comme elle pouvait l’être de bord de mer, a aussi été étudiée autour des villes d’Angers[2], Lyon, Marseille[3], de façon plus ou moins approfondie.
b) Configuration géographique du territoire, situation et site
La diversité du territoire francilien, qui offrait, et offre encore, forêts, rivières, terres agricoles et prairies à proximité de Paris, a permis l’éclosion d’une villégiature variée et très dispersée géographiquement. Toute colline offrant un large panorama, tout bord de rivière, de forêt devient une terre privilégiée pour la maison de plaisance. En « second rang », le villégiateur moins exigeant, soit qu’il soit peu fortuné, soit qu’il arrive un peu tard sur le marché de la maison de campagne, se contente parfois d’un terrain sans vue mais permettant de profiter du calme et du bon air, et d’un petit jardin où cultiver son potager, ressource non négligeable pour sa vie citadine.
c) Périodisations
Le phénomène de la villégiature, apparu en Italie, dès l’Antiquité, a connu différentes phases depuis les villae où se rendaient périodiquement les maîtres citadins, à la fois pour jouir de la douceur de la campagne et pour contrôler les domaines agricoles et leur production. Les villae des champs étaient des fermes autant que des maisons de plaisance. Sous l’influence de l’Italie, qui conserve la tradition des grands domaines agricoles où le propriétaire va villegiare, c’est-à-dire se rendre à sa villa, à la campagne, et de la passion pour l’Antique, on trouve dès le XVIe et le XVIIe siècles des mentions de maisons des champs en Île-de-France.
Cette période sera peu évoquée dans le cadre de l’étude qui se concentrera sur une période toutefois très longue, allant du XVIIIe s., où fleurissent les maisons de plaisance, déjà sur tout le territoire, jusqu’au milieu du XXe s.
C’est au XIXe s. que le phénomène s’amplifie et que la « villa » devient la désignation consacrée pour la maison de campagne.
La forte urbanisation de l’après Deuxième Guerre mondiale a mis un frein à la construction de nouvelles villégiatures. On voit la résidence secondaire remplacer la maison de villégiature. La villa d’Henri Sauvage à Saint-Martin-la-Garenne[4] et la villa Savoye à Poissy, dernières véritables villégiatures, marqueront donc la fin de la chronologie de cette enquête. Le phénomène de la villégiature ne s’achève pas pour autant.
d) Définitions
La villégiature est à distinguer du tourisme. En 1872, le dictionnaire Littré en donnait la définition suivante : « de l’italien villegiare, aller à la campagne. Séjour que les personnes aisées font à la campagne pendant la belle saison. » Si la pratique de la villégiature est ancienne, le mot est, lui, nouveau. Il peut également désigner la maison où l’on va passer l’été.
Selon les sources, différents termes sont utilisés en France pour désigner les maisons de villégiature. Un même bâtiment a plusieurs appellations : l’hôtel de Noailles à Saint-Germain-en-Laye, qui vient de faire l’objet d’une publication[5], est désigné alternativement « d’hôtel », par l’architecte Jacques Ange Gabriel, chargé de travaux, de « beau château » par Madame Vigée-Lebrun qui le visite ; de « maison de campagne » par un visiteur anglais et de « maison de plaisance » par les chercheurs qui l’étudient aujourd’hui.
Les définitions des contemporains de la maison de plaisance :
Augustin-Charles d’Aviler, Dictionnaire d’architecture civile et hydraulique, Nouvelle édition, 1750 :
« C’est à la campagne le château d’un seigneur ou la maison d’un particulier qui sert de séjour dans la belle saison, à cause de la propreté de ses appartements et de l’embellissement de ses jardins. Elle est ainsi nommée parce qu’elle est plutôt destinée au plaisir qu’au profit de celui qui la possède. On l’appelle en quelques endroits de la France Cassine, en Provence Bastide, en Italie, Vigna, en Espagne et en Portugal Quinta »[6].
Cette définition d’Aviler est reprise presque mot à mot par L’Encyclopédie (1765, vol. 9).
Jacques-François Blondel (De la distribution des maisons de plaisance, 1737) utilise de manière indistincte maison de plaisance et maison de campagne et propose des plans de bâtiments qu’il nomme châteaux.
Charles Oudiette (Dictionnaire topographique des environs de Paris, 1821) ne connaît que le château ou la maison de campagne.
Antoine Quatremère de Quincy (Dictionnaire historique d’architecture, 1832, tome II, p. 85), lui aussi, ne définit que la maison de campagne : « habitation construite hors des villes, mais pour les habitants de la ville (ce qui la distingue de la maison rustique), soit que les citadins y fixent leur séjour, soit qu’ils y passent seulement un certain temps de l’année. La maison de campagne ne comporte pas à la vérité l’idée d’une grande étendue ou d’une exploitation de terres, mais elle ne l’exclut pas non plus. »
Dictionnaire universel des synonymes de la langue française, 1839 : « Maison des champs, maison de campagne, synonymes.
On nomme ainsi une maison située hors de la ville mais il y a quelque différence entre les deux expressions.
L’idée des champs réveille celle de la culture, parce qu’on ne les a distingués les uns des autres que pour les mettre en valeur ; & l’idée de la Campagne rappelle l’idée de ville, à cause de l’opposition de la liberté dont on jouit avec la contrainte où l’on est de l’autre.
Cela posé une maison des champs est une habitation avec les accessoires nécessaires aux vues économiques qui l’ont fait construire ou acheter ; comme un verger, un potager, une basse-cour, des écuries pour toutes sortes de bétail, un vivier etc.
Une maison de campagne est une habitation avec les accessoires nécessaires aux vues de liberté, d’indépendance & de plaisir qui en ont suggéré l’acquisition ; comme avenues, remises, jardins, bosquets, parcs même etc. ; Voilà sur quoi est fondé ce que dit le P. Bouhours (Rem. nouv. tom. II) de ces deux expressions, que la seconde est plus noble que la première : c’est qu’une maison de campagne convient aux gens de qualité, vu que leur état suppose de l’aisance ; & qu’une maison des champs convient à la bourgeoisie dont l’état semble exiger plus d’économie dans la dépense.
Cependant rien n’empêche qu’on ne puisse parler de maison de campagne d’un bourgeois, s’il en a une ; et de la maison des champs d’un Chancelier de France, si sa maison n’est en effet que cela. Dans le premier cas c’est peindre le luxe du petit bourgeois ; dans le second c’est caractériser la noble simplicité du magistrat ; dans tous deux c’est parler avec justesse et faire justice. »
Le terme de villa apparaît avec la vague de l’italomanie et les conquêtes napoléoniennes. La publication par Charles Percier du Choix des plus célèbres maisons de plaisance de Rome et de ses environs[7] l’introduit en France. Mais ce que recouvre le terme n’est pas encore très défini.
La Villa Albani est donnée comme exemple de « [ces] maisons de plaisance italiennes connues sous le nom de ville ».
Pour la Villa Barberini, il la considère plutôt comme un palais de ville orné de jardins qu’une maison de campagne. Et la villa Borghèse est désignée comme cette « maison de campagne ».
Sous le Second Empire, « villa » devient le terme usuel pour désigner la maison de campagne.
e) Les formes du bâti
La très grande variété des termes utilisés par les contemporains pour désigner la maison de campagne a rendu nécessaire la création d’un cadre. Pour faciliter l’étude, une typologie a donc été élaborée par Roselyne Bussière afin de distinguer les maisons de villégiature selon leur taille :
Le château de très grande taille (plus de cinq travées) accompagné d’un vaste parc avec fabriques et de communs importants. Une ferme lui est souvent associée.
La maison de notable comporte cinq travées et un étage carré, distribution qui permet d’avoir au rez-de-chaussée un grand salon, une salle à manger, souvent un billard ou un bureau. Un parc et souvent des communs, au moins écuries et remises.
La villa est plus petite et a souvent trois travées et un étage. De ce fait le rez-de-chaussée comprend une salle à manger, un salon et une cuisine.
Le pavillon sans étage carré comporte une cuisine et une salle voire une chambre en rez-de-chaussée. A l’étage sous comble une seule chambre dans la partie centrale.
f) Les enjeux et l’intérêt scientifiques de l’opération
Si le terme villégiature en français ne date que de la fin du XIXe siècle, la pratique, quant à elle, remonte au XVIIe siècle, voire même auparavant, comme à Vanves où dès le XVIe siècle, se trouvaient des maisons de plaisance[8].
Cette pratique jouit au XVIIIe siècle de l’aura de la Renaissance italienne et des villas de villégiature romaines, médicéennes ou vénitiennes. Les architectes français s’emparent de ce sujet et proposent des manuels tels Blondel, qui publie le premier traité consacré à l’architecture de villégiature[9], puis Briseux[10]. En effet, à la différence de la ville où le cadre est contraint, à la campagne, les architectes peuvent laisser libre cours à leur créativité. Ils peuvent dessiner à leur guise le principal corps de logis, mais aussi les communs, offices, cuisines, serres, orangerie, appartement des bains, écuries, remises, greniers, chenils, glacière, en respectant toutefois « l’état de la personne qui fait bâtir ». Tout est dit, la villégiature comporte trois aspects : l’intérêt économique, pour consommer les productions de son domaine, lieu d’agrément, pour se reposer et recevoir une compagnie qui vient se divertir et de ce fait procure la considération sociale[11]. Selon les époques et les catégories sociales, c’est l’un ou l’autre de ces éléments qui l’emporte, mais la villégiature est un phénomène très répandu autour de toutes les grandes villes et singulièrement en Île-de-France.
De très nombreuses maisons de campagne du XVIIIe siècle sont connues, par exemple à Andrésy (78) où elles ont été étudiées. Elles ont toutes leurs celliers et leurs vignes, et leurs propriétaires sont Parisiens ou Versaillais. Elles s’égrènent le long de la Seine, marquant le paysage de leur silhouette élégante mais discrète[12]. Toutes les régions agricoles d’Île-de-France offrant à la fois la proximité de Paris, un site remarquable et des productions agricoles sont ainsi colonisées par les villégiateurs.
Avoir une maison de campagne au XIXe siècle est une sorte de posture qui permet de s’ancrer en citadin intellectuel dans un territoire non loin de la ville. En 1840, M. du Mersan décrit ainsi sa maison du hameau de Boulainvilliers, à Passy : « C’est là que moi […] j’ai choisi un modeste espace où j’ai élevé un ermitage qui ressemble par sa petitesse à la maison de Socrate ; c’est là que, tout près de la ville, et pourtant loin de son tumulte, j’espère aller méditer en paix […] et offrir à mes amis un dôme de verdure et un siège de gazon[13] ». Plus loin et plus tard, Emile Zola achète « …une maison, une « cabane à lapin », entre Poissy et Triel dans un trou charmant aux bords de la Seine… La littérature a payé ce modeste asile champêtre qui a le mérite d’être loin de toute station et de ne pas compter un seul bourgeois dans son voisinage[14]». Simplicité et solitude sont toutes relatives puisqu’il y avait à Médan des soirées littéraires auxquelles participaient les frères Goncourt. De même à Draveil, Alphonse Daudet organisait « les jeudis de Champrosay[15] ». Marguerite, dite Meg, la riche épouse du sculpteur René de Saint-Marceaux, demande en 1905 à son ami l’architecte Georges Vaudoyer de lui construire au hameau des Metz, à Jouy-en-Josas une maison « spacieuse, maison de repos et non de travail, très rapprochée de Paris, pour pouvoir y venir fréquemment ». « La première impression qui se dégage de ce salon », écrit le journaliste de La Vie à la Campagne, « est une sensation faite à la fois d’intimité et de grandeur simple[16] ». Cette simplicité n’est qu’affectée car la villa s’affiche au sommet du coteau tel un signal de villégiature. La vue panoramique est en effet un de critères principaux de localisation de ces maisons de campagne dans la droite lignée des maisons de plaisance du siècle des Lumières.
Le chemin de fer, qui n’a pas créé la villégiature, l’a accélérée et démocratisée. La bourgeoisie puis les ouvriers à la fin du siècle, bien avant les congés payés, construisent selon leur fortune, villas, pavillons ou cabanons. Par exemple, en 1897, des ouvriers d’une petite fabrique parisienne d’instruments de chirurgie désireux d’avoir un petit bout de jardin achètent un lot de terrains à bâtir à Athis-Mons et fondent la villa des Gravilliers qui comprenait 13 membres à l’origine[17]. Ce qui intéresse les villégiateurs populaires, c’est de pouvoir se construire un cabanon qui sera amélioré au fil du temps et de cultiver un potager pour nourrir leur famille. La publicité du lotissement de la Cour de France à Athis-Mons précise « Les terrains à acquérir sont des terrains de culture, très bonne terre végétale, et n’ont jamais été fouillés ; ils sont situés sur le plateau de Juvisy (S.-et-O.) en bordure de la magnifique route de Paris à Antibes par Fontainebleau et de la route départementale d’Athis à Montlhéry (14 km de Notre-Dame) et des Gravilliers […]. L’on y jouit d’un panorama splendide sur la vallée de la Seine et la forêt de Sénart[18]. ». Bonne terre et belle vue font donc bon ménage.
Cette « manie de la villégiature » pour reprendre la formule de Goldoni[19], a généré une architecture francilienne tantôt d’une élégante simplicité faisant référence aux villas palladiennes, tantôt d’un franc exotisme dont l’un des exemples le plus abouti est « Midori no sate », « la colline de la fraîche verdure » aux Loges-en-Josas, construite en 1885 pour Hugues Krafft par des ouvriers japonais[20] (détruite). Somme toute, cette architecture exprime un désir de voyage, quel que soit le lieu auquel on fait référence, l’Italie, la Normandie, les Alpes, l’Orient, ou bien l’époque, Moyen Âge, Renaissance, Grand Siècle… Il s’agit d’un désir d’ailleurs qui trouve sa réalisation à portée de ville. Et ce rêve d’évasion déteint sur l’habitat permanent : la villa ou le pavillon de banlieue se distingue de moins en moins de la maison de villégiature[21]..
Depuis les années 60 une nouvelle page de la maison de campagne s’écrit, celle de la « résidence secondaire », dont sont friands les Français : en 2015, la France compte un peu plus de 3 millions de résidences secondaires soit 11 % du parc immobilier. Mais l’Île-de-France a perdu son rôle attractif : seulement 3 % de résidences secondaires sur son territoire. Ces citadins qui vont à la campagne achètent et restaurent des maisons rurales et des fermes et leur attribuent, dans leur désir de rusticité, des caractères qui n’ont jamais existé : moellons apparents à joints creux, linteaux de bois plaqués, lucarnes rurales en grand nombre. Ce que les agences immobilières appellent la longère fait désormais paysage.
L’étude se consacrera à la maison construite à des fins de villégiature, et non à la résidence secondaire, qui apparaît dans la seconde moitié du XXe s. et désigne des logements à la typologie très variée (ferme aménagée, appartement, maison de famille…).
g) Les problématiques scientifiques
La « villégiature de bord de ville », étudiée dans différentes régions, est bien un phénomène national, voire sans doute européen. Des études comparées seraient intéressantes à conduire. Il s’agira ici de mettre en lumière la nature et les formes de la villégiature francilienne sur la longue durée et d’en établir les spécificités, affranchies des idées reçues, notamment sur le lien entre la villégiature et le chemin de fer.
L’étude s’emploiera à interroger et démontrer en quoi le paysage francilien est le reflet de la villégiature. On montrera, en étudiant la nature et les formes de la villégiature sur la longue durée, comment elle s’est avérée en Île-de-France un laboratoire architectural et s’est convertie en habitat permanent. On verra comment, en usant de répertoires historiques, régionaux ou étrangers (anglais, normand, basque, alsacien), un style propre, francilien, s’est rapidement défini et est devenu le parangon de l’architecture pavillonnaire, intégrant de nombreux éléments de l’architecture de villégiature (belvédère, grotte, bow window…).
h) L’état des connaissances
L’étude s’appuie sur quarante ans d’inventaire en Île-de-France. Les bases de données nationale et régionales répertorient en Île-de-France, à l’entrée « villégiature » (consultées en octobre 2021) :
Gertrude : 493 entrées
Gertrude production : 125 entrées
POP : 151
POP production : 127 entrées
Photothèque du SRI Île-de-France : 457 entrées
Le terme « villégiature » n’ayant pas été inscrit dans toutes les notices la concernant, ce corpus initial est en réalité beaucoup plus fourni. En effet, « villégiature » n’apparaît pas dans les dénominations du Système descriptif. On y indique que « villa » doit être réservé à la villa antique ; la « maison de plaisance » doit quant à elle être désignée par « château ». Seul le champ « précision sur la dénomination » (PDEN), qui est libre et n’est pas obligatoire, intègre à titre d’exemple la désignation « maison de villégiature ».
Le repérage dressé par Roselyne Bussière est le premier vrai point de départ de cette étude. Il décompte 577 maisons de villégiature de toutes tailles, réparties comme suit sur le territoire :
Seine-et-Marne : 204
Yvelines : 151
Essonne : 130
Hauts-de-Seine : 30
Seine-Saint-Denis : 7
Val-de-Marne : 19
Val-d’Oise : 36
Les écarts entre départements témoignent certes de l’attractivité de certains secteurs mais surtout de l’état des connaissances.
Le repérage a été établi grâce au dépouillement des publications du service de l’inventaire, du Guide du patrimoine (sous la dir. de Pérouse de Montclos, Hachette, 1992), des dictionnaires Flohic (91 et 77), de l’ouvrage Les Affolantes des bords de Seine (Laborde, Somogy, 1999).
La poursuite du recensement, via le dépouillement de plusieurs supports (dictionnaire Flohic 94, ressources des services patrimoniaux des départements) a permis d’ajouter une centaine de maisons, notamment dans le Val-de-Marne (57), le Val-d’Oise (34), et à la marge en Essonne (3) et dans les Hauts-de-Seine (4).
i) Calendrier et phases prévisionnels
Octobre 2021 – juin 2022 : dépouillements, bibliographie
Au fil des recherches : création des fiches Gertrude.
Dépouillements :
- Dépouillement des revues d’architecture ;
- Dépouillement des guides du patrimoine et dictionnaires d’architecture pour les départements non étudiés entièrement (95 et 77) ; dictionnaire des monuments de Paris (pour notamment Auteuil, Passy, Montmartre) ;
- Dépouillement des ressources des services patrimoniaux des départements (Seine-Saint-Denis, Val-d’Oise, Montmorency) ;
- Monographies des instituteurs ;
- Diagnostics patrimoniaux du service de l’inventaire IdF.
La finalité de ces dépouillements est d’aboutir à un recensement le plus complet possible.
Printemps 2022 – automne 2022 : enquêtes de terrain
L’enquête de terrain se fera en parallèle des recherches documentaires, notamment pour les secteurs peu explorés tels que Barbizon, l’Isle-Adam et le Raincy.
Autres villes signalées à étudier : Montfermeil, Aulnay-sous-Bois, Vert-le-Grand, Noisy-le-Grand, Noisy-le-Sec, Chalo-Saint-Mars.
Les prises de vues :
Printemps 2022 : première campagne pour les sites déjà identifiés ;
Automne 2022 : seconde campagne photo ;
Printemps 2023 : dernière campagne photo.
Restitutions :
Un beau livre abondamment illustré à paraître en fin d’année 2023. Des auteurs extérieurs seront sollicités, pour l’introduction notamment, et quelques monographies.
Rendu des textes juillet 2023.
3) Moyens scientifiques et techniques
Personnel et compétences
Sous la direction de la cheffe du service patrimoines et inventaire, Julie Corteville, deux chercheurs se consacrent à cette étude, Roselyne Bussière, conservatrice honoraire, qui connaît parfaitement le sujet, et Marianne Métais, conservatrice stagiaire. Un photographe du service, Laurent Kruszyk, sera dédié à cette enquête.
4) Suivi et évaluation
Comité de pilotage
Sophie de Moustier
Roselyne Bussière
Marianne Métais
Laurent Kruszyk
Comité de suivi scientifique
Sophie Cueille
Frédéric Fournis
[1] François LOYER in Sophie CUEILLE, Le Vésinet, modèle français d’urbanisme paysager, Paris, APPIF, 1989, coll. Cahier de l’Inventaire, n°17 : l’expression apparaît dans l’introduction de l’ouvrage, rédigée par F. Loyer, p.11.
[2] Voir les travaux d’Olivier Biguet, chercheur de l’Inventaire, ville d’Angers, et Dominique Letellier-d’Espinose, chercheuse honoraire de l’Inventaire, Région des Pays de Loire.
[3] Marc BOYER, La Maison de campagne, XVIIIe-XXIe siècle, Une histoire culturelle de la résidence de villégiature, Paris, Autrement, 2007.
[4] Jean-Baptiste MINNAERT, Henri Sauvage, Paris, Norma, 2002, p. 281-283.
[5] Françoise BRISSARD et Gabriel WICK (sous la dir. de), Une maison de plaisance au XVIIIe s., l’hôtel de Noailles à Saint-Germain-en-Laye, Paris, Artlys, 2016.
[6] Le terme « Villa » n’est pas cité dans ce dictionnaire.
[7] Charles PERCIER, Choix des plus célèbres maisons de plaisance de Rome et de ses environs. Paris, de l'Imprimerie de P. Didot l'Aîné, 1809. Réédition Mardaga, 2007.
[8] Claude MIGNOT, « La villégiature cardinalice » in Monique CHATENAY (sous la dir. de), Maisons des champs dans l’Europe de la Renaissance, Paris, Picard, 2006, p. 128.
[9] Jacques-François BLONDEL, De la distribution des maisons de plaisance et de la décoration des édifices en général, Paris, Jombert, 1737.
[10] C.E. BRISEUX, L’art de bâtir des maisons de campagne, où l’on traite de leur distribution et de leur décoration, Paris, Prault Père, 1743.
[11] Marc BOYER, op. cit., p.71.
[12] Roselyne BUSSIERE, Un belvédère en Yvelines, Andrésy, Chanteloup-les-Vignes, Maurecourt. Paris, Somogy, 2008 (coll. Images du Patrimoine, n°252).
[13] M. du MERSAN, Le hameau de Boulainvilliers, Petite chronique, Paris, Boulée et Cie, 1840, cité par Sophie Cueille, « Virgile, Pline, Jean-Jacques Rousseau, L’imaginaire de la villégiature des trente premières années du XIXe siècle en Ile-de-France, » In : La nature citadine au siècle des Lumières, Bordeaux, William Blake and Co, Arts & arts, 2005, p.158.
[14] Isabelle DUHAU, Autour d’Orgeval, de la boucle de Poissy au pays de Cruye. Yvelines. Paris : APPIF, 2000 (coll. Images du Patrimoine, n°200), p. 78.
[15] Voir sur la base Mérimée : notice IA91000845.
[16] Roselyne BUSSIERE, Au sud de Versailles, Buc, Jouy-en-Josas, les Loges-en-Josas, Toussus-le-Noble. Yvelines. Paris : APPIF, 2001 (coll. Images du Patrimoine, n°210). p. 18-19.
[17] François PETIT, Du cabanon au pavillon ou le développement des lotissements sur le plateau d’Athis-Mons, 1896/1950. Athis-Mons : Le centre culturel d’Athis-Mons, 1993, p. 15.
[18] Ibidem, p. 23.
[19] C’est l’une des trois comédies de la Trilogie de la Villégiature, écrite par Carlo Goldoni en 1761.
[20] Voir sur la base Mérimée : notice IA78000489.
[21] Roselyne BUSSIERE, « La villégiature en Île-de-France, une évidence », In Situ [En ligne], 24 | 2014, mis en ligne le 24 juillet 2014, consulté le 09 mai 2016. URL : http://insitu.revues.org/11290 ; DOI : 10.4000/insitu.11290.
Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.