La maison Louis Carré est souvent opposée à la villa Savoye de Le Corbusier, objet d'art peu fonctionnel. A Bazoches, Alvar Aalto a conçu une maison au sein d'un paysage et l'a entièrement façonnée dans un seul but, le bien-être de ses habitants.
- patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
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- (c) Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
aire d'étude de la région Ile-de-France
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Commune
Bazoches-sur-Guyonne
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Adresse
1 chemin du Saint Sacrement
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Cadastre
2025
C
1378
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Dénominationsmaison
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Précision dénominationmaison de villégiature
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AppellationsMaison Louis Carré
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Parties constituantes non étudiéesgarage, piscine, jardin
Le grand collectionneur et marchand d’art Louis Carré s’éprend de Bazoches-sur-Guyonne, en lisière de la forêt de Rambouillet, en se rendant chez son ami Jean Monnet[1], qui y possède sa maison de campagne. En 1955, il acquiert plusieurs terrains et, sur les conseils d’un autre ami, confrère galeriste à Stockholm, Gösta Olson[2], Carré confie au finnois Alvar Aalto (1898-1976) un projet de maison de campagne[3]. L’architecte, déjà très reconnu[4], vient d’ailleurs de construire sa propre maison d’été à Muuratsalo en 1952. Carré lui donne carte blanche, précisant seulement qu’il voudra y exposer des œuvres[5].
Malgré l’éloignement, Aalto, qui reste en Finlande, surveille de très près le chantier dans ses moindres détails. Il en confie la direction sur place à Marcel Roux (1909-1993) mais sans aucune marge de décision. Roux travaille sur la maison jusqu’en 1960, date à laquelle, suite à un procès pour vice de forme sur le garage, il est remplacé par Guy Derevoge (1897-1982). Tout comme Roux avant lui, Derevoge correspond abondamment avec Aalto, auprès duquel il prend ses instructions et rapporte en détail l’avancement des opérations[6]. La maison est achevée en trois ans, en 1960, et c’est une œuvre d’art total qui est livrée, la seule d’Aalto en France.
En véritable maison aux champs, elle est installée au sommet d’une colline de terres agricoles[7], au milieu d’une clairière où Aalto la conçoit comme un élément du paysage. Cette quête d’intégration parfaite, caractéristique de l’architecte, se traduit par une symbiose entre la maison et les reliefs du site. Il compose une maison organique, affranchie des notions de symétrie et de frontalité. Rien de radical ici mais une maîtrise du plan, non exempte d’une certaine théâtralité, ainsi que des matériaux et de la lumière, naturelle et artificielle.
Tout le mobilier est dessiné par Aalto, créé pour la maison, et fabriqué par sa société Artek, fondée en 1935 avec sa première femme Aïno, et les historien et artiste Nils-Gustav Hahl et Maire Gullichsen[8]. Simple et raffiné, comme attendu dans une maison de campagne, le mobilier fait la part belle aux matières naturelles. Bois, cuir, tissu dominent. Le bronze même des poignées de porte est recouvert de lanières de cuir pour une meilleure prise en main. Certains modèles antérieurs sont aussi réutilisés. Ainsi la lampe Cloche d’or, dessinée dans les années 1930 avec Aïno, pour le restaurant Savoy, à Helsinki, est adaptée dans la salle à manger de Bazoches pour lui faire éclairer à la fois la table et les convives, mais aussi les tableaux, avec une lumière horizontale. Beauté et fonctionnalité vont de pair. La conception de l’escalier menant du hall au salon en est un autre exemple significatif. Les marches ont une hauteur de 12 cm, en référence à celles de la cour de marbre de Versailles. Mais cet aménagement a aussi (ou avant tout ?) pour but de faciliter la circulation du propriétaire, qui souffre d’une dysplasie à la hanche handicapante.
Peu après leur installation, en 1960, les Carré demandent une piscine à Alvar Aalto. C’est lui à nouveau qui la conçoit jusque dans ses moindres détails, du choix de la pierre à la conception de l’éclairage, en passant par la mise au point de l’évacuation des eaux, désormais avec Derevoge sur place. La correspondance entre architecte et commanditaire laisse aussi entrevoir la place prise par Elissa Aalto auprès de son époux. A ce sujet elle écrit par exemple que « s’il doit y avoir une piscine, celle-ci doit être intégrée au jardin en terrasses »[9]. La piscine sera chauffée par la chaudière de la maison car Louis Carré, pour sa hanche, doit se baigner quotidiennement. Mais conçue comme un satellite de la maison, la piscine est également destinée à accueillir fêtes et réceptions et Aalto, véritable architecte de la lumière, conçoit ici aussi un éclairage sophistiqué, à la fois d’ambiance et utilitaire[10].
Louis Carré décède en 1977, sa veuve (qui est sa troisième épouse) en 2002. L’importante collection d’œuvres d’art (on mentionne 200 œuvres dont des Fernand Léger, Paul Klee, Nicolas de Staël) est vendue aux enchères mais tout le mobilier dessiné par Aalto est conservé[11]. La Fondation Alvar Aalto achète alors la maison et l’ouvre au public.
[1] (1888-1979). Il est l’un des « pères de l’Europe » : secrétaire général adjoint et promoteur de la Société des Nations à partir de 1919, contribue à la création de la CECA (1951) puis de la CEE (1957). Sa maison est également ouverte au public.
[2] William J. R. Curtis, Esa Laaksonen, Asdis Olafsdottir, Alvar Aalto, maison Louis Carré, Musée Alvar Aalto, Académie Alvar Aalto, 2008, p. 16 et 64.
[3] M. et Mme Carré ont leur résidence principale à Boulogne-Billancourt, 24 rue Nungesser-et-Coli, dans l’immeuble construit par Le Corbusier, qui y vit également.
[4] En 1955, lorsque les deux hommes se rencontrent, Aalto a déjà réalisé nombre de ses œuvres majeures telles que le sanatorium de Paimio (1933), la bibliothèque de Viipuri (1935), la villa Mairea à Noormakku (1939), la marie de Säynätsalo, sa propre villa de Muuratsalo (1952).
[5] Curtis (dir.), op. cit., p. 21.
[6] Curtis (dir.), op. cit., p. 64.
[7] Aujourd’hui la colline est boisée mais Louis Carré a acheté des terres agricoles. Géoportail, vue aérienne des années 1950-1955.
[8] Dossier de protection du mobilier conçu par Alvar Aalto pour la maison de Louis Carré, base POP, PM78001299.
[9] Lettre d’Elissa Aalto à Louis Carré, 27 octobre 1961. MPP, E/2014/1/30, dossier de restauration de la piscine réalisée par l’agence 2BDM.
[10] Ibidem.
[11] L’Express, 20 mars 2003.
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Période(s)
- Principale : 3e quart 20e siècle
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Dates
- 1960, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Aalto AlvarAalto AlvarCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Architecte, dessinateur, urbaniste et designer finlandais.
- Auteur : architecte attribution par source
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Auteur :
Derevoge Guy Jean Léon Paularchitecte attribution par sourceDerevoge Guy Jean Léon PaulCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Architecte DPLG et urbaniste.
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Auteur :
Le visiteur aborde le bâtiment de 450 m² par un chemin en diagonale qui le dévoile peu à peu. Partie prenante du paysage, la maison semble l’accompagner : côté ouest, la pente de la toiture suit celle du terrain selon le même angle ; au sud c’est un emmarchement en herbe et pierre qui épouse les courbes du sol pour venir mourir sur la terrasse où a été aménagée la piscine.
Chacune des façades de la maison est différente mais arbore des volumes juxtaposés qui se découpent par des lignes formant des angles nets. La façade d'entrée assume ce caractère presque tranchant par les angles aigus de son couvrement. On trouve de ce côté-ci l'ensemble des matériaux constitutifs de la maison. Un soubassement en grès de Chartres, jusqu’à mi-hauteur, soutient les murs à parements de brique peints en blanc, ponctués de clairevoies à traverses verticales en bois. La toiture, fine comme une voile, est en ardoise.
On entre d’abord dans un petit vestibule, très sombre, qui ouvre en plein sur le cœur de la maison, le hall. Ainsi mise en scène, cette pièce-charnière, la plus vaste, autour de laquelle toute la maison est organisée, était celle où Carré exposait sa collection, comme dans une galerie d’art, éclairée par la lumière du nord, que diffuse la clairevoie au-dessus de l’entrée. Celle-ci participe du travail sur la lumière avec son effet « anti-éblouissement »[1]. Le hall est couvert d’une voûte ondulante en pin de Finlande dont la courbe est habilement orientée pour guider le visiteur vers la volée de marches qui conduit en douceur au salon. Celui-ci offre des dimensions et une atmosphère beaucoup plus intimes. En journée, la lumière entre par la baie, qui occupe tout le mur ouest, et vient caresser le lattis du plafond bas, le parquet de bois blond, les murs blancs. Le soir, les luminaires dessinés par Aalto répandent une lumière qui s’adapte, tamisée ou plus directe, selon les espaces. La petite bibliothèque, conçue comme un cocon, est l’ultime pièce de la partie réception.
Le côté sud abrite trois chambres, chacune pourvue d’une terrasse. Celles-ci sont pratiquement privatives. Deux des trois chambres sont dotées d'un sauna, ce sont celles du couple, séparées par la chambre d’amis placée au milieu. A l’est se trouve la zone de service, reliée à la salle à manger. Les domestiques sont logés à l’étage, qui leur est dédié. On y accède par un escalier droit ménagé à l’angle sud-est du hall.
Il n’est pas une seule de ces sept pièces qui n’ouvre sur le hall. Et pourtant tous les accès aux espaces privés sont dissimulés derrière les grandes cimaises d’exposition qui ont ainsi double fonction.
[1] Curtis (dir.), op. cit., p. 11.
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Murs
- grès moyen appareil
- brique enduit
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Toitsardoise
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Étages1 étage carré
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Couvrements
- lambris de couvrement
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Couvertures
- toit à un pan
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Escaliers
- escalier dans-oeuvre : escalier droit en charpente
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État de conservationbon état
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Statut de la propriétépropriété privée
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Sites de protectionsite inscrit
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Protectionsclassé MH, 1996
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Précisions sur la protection
Classement en totalité par arrêté du 5 juillet 1996 : maison, avec le garage, la piscine, y compris ses équipements, ainsi que le jardin et le portail d'entrée.
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Référence MH
- (c) Stéphane Asseline, Région Île-de-France
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Documents d'archives
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Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine : 389 AP 44
Fonds Louis Carré, correspondance avec Alvar Aalto 1956-1976
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Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine : 44 correspondance avec AA 1956-1976 389 AP 45 à 48
Fonds Louis Carré, construction de la maison de Bazoches-sur-Guyonne
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Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : D/1/78/3-4
Dossier d'édifice protégé, Bazoches-sur-Guyonne, maison Louis Carré
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Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : E/2014/1/30-163
Étude préalable, restauration générale, juin 2024, Frédéric Didier
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Direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France, conservation régionale des monuments historiques, Paris
Dossier de protection du mobilier conçu par Alvar Aalto pour la maison de Louis Carré, base POP, PM78001299 et Conservation régionale des monuments historiques.
Bibliographie
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Bibliothèque de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, Paris : 720.921 AALT 2008
William J. R. Curtis, Esa Laaksonen, Asdis Olafsdottir, Alvar Aalto, maison Louis Carré, Musée Alvar Aalto, Académie Alvar Aalto, 2008
Périodiques
-
Zodiac 1960 n°6, p. 22 à 30
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Architecture aujourd’hui, n°91-92, sept-nov 1960, p. 110-115
-
Global architecture n° 10, 1971 numéro consacré à la maison
Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France
Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France