Dossier d’œuvre architecture IA91001099 | Réalisé par
Foisneau Nicolas (Rédacteur)
Foisneau Nicolas

Chargé de protection, Conservation régionale des Monuments historiques d'Île-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
;
Bussière Roselyne (Rédacteur)
Bussière Roselyne

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
;
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
;
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de villégiature dite maison Caillebotte
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Yerres
  • Adresse 8 rue de Concy
  • Cadastre 1810 E 107 parcelle de la maison uniquement. Le parc en comprend plusieurs.  ; 2018 AO 32 Parcelle englobant la propriété complète.
  • Dénominations
    maison
  • Genre
    d'artiste
  • Précision dénomination
    maison de villégiature
  • Appellations
    Maison Caillebotte
  • Parties constituantes non étudiées
    volière, ferme, fabrique de jardin, orangerie, pont de jardin, jardin potager, chapelle, kiosque, dépendance, glacière

La maison Caillebotte à Yerres s’inscrit dans l’histoire longue des maisons de plaisance de la vallée de l’Yerres, dont la réputation remonte au moins au XVIIIe s. Elle est associée à la figure du peintre impressionniste Gustave Caillebotte (1848-1894), dont la famille en fut propriétaire de 1860 à 1879, et qui y a passé ses étés à partir de l’âge de douze ans. Elle a joué un rôle important dans son activité d’artiste.

 

Cette maison trouve son origine un peu avant le XVIIe s. et elle doit une grande partie de sa configuration actuelle aux aménagements réalisés dans la première moitié du XIXe s par Pierre Frédéric Borrel.

Au départ se trouvait le logis d’un fief relevant de la seigneurie d’Yerres, l’hôtel de Narelles, décrit lors du partage des biens de Pierre Budé entre ses cinq fils en 1600 : « un hostel et manoir scis de la rivière d’Yerre, avec un jardin clos de murailles et le pourprix clos de fossez et de la rivière susdite en jardins vergers et bois de haute futaie... »[1]. Les changements de propriétaires sont nombreux : Jean Turpin, conseiller d’Etat, en 1631, puis son fils François en 1636 ; Charles Frizon, écuyer et valet de chambre du roi, en 1666, puis son fils Antoine, en 1711. Elle est acquise en 1731, avec les seigneuries de Grosbois et de Yerres, par Germain Chauvelin, garde des sceaux et secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Louis XV, qui la revend à Joseph Barthélémy, ancien marchand à Brunoy. La veuve de ce dernier, Anne Virvoudet, la loue pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle sous la forme de baux à vie. La demeure est rachetée en 1798 par Pierre Henri Chauveau, puis en 1806 par Alexandre de Mandat, ancien lieutenant au régiment des gardes françaises. Elle est cédée en 1824 à Pierre-Frédéric Borrel qui la conserve jusqu’à la saisie de ses biens en 1843.

La demeure actuelle doit son aspect actuel à ce nouveau propriétaire. Restaurateur originaire de Castelnaudary, maître d’hôtel du ministre de l’Intérieur, le comte de Montalivet, il dirige à partir de 1816 le très réputé restaurant de la rue Montorgueil « Au rocher de Cancale », fréquenté par la bonne société parisienne. Soucieux de manifester sa réussite sociale, il remanie complètement le logis dans un style inspiré de la Renaissance italienne sans probablement le reconstruire. En effet, le plan-masse du corps principal, perpendiculaire à la route menant au pont d’Yerres, est proche de celui documenté par trois plans antérieurs, datés vers 1780 (Atlas du marquisat de Grosbois), 1810 (plan cadastral) et 1817 (carte dressée par Lefebvre)[2].

Les travaux du logis sont sans doute achevés en 1834, si l’on en croit l’augmentation de construction mentionnée dans les matrices cadastrales[3]. Parallèlement, Borrel réaménage et régularise les abords de la maison. La cour d’entrée, avec son monumental portail et ses deux portes piétonnes, est flanquée par le logement du jardinier. Elle est fermée au nord par une exèdre. A l’ouest de la cour de service, est ajoutée une seconde dépendance, abritant une remise et des écuries, parallèle à celle déjà existante sur la rue.

Enfin, il fait entièrement reconfigurer le jardin, pour donner à sa maison un écrin paysager digne des plus belles villégiatures. La comparaison entre la carte de 1817 et le plan dressé par Victor Labarre en 1860[4] permet d’analyser les aménagements du parc. Le nouveau jardin irrégulier s’inscrit dans la continuité de l’esthétique des jardins à l’anglaise de la fin du XVIIIe s. Il est ponctué de fabriques : orangerie, glacière, petite grange couverte de chaume.

Borrel réutilise certaines dispositions anciennes, comme le canal d’irrigation, déjà visible sur l’Atlas des terres de Grosbois de 1718[5], qui forme la limite ouest et qu'il fait prolonger vers le sud par deux méandres, ou comme le bras de l’Yerres, délimitant une petite île, que l’on voit déjà sur le plan de 1780. Il reprend aussi le tracé de plusieurs allées du jardin précédent, dans la partie sud. Cependant, l’aménagement paysager change d’échelle en s’étendant à la partie nord du site, dévolu jusqu’alors à un verger-potager, qui est transféré à l’ouest, dans le prolongement du canal, et à des prairies. Il intègre ainsi pleinement la rivière Yerres qui délimite la propriété de ce côté. Une grande pelouse irrégulière met en valeur la façade à colonnes, et permet depuis les terrasses de la maison de dégager des vues sur le proche et le lointain. Un chemin périphérique au tracé ondulant, bordé de couverts entrecoupés de percées, fait le tour du domaine.

De 1843 à 1860, la maison appartient à Marie-Anne Gaudin, veuve de l'orfèvre Biennais et cousine par alliance de Martial Caillebotte. Riche négociant parisien, Martial Caillebotte rachète la propriété aux héritiers et ne modifie que peu les lieux. Il fait ajouter, à l’extrémité de la remise-écurie, un chalet suisse, et élever dans la cour de service une volière en pan-de-bois, adoptant du côté principal la forme d’une abside à trois pans. Enfin, il fait édifier, non loin de la glacière et de la chaumière, une petite chapelle en brique et pierre néo-romane, dédiée à Notre Dame du Lierre, consacrée en 1864 en présence de son fils aîné Alfred, alors vicaire de la paroisse de Saint-Jean-de-Belleville.

Après la mort de leur père, en 1874, puis de leur mère, les trois frères Caillebotte, vendent la propriété en 1879 à Pierre Dubois, propriétaire à Paris, dont les descendants la revendent en 1963 à l’industriel Paul Chaslin, qui s’en dessaisit en 1973 au profit de la ville de Yerres. Celle-ci engage, à partir de 1995, la restauration de l’ensemble du site. Les travaux s’achèvent en 2017 par la restitution partielle des intérieurs, très malmenés durant le XXe siècle[6]. La maison retrouve alors la distribution voulue par Borrel.

Pour la restauration du parc, menée sous la houlette de Louis Benech en 2005-2006[6], ce sont les ambiances rendues par les tableaux de Caillebotte qui ont servi de référence. Le peintre a, en effet, fait de cette demeure et de son parc un sujet de prédilection et y a peint les loisirs de plein air, en particulier ceux liés à la rivière, la baignade, la pêche, le canotage. On pense notamment au tableau récemment acquis par le Musée d’Orsay Canotier au haut de forme (1877) et à la série de trois tableaux peints en 1878 : Pêche à la ligne ; Baigneurs, bords de l’Yerres ; Périssoires sur l’Yerres[7].

Nicolas Foisneau

[1] BAUMONT Gilles, La propriété Caillebotte à Yerres… « un beau jardin bien planté », Ville de Yerres, 1994, p. 7 et suiv..

[2] Documents reproduits dans : BAUMONT Gilles, op. cit., p. 16, 21.

[3] Archives départementales de l’Essonne : 3P 3643. L’augmentation est mentionnée en 1837, mais la fin des travaux date sans doute de 1834, car les nouvelles constructions ou augmentations de construction étaient habituellement exonérées d’impôts pendant trois ans.

[4] Documents reproduits dans : BAUMONT Gilles, op. cit., p. 38.

[5] Document reproduit dans : BAUMONT Gilles, op. cit., p. 12.

[6] SAINTE FARE GARNOT Nicolas (et al.). La Maison Caillebotte, Ville de Yerres, 2019, p. 32-37 .

[7] KHOUNLIVONG Ellie, « Lieux patrimoniaux et usages contemporains : l’exemple de la propriété Caillebotte », in : MARTELLA Marco (dir.), Les jardins d’artistes au XIXe siècle en Europe, Paris, 2016, p. 117 et suiv.

 

 

 

 

 

 

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 16e siècle , daté par travaux historiques

La grande maison de plan barlong est disposée perpendiculairement à la rue. La façade principale, qui donne sur la cour, est précédée d’un large perron. Sa composition est dominée par les lignes horizontales de sa corniche et de ses bandeaux d’étage. La travée centrale est à peine accentuée par la présence, de part et d’autre de la fenêtre de l’étage, de niches comportant des statues, alors que les travées latérales se détachent nettement grâce à leur étage attique, leurs fausses chaînes d’angle et l’avancée de leur rez-de-chaussée couvert d’une terrasse.

La maison est prolongée par un avant-corps perpendiculaire au corps central : étroit mais spectaculaire, à deux portiques superposés d’ordres dorique et ionique, donnant à l’ouest sur le jardin, il est une bonne illustration du succès du courant palladien dans les premières décennies du XIXe siècle[1]. Une frise en bas-relief au décor à l'antique court au dessus des baies du premier étage.

Les salons traversants se succèdent en enfilade dans cette maison tout en longueur. Le vestibule, à l’extrémité du perron, donne accès, à gauche, à la cuisine, et à droite à la salle à manger. La suivent le salon puis le billard, qui ouvre sur le jardin par le portique ouest. La salle de billard est encadrée de deux corps latéraux d’un seul niveau, couverts en terrasse, accueillant un petit salon et une bibliothèque. A l’étage, desservies par un couloir qui longe la façade sud, se trouvent les chambres. Un atelier de peintre, aménagé par Borrel peut-être pour accueillir des artistes, occupe l’extrémité est du deuxième étage. Les salons ont été redécorés et la salle de billard restituée d'après un tableau inachevé de Caillebotte, Le Billard (1875, coll. part.).

Dans la cour, réaménagée par Borrel, une exèdre fait face à l’entrée, jouxtée par le logement du jardinier, côté rue. A l’arrière s’étendent les vastes communs, aujourd’hui fermé ornée du musée Caillebotte. Le parc contient aussi une glacière et de nombreuses fabriques, dont le chalet suisse, un kiosque chinois, une petite chapelle.

 

[1] GARRIC Jean-Philippe, Recueils d’Italie, Les modèles italiens dans les livres d’architecture français, Sprimont (Belgique), 2004, p. 38 et suiv.

  • Murs
    • pierre moellon enduit
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier
  • Étages
    2 étages carrés
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés noue
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en charpente
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • scène mythologique
  • Précision représentations

    Personnages en stuc blanc qui se détachent sur fond orangé.

  • Statut de la propriété
    propriété publique
  • Intérêt de l'œuvre
    maison d'homme célèbre
  • Protections
    inscrit MH, 1993
  • Précisions sur la protection

    Inscription par arrêté du 5 octobre 1993 de la maison de plaisance, la porterie, l'orangerie, la maison suisse, le kiosque avec l'enrochement, la chapelle (cad. AO 32).

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Matrices cadastrales

    Archives départementales de l'Essonne, Chamarande : 3P 3643

Bibliographie

  • Gilles BAUMONT, La propriété Caillebotte à Yerres… « un beau jardin bien planté », Ville de Yerres, 1994, 60 p.

    Archives départementales de l'Essonne, Chamarande : GBR/2634
  • GARRIC Jean-Philippe, Recueils d’Italie : les modèles italiens dans les livres d’architecture français, Sprimont, Mardaga, 2004

    Bibliothèque nationale de France, Paris
  • Serge LEMOINE (dir.), Caillebotte à Yerres, au temps de l’impressionnisme, Paris, Flammarion, 2014.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2014-94251
  • Ellie KHOUNLIVONG, « Lieux patrimoniaux et usages contemporains : l’exemple de la propriété Caillebotte », Marco MARTELLA Marco, Les jardins d’artistes au XIXe siècle en Europe. Actes du colloque de la Vallée aux loups (18 et 19 mai 2015), Paris, Lienart, 2016, p. 117-125.

    Musée d'Orsay, centre de documentation : 8 A 585
  • Nicolas SAINTE FARE GARNOT Nicolas (et al.), La Maison Caillebotte, Ville de Yerres, 2019.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2019-143158
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Foisneau Nicolas
Foisneau Nicolas

Chargé de protection, Conservation régionale des Monuments historiques d'Île-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Bussière Roselyne
Bussière Roselyne

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Plessis Laura
Plessis Laura

Stagiaire à l'inventaire en 2025-2026

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Articulation des dossiers