• inventaire topographique
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Demeure de villégiature, dite château Frappart, actuellement mairie
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Gonesse
  • Commune Gonesse
  • Adresse 64 rue de Paris
  • Cadastre 1819 C 389  ; 2025 AM 110
  • Dénominations
    demeure, maison
  • Genre
    de maître
  • Précision dénomination
    maison de villégiature
  • Appellations
    château, Château Frappart
  • Destinations
    mairie
  • Parties constituantes non étudiées
    fabrique de jardin, parc

Témoin de l'ascension sociale d'un couple et d'une famille de notables val-d'oisiens, le château Frappart constitue une villégiature à part, aux traits plus urbains que campagnards. Aujourd'hui il abrite la mairie et son parc est devenu jardin public.

Paul Jean-Baptiste Frappart (1840-1896), ou Frapart (plusieurs orthographes cohabitent), issu d’une famille de fermiers et cultivateurs val-d’oisiens, installés à Paris depuis deux générations, épouse en 1869 Marie-Victoire Boisseau (1849-1923), gonessienne. Les époux vivent à Paris, où Frappart est loueur de voitures. La prospérité de son entreprise, reprise de la société Brion[1], va croissant, comme l’attestent ses adresses successives[2]. Bientôt il s’affiche comme loueur de voitures de luxe[3] et compte le Baron Haussmann parmi ses clients[4]. Les époux réunissent à Gonesse plusieurs parcelles appartenant à la famille maternelle de Mme Frappart et, entre 1882 et 1893, les démolitions s’enchaînent pour laisser place au château[5].

On ignore qui en est l’architecte. Le nom de « Frappart » a été avancé, du fait de la construction de la Poste de Gonesse, datée de 1903, par un certain Frappart. S’agit-il de Louis Clément Eugène Frappart, architecte à Enghien, nommé officier d’académie en 1901[6] ?

En 1898, le château est construit, de même que le kiosque[7], mais Paul Jean-Baptiste Frappart, lui, n’est plus : il est décédé en 1896, en son domicile, à Paris. Son décès n’empêche pas le journal Le Gaulois de continuer d’indiquer, en septembre 1901, que « M. Frapart [se trouve] en villégiature au château de Gonesse ».

Marie-Victoire Frappart continue de vivre entre le boulevard des Capucines et Gonesse. En 1903 elle agrandit d’une travée le château, qui prend alors sa physionomie actuelle. Les documents anciens témoignent des éléments perdus : de hautes crêtes de faitage en métal ouvragé, qui couronnaient tous les brisis, un second escalier côté jardin, symétrique à celui qui demeure aujourd’hui, et surtout un impressionnant jardin d’hiver[8]. Celui-ci exerçait aussi la fonction d'entrée principale : il était percé d’une porte en avancée, en fer et verre comme le reste de la structure, surmontée d'une marquise. Cette entrée constituait un trait original. Les salons étaient nombreux et se répartissaient entre le rez-de-chaussée et le premier étage, manifestement pourvu d'une salle de bal[9]. Le train de vie est fastueux. Le recensement de 1921 indique que Mme Frappart à son service un couple de domestiques, qui vivent au château avec deux fils[10]. Elle a également un jardinier.

A son décès, en 1923, son héritier est Pierre Paul Foisy, petit-neveu de Paul Jean-Baptiste Frappart, et fils de son associé, Alexandre Foisy[11]. Les Foisy ont repris la société de location de voitures en 1896 mais ils ne conservent pas le château, qui est vendu à Lucien Simon, remis en vente en 1936 et enfin acheté par la Ville en 1939[12] qui souhaite y installer la mairie. Ses projets sont bouleversés par la guerre. Les Allemands occupent le château, puis à la Libération les Américains s’y installent, du 1er septembre 1944 au 9 juin 1945, et après eux l’Armée française libre (base aérienne 104-Le Bourget)[13]. Après d’importants travaux de restauration des extérieurs et des intérieurs, ainsi que du parc, menés par l’architecte communal Montandon[14], la mairie s’installe au château Frappart en 1948. Le jardin d’hiver, qui se trouvait sur le pignon sud, est détruit et il s’agit là de la seule modification du bâtiment d’origine, exceptionnellement conservé.

  

[1] Almanach du commerce et de l’industrie, Paris, Firmin-Didot, 1890, p. 369 : Frappart est mentionné comme le successeur de Brion, dont il a d’abord été l’employé.

[2] Rue Basse du rempart en 1882 ; rue de la Boétie en 1890 ; bd des Capucines en 1896.

[3] Almanach du commerce et de l’industrie, Paris, Firmin-Didot, 1896, p. 2402.

[4] AN, Papiers de Georges Eugène Haussmann, factures domestiques AB/XIX/5203, dossier 3.

[5] AD 95, Matrices cadastrales, 3P356, case 108.

[6] L’Architecture, 1901, n°30, p. 260 et Journal officiel du 23 juillet 1901, p. 4635.

[7] Le kiosque est achevé en 1896, le château en 1898. AD 95, 3P356, case 108.

[8] Conservées aux archives municipales, une photographie et une carte de correspondance ayant pour point de vue l’angle sud-ouest donnent une idée de l’ampleur du jardin d’hiver.

[9] Archives municipales, plans dessinés par Montandon, Enghien-les-Bains, août 1946. 

[10] AD 95, 9 M 583 – 1921, p. 57.

[11] Pierre Paul Foisy, fils de Henri Alexandre Foisy, loueur de voitures, et Virginie- Adélaïde Frappart. Elle est la fille d’Adolphe Théodore Frappart, frère de Paul Jean-Baptiste.

[12] Archives notariales de Me Bruneau, Gonesse, transmises par la Ville.

[13] Informations transmises par le service des Archives municipales.

[14] Plans de Montandon, op. cit

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 19e siècle
  • Dates
    • 1898, daté par source

En léger retrait par rapport à la rue, contrairement aux habitudes de la maison de villégiature, placée en milieu de parcelle, le château Frappart marque sa spécificité, à mi-chemin entre la résidence de campagne de Parisiens et l’habitation de ville de notables locaux.

Avec ses façades en brique rehaussée de pierre de taille feinte et ses toitures à grand brisis, il se présente tel un château Louis XIII. Le bâtiment s’inscrit dans un rectangle composé d’un corps central et deux ailes latérales dans son prolongement. Il est posé sur un soubassement en meulière dont les fenêtres donnent sur l’extérieur. Mais, rompant avec l’architecture classique, il assume une asymétrie toute moderne. 

Côté rue, la façade offre une franche hétérogénéité des volumes. Le corps central à décor de pierre de taille est couvert d’une haute toiture qui aujourd'hui domine l’ensemble. A l'origine le comble tout entier était à cette hauteur. Il est percé d'une large baie, sommée d’un fronton cintré, qui éclaire l’escalier d’honneur. Deux ailes de forme et de dimensions inégales se développent de part et d'autre. L’agrandissement de l’aile est, survenu en 1903, est très lisible, encadré de chaînes harpées. Côté rue, cette aile présente trois travées pour un seul niveau. Le comble à lucarnes est un ajout récent : une carte postale non datée montre la terrasse à balustres sur laquelle ouvrait le grand salon du premier étage[1]. L’aile ouest, à droite, est formée de deux travées en brique et pierre et de deux niveaux, avec étage de comble.

Côté jardin, l’élévation est bien différente et affiche une symétrie toutefois contrecarrée par la galerie de marbre polychrome à droite ainsi que par l’extension de 1903, qui tente de s’effacer par un léger retrait. Sept travées (et une huitième à droite) se déploient sur deux niveaux. La façade est dominée par la rotonde centrale, d’un seul niveau couvert en terrasse. Ses trois portes-fenêtres ne donnent pas directement accès au parc mais ouvrent sur un petit balcon circulaire fermé par un garde-corps. On descend au jardin par un large escalier du côté de la galerie de marbre. Le décor sculpté de cette façade est le plus riche, dans un style néo-XVIIIe d'une facture un peu épaisse, mais on retrouve ici la même organisation générale avec une partie centrale en pierre de taille simulée et des ailes en brique et pierre.

Les façades latérales sont également différenciées. La façade ouest donne aujourd’hui sur une place qui suit le tracé de l’ancienne cour d'honneur du château et conserve son imposant portail. On accède au vestibule par ce côté, percé de deux larges portes-fenêtres. A l'origine, une structure en fer et verre, disparue dans les années 1970, formait l'entrée[2], soulignée par le mur aveugle du premier étage.

Du côté de l’extension, construite pour accueillir un second escalier de service, la façade est coupée en deux : le côté rue, qui représente un tiers de la profondeur de l’édifice et était surmonté par une terrasse, ne comprend qu’un niveau et un étage de comble à haut brisis. L’autre partie s’élève, comme le reste du château, sur deux niveaux et un étage de comble. Celle-ci est la seule couverte à longs pans et croupes.

Le rez-de-chaussée contient un vaste vestibule pourvu d’un monumental escalier d’honneur. Il est caractéristique des escaliers à rampe de serrurerie parisienne des années 1760[3]. Trois salons sont alignés côté jardin. Les décors d’origine sont conservés : bas-reliefs, dessus-de-porte, boiseries à moulures et ornements sculptés végétaux. Le train de vie de la maison se devine dans ces espaces fastueux, desservis par deux escaliers de service : le plus ancien est caché dans le vestibule, derrière une cloison arrondie, le second, plus large a été installé dans l’extension est. Il possède des portillons à chaque palier et des décrochements ; un ascenseur ou monte-charge était-il prévu ?

Une gloriette au décor de style Louis XVI, surmontée d’un dôme couvert en écailles d’ardoise, borde la rue. Ses six pans coupés sont percés de baies en plein cintre. Le parc qui s’étend au sud a conservé globalement ses dimensions d’origine.

 

[1] On la voit aussi sur le plan de 1946 de Montandon, AM Gonesse.

[2] On le voit sur les cartes postales (« Gonesse (S.-et-O.). Le château ». Col. Chevillot. Laroche phot., L'Abbaye-Livry-Gargan (S.-et-O.). [1903-1916], AD 95, 30 FI 79 11.

[3] Roselyne Bussière, Escaliers parisiens sous l'Ancien Régime. L'apogée de la serrurerie, Paris, Somogy, 2011, p. 174 : il est très comparable à l'escalier de l'hôtel de Sandreville, rue des Francs-Bourgeois.

  • Murs
    • brique
    • enduit d'imitation
  • Toits
    ardoise, zinc en couverture
  • Étages
    étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés noue
    • toit à longs pans croupe
    • croupe brisée
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant en maçonnerie
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
    • menuiserie
  • Représentations
    • coquille
    • feuillage
    • couronne
    • saison
  • Précision représentations

    Dans le vestibule, fontaine en forme de coquille, sous l'escalier. Bas-reliefs en stuc à putti, représentant les quatre saisons.

  • Statut de la propriété
    propriété publique
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    fabrique de jardin, escalier

Documents d'archives

  • Papiers de Georges Eugène Haussmann, factures domestiques, dossier 3.

    Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine : AB/XIX/5203
  • Matrice des propriétés bâties, folios 1 à 360. 1882-1914

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 3P356
  • Carte postale « Gonesse (S.-et-O.). Le château ». Col. Chevillot. Laroche phot., L'Abbaye-Livry-Gargan (S.-et-O.). [1903-1916]

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 30 FI 79 11
  • Recensement de population, 1921

    Archives départementales du Val d'Oise, Cergy-Pontoise : 9 M 583
  • Plan d'aménagement des accès et jardin et plans des rez-de-chaussée, premier et deuxième étages. "Plans dressés à l'échelle de 0.01 p.m par l'architecte diplômé par l'Etat et communal, soussigné, à Gonesse, le 5 août 1946". Tampon "Montandon architecte diplômé par l'Etat, Enghien-les-Bains (S & O)".

Bibliographie

  • Almanach du commerce et de l'industrie, Paris, Firmin-Didot, 1890.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : V-11432
  • Adrien-Henri Théry, Gonesse dans l'histoire, une vieille bourgade et son passé à travers les siècles, Arnouville-les-Gonesse, 1970, 215 p.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 16-LK7-56599 (A)
  • Catherine Crnokrak, Isabelle Lhomel, Christian Olivereau, Cantons de Luzarches, Gonesse et Goussainville : en pays de France, Val d'Oise, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, APIF, 1998

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
  • Daisy Guglielmetti, Gonesse au XXe siècle, un bourg devient une ville, Saint-Ouen-l'Aumône, Editions du Valhermeil, 2000, 256 p.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2001-25132
  • Roselyne Bussière, Escaliers parisiens sous l'Ancien Régime. L'apogée de la serrurerie, Paris, Somogy, 2011

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine

Périodiques

  • L’Architecture, 1901, n°30, p. 260

Annexes

  • Succession de propriétaires, Archives municipales de Gonesse
Date(s) d'enquête : 1993; Date(s) de rédaction : 1993, 2023
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Plessis Laura
Plessis Laura

Stagiaire à l'inventaire en 2025-2026

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Articulation des dossiers