Dossier d’œuvre architecture IA91001136 | Réalisé par
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Château de Fleury-Mérogis
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Fleury-Mérogis
  • Adresse 6 rue Roger Clavier
  • Cadastre 1811 C 209 C209 : parcelle du château ; la cour d'honneur est en C209. Le vaste parc qui s'étend à l'ouest comprend de nombreuses parcelles sur le cadastre napoléonien, regroupées en grande partie dans le cadastre rénové.  ; 2015 AL 3
  • Dénominations
    château
  • Précision dénomination
    château de plaisance
  • Parties constituantes non étudiées
    parc, belvédère de jardin

 « Nulle part mieux que de Paris on n’est plus à même de chasser davantage, ni plus confortablement. On arrive la veille ou le matin même de la chasse, chez les propriétaires des terres giboyeuses et, après avoir déjeuné et apprécié toute la journée le plaisir cher à saint Hubert, on rentre le soir pour dîner à Paris, à moins que l’on ne préfère passer l’habit noir et rester parmi les convives du châtelain qui toujours insiste pour vous retenir. […] Aux environs et au plus à deux heures de Paris, les chasses sont très nombreuses. […] Nous citerons les chasses de Fleury-Mérogis, à M. Bartissol. » (Albert Verly, « Bloc-notes parisien », 1903).

 

 

Avant de devenir un relais de chasse, le château de Fleury-Mérogis régnait sur la seigneurie de Fleury, qui relevait elle-même du château d’Yerres. Depuis sa fondation, au XIIe s.[1], jusqu’en 1602, le château demeure la propriété des Fleury. Le 25 août 1602, le dernier seigneur, très endetté, Jean de Villecardel, fils d’Anne de Fleury et Georges de Villecardel, maître d’hôtel de la maison du roi[2], cède le château à François Joly. Pour 5000 écus, celui-ci se rend seigneur de « la terre et seigneurie de Fleury-Mérogis assise en la châtellenie de Corbeil, consistant en hostel seigneurial non encores parfait, basse cour, étables, bergeries, granges couverts de chaulme, jardin, colombier à pied ruiné en partie, justice h-aulte, moyenne et basse, cens, rentes tant en deniers que grains et volailles »[3].

François Joly (1557-1635) est le cadet d’une ancienne famille de robe bourguignonne, ayant servi les ducs de Bourgogne puis le roi. Son père est titulaire de la lucrative charge de greffier du Parlement de Dijon mais c’est à Paris que François Joly décide de faire carrière. Il devient avocat au Grand Conseil puis maître des requêtes de Navarre. Cette province n’est pas encore intégrée au domaine royal - elle le sera en 1620 - et c’est Henri IV qui le nomme. Joly est en effet un proche du roi : il est probable qu’ils aient été coreligionnaires et compagnons d’armes[4]. La carrière de Joly se poursuit ; Richelieu le comptera parmi ses conseillers juridiques.

L’acquisition de terres doit conforter son ascension sociale. Joly possède plusieurs seigneuries, notamment par son mariage, mais c’est avec la terre de Fleury qu’il obtient des droits seigneuriaux et assoit sa position sociale[5]. Avec lui commence la longue lignée des Joly de Fleury, dont les charges seront toujours plus importantes, jusqu’à accéder au Parlement de Paris[6]. Mais à peine devenu avocat au Parlement, Joseph-Omer Joly de Fleury (1670-1704), petit-fils de François, décède, laissant une veuve, Louise Bérault, et de jeunes enfants, dont l’aîné ne peut reprendre la charge chèrement acquise. Louise Bérault (1675-1738) prend la situation en main. Elle confie temporairement à son beau-frère Guillaume-François (1675-1756) la charge du défunt, ainsi que le titre de seigneur de Fleury, dont il n’est que locataire. La branche aînée retrouvera donc château, terres et charge, et Guillaume-François aura eu le temps de s’illustrer dans sa brillante carrière de magistrat.

Si tout au long du XVIIe s. les Joly de Fleury se sont employés à augmenter le domaine et à le rationaliser[7], c’est à Louise Bérault que l’on doit, vers 1720, la transformation du château. Il semble qu’elle ait été la première à vouloir s’installer à Fleury-Mérogis ; jusque-là les Joly l’utilisaient comme résidence d’été. De nombreuses fêtes y sont organisées. Louise Bérault est néanmoins contrainte de « faire faire plusieurs grosses réparations et rétablissements pour en empêcher une plus grande quantité et même la ruine qu’il pouvoit arriver. »[8] Mais on ignore tout des travaux entrepris. On sait qu’à la même époque, en 1719, Louise Bérault lance la reconstruction de l’église du village, à ses frais[9].

Les Joly de Fleury continuent de marquer la magistrature ; Jean Omer, le fils de Louise Bérault, devient procureur général au Parlement de Paris. Il accroit le domaine en faisant l’acquisition de la seigneurie de Grigny. Son neveu, Omer Louis François Joly, Président du Parlement de Paris, hérite du château ; la baronnie de Fleury est pour lui érigée en comté. Dernier seigneur de Fleury, il se réfugie dans son château sous la Révolution, « entre deux planchers », selon les mots de l’instituteur en 1899[10]. A la fin du XVIIIe s., le plan d'intendance témoigne de l'importance du parc. Il est constitué de plusieurs jardins réguliers, d'imposants parterres et allées. Les dépendances sont nombreuses. Les Joly de Fleury conservent le château de Fleury-Mérogis jusqu’au milieu du XIXe s.

Le dernier Joly, Bon Gabriel Jean, le vend en 1853 à un notaire, Jacques François Napoléon Grandidier (1802-1870), père des deux explorateurs et scientifiques Ernest (1833-1912) et Alfred Grandidier (1836-1921). Cette famille est réputée avoir procédé à d’importantes modifications dans le château et le parc, devenus leur domaine de villégiature et de chasse. Ernest est maire de Fleury-Mérogis après son père. Dès 1813, la liste des maires du village se confond avec celle des propriétaires du château, parfois remplacés par leur régisseur. Après les Grandidier, le château est acheté en 1888 par l’industriel Edmond Bartissol (1841-1916). Ce fils de maçon qui a fait fortune (il est notamment le créateur d’un apéritif oublié mais fameux en son temps, le Bartissol), député (des Pyrénées orientales), a lui aussi besoin d’un château pour consolider son assise sociale. Il choisit une propriété proche de celle de son associé, Alexis Duparchy, installé cinq ans plus tôt au château de Savigny-sur-Orge. Comme ses prédécesseurs, il est maire de Fleury-Mérogis, de 1892 à sa mort en 1916. Il entreprend lui aussi d’importants travaux dans le domaine et les fait connaître, notamment par l’édition de cartes postales légendées ainsi :

« Le propriétaire, M. Bartissol, député, a augmenté et embelli le domaine de Fleury-Mérogis, dont les dépendances en terres comprennent plus de 450 hectares et où il s’est livré à des développements agricoles considérables »[11].

Bartissol transforme également le château et crée un escalier monumental qui occupe toute la partie centrale du bâtiment. Les derniers propriétaires sont Gustave Batiau, publiciste et financier, propriétaire avant 1923 et jusqu’en 1925, Eugène Aubry-Vitet, propriétaire de 1928 à 1930. La dernière est sa petite-fille, la marquise Aliette de Maillé (1896-1972), fille du comte de Rohan-Chabot, historienne de l'art et archéologue, fondatrice de l'association la Sauvegarde de l'art français. C'est elle qui fait don aux archives départementales de tout le fonds Joly de Fleury.

Le domaine entre dans une ère nouvelle au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Acheté par souscription nationale en 1947 par la Fédération nationale des déportés et internés, il accueille en post-cure les déportés avec pour mission de les ré-acclimater dignement et de favoriser leur réinsertion professionnelle, vocation qui perdure aujourd’hui. Le château est désormais l’un des bâtiments du vaste Etablissement et service de réadaptation professionnelle (ESRP) Jean Moulin.

[1] Monographie communale, vol. I-1, canton de Longjumeau, AD 91, 4T/4

[2] Archives nationales, registres de tutelles, 1584 - 1597, Y3879.

[3] AD 91, 59J/1.

[4] David Feutry, Les Joly de Fleury seigneurs de Fleury-Mérogis aux XVIIe et XVIIIe siècles, conférence aux Archives départementales de Chamarande, 7 avril 2012, publiée sur academia.edu, p. 8. Tout ce qui dans cette notice concerne les Joly doit tout au travail de David Feutry : Un magistrat entre service du roi et stratégies familiales : Guillaume-François Joly de Fleury, 1675-1756, Thèse de doctorat, Paris, École des chartes, 2011.

[5] Feutry, Les Joly de Fleury…, op. cit.

[6] Ibidem, p. 6.

[7] Jean Duma, Les Joly de Fleury à Fleury-Mérogis : 1602-1853, une seigneurie et ses transformations, Paris, 1975, mémoire de maîtrise, univ Paris I, 1971, p. 45-68.

[8] AD 91, 59J 2 et Feutry, Un magistrat…, op. cit. p. 253.

[9] Feutry, Les Joly…, op. cit., p. 13.

[10] Monographie communale, op. cit., p. 23.

[11] Carte postale, Le domaine de Fleury. Edition Seine-et-Oise artistique et pittoresque, collection Paul Allorge, AD 91, 2FI74/13.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 18e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 1ère moitié 20e siècle , daté par source

Transformé par Louise Bérault vers 1720, Fleury-Mérogis s’affiche comme un château moderne, marqué par l’axialité et la sobriété architecturale de la première moitié du XVIIIe s., avec son corps central surmonté d’un fronton triangulaire, flanqué d’avant-corps latéraux, couronnés de toitures à la Mansart. Celles-ci ont été légèrement rabaissées il y a quelques années, et les lucarnes modifiées. L’ornementation des façades a été conservée, avec son jeu de bandeaux et ferronneries, mais les niches et sculptures de la façade occidentale sont probablement des ajouts. Les corps latéraux ont été agrandis dans la première moitié du XXe s.

Des dispositions qui, sur le plan terrier de 1785, témoignent de l’élégance du château, sont conservés le belvédère et les parterres environnants en étoile, de même que l’entrée d’honneur, avec ses exceptionnels fossés chantournés en maçonnerie de grès, la grille XVIIIe en fer forgé et le parterre circulaire avec son bassin, modifié au tout début du XIXe s. Le très théâtral escalier d’honneur est aussi impressionnant qu’original et occupe toute la profondeur du bâtiment. Il est constitué d'une volée double à montées parallèles qui se rejoignent sur un premier palier suspendu au-dessus du hall, prolongé par un autre palier offrant vue sur l’entrée d’honneur. Il ne mène qu'à l'étage noble, le suivant est desservi par un autre escalier, plus simple mais à très beau garde-corps en serrurerie. Les boiseries de la salle à manger, de la même époque, ont également été conservées.

Aujourd’hui le domaine est composé de nombreux bâtiments dispersés, dont un théâtre construit au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, labellisé Patrimoine d’intérêt régional (voir IA91001080), et un EPHAD.

  • Murs
    • grès enduit
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan rectangulaire symétrique
  • Étages
    étage de soubassement, 2 étages carrés, étage de comble
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés noue
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier symétrique en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit
  • État de conservation
    restauré
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • déesses
  • Précision représentations

    Deux sculptures en façade ouest, peut-être Flore et Cérès.

  • Statut de la propriété
    propriété privée, Propriété de l'Union des mutuelles d'Île-de-France

Documents d'archives

  • Archives nationales, Y3879, registres de tutelles, 1584 - 1597

    Archives nationales, Paris : Y3879
  • Plan de l'allée du château de Fleury et des terres environnantes, 1785, 59 J 23, plan 5

    Archives départementales de l'Essonne, Chamarande : 59J23, plan 5
  • Plan d'intendance d’Évry, Ris, Grigny, Orangis, Fleury et Plessis-le-Comte en trois feuilles

    Archives départementales de l'Essonne, Chamarande : C1/95
  • Monographie communale de Fleury-Mérogis, vol. I-1, canton de Longjumeau

    Archives départementales de l'Essonne, Chamarande : 4T/4, vol. I-1

Bibliographie

  • Jean Duma, Les Joly de Fleury à Fleury-Mérogis : 1602-1853, une seigneurie et ses transformations, Paris, 1975 : mémoire de maîtrise, univ Paris I, 1971

    Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux : 9 J 8
  • Jean-Louis Escudier, Edmond Bartissol (1841-1916), CNRS Éditions, 2000

  • David Feutry, Un Magistrat entre service du roi et stratégies familiales : Guillaume-François Joly de Fleury, 1675-1756, Thèse de doctorat, Paris, École des chartes, 2011

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2011-100234
  • David Feutry, Les Joly de Fleury seigneurs de Fleury-Mérogis aux XVIIe et XVIIIe siècles, conférence aux Archives départementales de Chamarande, 7 avril 2012.

    En ligne : https://www.academia.edu/34522985/

  • Jehanne-Emmanuelle Monnier, Profession explorateur, Alfred Grandidier, 1836-1921, Presses universitaires de Rennes, 2017

    https://doi.org/10.4000/books.pur.161596.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 509.034 MONN p

Périodiques

  • Albert Verly, « Bloc-notes parisien », La Liberté, 3 octobre 1903

    Bibliothèque nationale de France, Paris : NUMP-20073
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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