Constituée de deux corps de bâtiment perpendiculaires, la maison forme un L, dont le petit côté longe la rue, à l’est. La maison Mauduit se distingue des créations de Perret par son épiderme en brique[1], bien que son système constructif soit toujours le même, à double paroi[2]. Un décor, alternant assise de briques horizontales et rang de briques debout, assoie le rez-de-chaussée côté rue, tandis que briques panneresses et boutisses animent subtilement les trumeaux, entre les fenêtres qui s’ouvrent sur toute la hauteur. Le béton structure la maison, il doit donc être visible : les deux bandeaux qui courent sur les huit côtés correspondent aux dalles enserrant la maison-boîte, sol et plafond[3], qui viennent affleurer en surface. La dalle inférieure dessine un bandeau sous les baies côté rue mais s’efface pour ménager quelques effets, aux angles notamment, ainsi soulignés par la continuité de la brique. Du côté du jardin, surélevé, la dalle découverte n’est plus que le soubassement de la maison. Le « classicisme structurel »[4] qui caractérise l’œuvre de Perret s’illustre encore davantage dans l’entablement de son toit terrasse[5]. Il reçoit pour architrave la dalle du plafond, comme frise un décor en relief formé de briques debout, assises et en dents d’engrenage, et enfin une corniche, créée par le débord du toit : un usage sincère des matériaux[6], s’il en est, pour une structure des plus classiques.
L’entrée principale se trouve côté jardin, soulignée par une demi-lune en béton, formant marquise. Croit-on pénétrer dans le vestibule ? Cette pièce est nommée « salle de jeux » sur les plans[7]. Un salon, dont les fenêtres donnent sur la rue, la prolonge ; à l’angle nord se tient la salle à manger-cuisine. A l’opposé, l’angle sud est occupé par un bureau et par la chambre des parents, isolés de l’aile nord où s’alignent les cinq chambres d’enfants en enfilade. A l’origine, elles n’ouvraient que sur la terrasse par les larges portes-fenêtres[8]. Une petite salle de bain était accolée à la cuisine, mais doublée d’une autre, au sous-sol. Les plans révèlent la présence d’une chaufferie, avec cave à charbon attenante, on devait donc pouvoir utiliser la maison hors période estivale. La terrasse, désignée comme « solarium »[9], révèle le goût hygiéniste de l’époque pour les bains de soleil[10]. Dans une version moderne et minimaliste, cette maison offre tout ce que peut souhaiter le villégiateur.
[1] Mais, quoique rare, elle n’est pas la seule : on citera entre autres la résidence-atelier de Mela Muter (1928), ou celle de Georges Braque (1930), à Paris.
[2] Toutes les maisons Perret sont à double paroi : le mur extérieur est doublé à l’intérieur d’une « projection par air comprimé de plâtre ou de mortier de ciment sur une carcasse en lattis métallique », Abram, Cohen, Lambert, op. cit., p. 198.
[3] CNAM, Fonds Perret, chapitre C – projets datés, Projet PERAU-191 – « Maison de Charles Mauduit, av. Jean-Racine, Sceaux, Hauts-de-Seine. 1934 » : Réalisés en hourdis ; CNAM-34-08-0029 : en façade nord un linteau de béton soutient deux ouvertures : la porte de la cuisine donnant sur un escalier extérieur et la baie horizontale, commune à la cuisine, à la salle de bain et à l’escalier.
[4] Abram, op. cit., p. 28.
[5] Complètement plat, il est en béton, recouvert de gravier.
[6] Vérité, probité, sincérité : autant de termes pour signifier qu’on ne cherche pas à masquer les matériaux et les structures mis en œuvre, derrière des enduits par exemple. Marcel Mayer, « L’architecture du béton armé. Une œuvre classique », L’Amour de l’art, n°7, juillet 1928, p. 269, cité par Abram, Cohen, Lambert, op. cit., p. 198.
[7] CNAM-34-08-0028, en ligne : archiwebture.citedelarchitecture.fr/archive : Fonds Perret, chapitre C – projets datés, Projet PERAU-191 – « Maison de Charles Mauduit, av. Jean-Racine, Sceaux, Hauts-de-Seine, 1934 ».
[8] Par commodité, un couloir a été ménagé par la suite sur le flanc nord.
[9] Ibidem, 535 AP 191/1.
[10] Le Corbusier ou Mallet-Stevens en prévoyaient dans leurs créations.
Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France