Dossier d’œuvre architecture IA92002337 | Réalisé par
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de villégiature dite maison Mauduit
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Sceaux
  • Adresse 46 avenue Jean Racine
  • Cadastre 1807-1809 A 358  ; 2020 AB 82
  • Dénominations
    maison
  • Précision dénomination
    maison de villégiature
  • Appellations
    Maison Mauduit
  • Destinations
    maison
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin

Lorsque le Département, de la Seine à l’époque, décide d’acquérir l’ancien domaine du château de Sceaux, dans les années 1920, une partie doit être lotie afin de financer l’opération. Le lotissement n’est pas particulièrement destiné à la villégiature, quoi qu’il en adopte les tracés, mais c’est là qu’Auguste Perret construit en 1934 une maison de campagne pour la famille Mauduit.

La maison Mauduit est labellisée Patrimoine d'intérêt régional.

Le lotissement du parc du château de Sceaux[1] se divise en cinq sections de tailles variables. L’une d’elle, la section B, où se trouve la maison Mauduit, se distingue par ses avenues en demi-lune, qui rappellent le tracé des stations balnéaires de Cabourg (1850, Calvados) ou Elisabethville (1927, Yvelines). Ce lotissement attire cependant une majorité de résidents permanents, comme l’attestent recensements et matrices cadastrales. Ces nouveaux habitants, dont de nombreux professeurs, sont intéressés par la proximité de Paris, rejoint par la ligne de Sceaux. C’est néanmoins une maison de campagne que Charles Mauduit (1897-1979) commande à Auguste Perret (1874-1954). Elle fait partie des 18 maisons individuelles créées par le célèbre architecte, dont quelques-unes, minoritaires, destinées à la plaisance[2]. Toutes ont été réalisées dans l’entre-deux-guerres, la maison de Sceaux en 1934. Après guerre, Auguste Perret se consacre en grande part à la reconstruction du Havre, dont il obtient le chantier malgré son antisémitisme et son collaborationnisme notoires.

Dans les années 1930, l'architecte est déjà très reconnu[3]. Il a conçu toute son architecture autour du béton armé, mis au point dans la seconde moitié du XIXe siècle. C’est ce matériau qui conduit Perret, fils de tailleur de pierre, et bientôt associé de l’entreprise familiale de construction en béton[4], à renouveler formes et vocabulaire architecturaux. Son projet pour les Mauduit, et pour l’habitat individuel en général, vise avant tout à l’efficacité et ne cherche jamais le geste architectural. « Lorsque nous avons satisfait au programme d’aujourd’hui en utilisant les matières d’aujourd’hui et que nous avons obtenu une œuvre banale, nous pouvons nous déclarer contents »[5]. Être moderne, dans la structure et les matériaux, d’une part, et dans sa réponse à un programme, d’autre part, sont en effet deux clés pour comprendre la maison Mauduit.

Le projet répond à un programme précis, une maison pour les fins de semaine et les vacances, permettant d’accueillir sur une surface restreinte, 150 m² de plain-pied, un couple et sa nombreuse progéniture, pas moins de sept enfants, entre 12 et 3 ans. La propriété demeure dans la même famille jusqu'en 2004. Hormis la création d'un couloir pour desservir les chambres d'enfants, la maison n'a subi aucune modification par rapport au plan conçu par Perret.

[1] Élise de Blanzy-Longuet (dir), 1923, Le Domaine de Sceaux, Aux origines d’une renaissance, musée du domaine départemental de Sceaux, catalogue d’exposition, Milan, Silvana Éditoriale, 2023.

[2] Joseph Abram, Jean-Louis Cohen, Guy Lambert (dir.), Encyclopédie Perret, Paris, Monum, Editions du patrimoine, Institut français d’architecture, Le Moniteur, 2002, p. 197.

[3] Il a déjà construit, entre autres, les monuments majeurs que sont le théâtre des Champs-Elysées, 1913, Notre-Dame du Raincy, 1923, la tour Perret, à Grenoble, 1924, première tour en béton armé construite au monde.

[4] Joseph Abram, Auguste Perret, Paris, éditions du patrimoine, collection Carnets d’architectes, 2013, p. 24.

[5] « Vers un style nouveau en architecture. Construisons avec des matériaux apparents… nous dit M. Auguste Perret », L’Intransigeant, 21 juin 1930, n. p., cité par Abram, Cohen, Lambert, op. cit., p. 197.

Constituée de deux corps de bâtiment perpendiculaires, la maison forme un L, dont le petit côté longe la rue, à l’est. La maison Mauduit se distingue des créations de Perret par son épiderme en brique[1], bien que son système constructif soit toujours le même, à double paroi[2]. Un décor, alternant assise de briques horizontales et rang de briques debout, assoie le rez-de-chaussée côté rue, tandis que briques panneresses et boutisses animent subtilement les trumeaux, entre les fenêtres qui s’ouvrent sur toute la hauteur. Le béton structure la maison, il doit donc être visible : les deux bandeaux qui courent sur les huit côtés correspondent aux dalles enserrant la maison-boîte, sol et plafond[3], qui viennent affleurer en surface. La dalle inférieure dessine un bandeau sous les baies côté rue mais s’efface pour ménager quelques effets, aux angles notamment, ainsi soulignés par la continuité de la brique. Du côté du jardin, surélevé, la dalle découverte n’est plus que le soubassement de la maison. Le « classicisme structurel »[4] qui caractérise l’œuvre de Perret s’illustre encore davantage dans l’entablement de son toit terrasse[5]. Il reçoit pour architrave la dalle du plafond, comme frise un décor en relief formé de briques debout, assises et en dents d’engrenage, et enfin une corniche, créée par le débord du toit : un usage sincère des matériaux[6], s’il en est, pour une structure des plus classiques.

L’entrée principale se trouve côté jardin, soulignée par une demi-lune en béton, formant marquise. Croit-on pénétrer dans le vestibule ? Cette pièce est nommée « salle de jeux » sur les plans[7]. Un salon, dont les fenêtres donnent sur la rue, la prolonge ; à l’angle nord se tient la salle à manger-cuisine. A l’opposé, l’angle sud est occupé par un bureau et par la chambre des parents, isolés de l’aile nord où s’alignent les cinq chambres d’enfants en enfilade. A l’origine, elles n’ouvraient que sur la terrasse par les larges portes-fenêtres[8]. Une petite salle de bain était accolée à la cuisine, mais doublée d’une autre, au sous-sol. Les plans révèlent la présence d’une chaufferie, avec cave à charbon attenante, on devait donc pouvoir utiliser la maison hors période estivale. La terrasse, désignée comme « solarium »[9], révèle le goût hygiéniste de l’époque pour les bains de soleil[10]. Dans une version moderne et minimaliste, cette maison offre tout ce que peut souhaiter le villégiateur.

 

 

 

[1] Mais, quoique rare, elle n’est pas la seule : on citera entre autres la résidence-atelier de Mela Muter (1928), ou celle de Georges Braque (1930), à Paris.

[2] Toutes les maisons Perret sont à double paroi : le mur extérieur est doublé à l’intérieur d’une « projection par air comprimé de plâtre ou de mortier de ciment sur une carcasse en lattis métallique », Abram, Cohen, Lambert, op. cit., p. 198.

[3] CNAM, Fonds Perret, chapitre C – projets datés, Projet PERAU-191 – « Maison de Charles Mauduit, av. Jean-Racine, Sceaux, Hauts-de-Seine. 1934 » : Réalisés en hourdis ; CNAM-34-08-0029 : en façade nord un linteau de béton soutient deux ouvertures : la porte de la cuisine donnant sur un escalier extérieur et la baie horizontale, commune à la cuisine, à la salle de bain et à l’escalier.

[4] Abram, op. cit., p. 28.

[5] Complètement plat, il est en béton, recouvert de gravier.

[6] Vérité, probité, sincérité : autant de termes pour signifier qu’on ne cherche pas à masquer les matériaux et les structures mis en œuvre, derrière des enduits par exemple. Marcel Mayer, « L’architecture du béton armé. Une œuvre classique », L’Amour de l’art, n°7, juillet 1928, p. 269, cité par Abram, Cohen, Lambert, op. cit., p. 198.

[7] CNAM-34-08-0028, en ligne : archiwebture.citedelarchitecture.fr/archive : Fonds Perret, chapitre C – projets datés, Projet PERAU-191 – « Maison de Charles Mauduit, av. Jean-Racine, Sceaux, Hauts-de-Seine, 1934 ».

[8] Par commodité, un couloir a été ménagé par la suite sur le flanc nord.

[9] Ibidem, 535 AP 191/1.

[10] Le Corbusier ou Mallet-Stevens en prévoyaient dans leurs créations.

  • Murs
    • béton
  • Toits
    béton en couverture
  • Étages
    étage de soubassement, en rez-de-chaussée surélevé
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier intérieur : escalier tournant à retours avec jour, escalier en équerre
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    zone de protection du patrimoine architectural et urbain
  • Protections

  • Précisions sur la protection

    Le parc de Sceaux, avec cinq autres secteurs de la ville, est classé Site patrimoine remarquable

La maison Mauduit a été labellisée Patrimoine d'intérêt régional par la Région Île-de-France le 19 mars 2019.

Documents d'archives

  • Fonds Perret, « Maison de Charles Mauduit, av. Jean-Racine, Sceaux, Hauts-de-Seine. 1934 »

    Centre des archives d’architecture contemporaine : 535 AP, chapitre C – projets datés, Projet PERAU-191

Bibliographie

  • Joseph Abram, Jean-Louis Cohen, Guy Lambert (dir.), Encyclopédie Perret, Paris, Monum, Editions du patrimoine, Institut français d’architecture, Le Moniteur, 2002

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 709.204 PERRf e
    p. 197
  • Joseph Abram, Auguste Perret, Paris, éditions du patrimoine, collection Carnets d’architectes, 2013

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2021-85108
    p. 24
  • Élise de Blanzy-Longuet (dir), 1923, Le Domaine de Sceaux, Aux origines d’une renaissance, musée du domaine départemental de Sceaux, catalogue d’exposition, Milan, Silvana Éditoriale, 2023

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2023-109619
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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