Dossier d’œuvre architecture IA78000395 | Réalisé par
Cueille Sophie
Cueille Sophie

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • inventaire topographique
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de villégiature dite Villa Savoye, Les Heures claires
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Jean-Bernard Vialles, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Poissy centre
  • Commune Poissy
  • Adresse 82 rue de Villiers
  • Cadastre 1821 B 642  ; 2018 AR 4
  • Dénominations
    maison
  • Précision dénomination
    maison de villégiature
  • Appellations
    Villa Savoye, Les Heures claires
  • Destinations
    musée
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin, communs

“La maison reposera sur l’herbe comme un objet, sans rien déranger” (Le Corbusier) : par son insertion dans l’environnement existant, ses espaces extérieurs et ses panoramas variés, la villa Savoye s’inscrit dans la tradition de la villégiature.

Pierre et Eugénie Savoye, banquiers et assureurs parisiens, achètent en 1928 un terrain de sept hectares au sein du domaine du château de Villiers, à Poissy, où ils prévoient la construction d’une maison dans laquelle ils souhaitent passer les week-ends. Le terrain est situé sur la colline de Beau Regard avec une vue sur la Seine. L’architecte est Le Corbusier (Charles-Édouard Jeanneret-Gris, 1887-1965), qui commence à faire parler de lui et est connu des commanditaires grâce à la villa Church à Ville d’Avray. La commande est passée par une lettre rédigée par Madame Savoye[1]. Ses demandes concernent surtout des points techniques tels que l’eau chaude et l’électricité, ou encore la distribution des pièces, mais l’architecte explique dans son Œuvre complète que ses clients sont “dépourvus totalement d’idées préconçues”, lui permettant de développer les siennes[2].

Un premier projet est rendu, d’un coût trop élevé. C’est finalement le cinquième projet qui est adopté, il possède un étage de moins mais son coût dépasse tout de même largement l’enveloppe financière initiale. Le chantier est ouvert en 1929. Le Corbusier est assisté de Pierre Jeanneret, son cousin et le chantier est confié à l’entreprise générale de construction E. Cornier à Paris. Plusieurs projets de jardins sont dessinés par l’Atelier Le Corbusier et Jeanneret et un parti rectiligne est retenu. Le jardin est réalisé par l’entreprise générale de jardins Lucien Crépin de Paris en 1930. La villa, achevée en 1931, s’élève au centre d’un parc entouré d’une forêt. Le Corbusier souhaite éviter de toucher à la forêt environnante, il place donc la maison au centre du parc.

Rapidement, le couple découvre des malfaçons comme des fuites d’eau, et profite peu de la maison.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la villa Savoye est réquisitionnée par les Allemands en raison de sa vue directe sur la Seine et sur les usines de Ford, puis par les Américains. Les époux Savoye récupèrent leur maison en 1945. Son état, très détérioré, les conduit à transformer le terrain en exploitation agricole, la maison devenant un lieu de stockage.

En 1958, 6 hectares de la propriété sont expropriés par la ville de Poissy qui prévoit de raser la maison et d’y construire un lycée. Le ministre de la Culture, André Malraux, prend des mesures pour sa conservation. La villa Savoye est classée monument historique en 1965 et devient propriété de l’Etat en 1967. Elle est ouverte au public en 1968. De nombreux travaux de restauration sont faits, d’abord en 1966 puis de 1983 à 1993. Les peintures intérieures sont reprises entre 1996 et 1997 et le jardin jouxtant la villa est restitué. Finalement, elle est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2016, avec 17 autres sites du même architecte sous le titre “L’Œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne”. Elle aujourd’hui gérée par le Centre des monuments nationaux et ouverte à la visite toute l’année.

 Laura Plessis

 

[1] Lettre de commande de Madame Savoye à Le Corbusier, Fondation Le Corbusier / ADAGP.

[2] Le Corbusier, Œuvre complète 1929-34, Zurich, Edition Girsberger, 1935, vol. 2.

La maison prend la forme d’un carré soutenu par des pilotis. Elle est la première application des cinq points de l’architecture définis en 1927 par Le Corbusier[1] : usage des pilotis, toit-terrasse, plan libre, façade libre et fenêtres en bandeaux.

L’usage des pilotis permet de surélever la maison et de lui donner un aspect flottant. Leur rôle structurel est un moyen de supprimer les murs porteurs et de libérer les cloisons. C’est le principe “Dom-Ino”, mis au point par Le Corbusier : une ossature poteaux-poutres qui porte des dalles en béton armé et des escaliers. Ces pilotis sont en béton armé, ce qui permet de les affiner ; leur couleur blanche leur confère un aspect classique. Ils ouvrent un espace de circulation au sol, comme un péristyle, ici dédié à la circulation des voitures avec un garage. La forme de la voiture a une incidence sur la construction. C’est à partir de ses dimensions que le hall et le péristyle sont conçus.

Le rez-de-chaussée comprend un vestibule, l’entrée principale, ainsi qu’une entrée séparée pour les domestiques. Le Corbusier cherche à camoufler le premier niveau pour accentuer l’aspect flottant du “bel étage”. Grâce aux pilotis, et aux murs peints en verre foncé, l’étage de la villa, peint en blanc, semble léviter et le rez-de-chaussée se fond dans le paysage. La couleur fait partie intégrante des projets de l’architecte. Selon lui, les teintes pâles apportent de la lumière et les teintes fortes dissimulent, comme ici.

Le toit de la maison est plat et accueille un solariumde 70m2, équipement novateur à l’époque. Il est accessible par une rampe qui dessert l’ensemble de la maison. Il donne un aspect plus géométrique à la maison, formant une ligne horizontale.

Les façades, libérées de leur rôle structurel, sont minces et leur forme varie selon les effets souhaités ; elles sont courbes pour protéger le solarium du vent. Les ouvertures peuvent être placées selon les besoins en luminosité naturelle de chaque pièce et l’utilisation du béton permet de larges baies sans interruption. Elles s’ouvrent en bandeau sur le panorama. Quatre fenêtres éclairent l’étage et apportent une forte luminosité, lui valant son surnom “Les Heures Claires”, par les propriétaires. Cette forte luminosité est complétée par des lanterneaux ouverts sur le toit et qui éclairent les étages inférieurs, jusqu’au garage.

Enfin, le système Dom-Ino permet un plan libre. L’espace intérieur est agencé par des cloisons placées en fonction des besoins de chaque espace, et non pour des raisons de stabilité. Le séjour, dit "salle", est monumental et entouré de fenêtres coulissantes, dont des baies vitrées qui remplacent le mur du côté du jardin intérieur. Ce jardin couvre un tiers de la surface du bâtiment. Une grande cuisine, conçue pour être très fonctionnelle, donne sur la salle dont elle est séparée par un mur de placards ouvrant des deux côtés. L'étage comprend trois chambres, dont la chambre de maître pourvue d'une salle de bain dont elle n'est séparée que par une banquette en dur qui reprend la forme de la chaise longue LC4 créée par Charlotte Perriand pour l'agence de Le Corbusier. Les deux autres chambres, plus petites, ont chacune leur cabinet de toilette. Le rez-de-chaussée est dédié au service avec le logement du chauffeur et les petites chambres des domestiques. Le garage occupe un tiers de la surface.

Des jeux de couleurs franches et vives (restituées à l'identique) scandent les murs de l'espace d'habitation. Elles font partie intégrante de l'architecture de Le Corbusier.

La “promenade architecturale”[2], c’est-à-dire le parcours pensé par l’architecte lors de la conception de l’édifice, est marquée par une rampe. Les espaces sont aussi desservis par un escalier hélicoïdal, réservé au service, mais la rampe est plus appréciée de Le Corbusier[3], permettant de relier les étages et de laisser libre cours à l’observation de la maison. Deux volées de rampes desservent chaque étage, passant de l’intérieur à l’extérieur, pour une progression continue.

A l’entrée du parc se trouve la loge du jardinier. C’est une application du “projet d’habitat minimal” de Le Corbusier, qui est présenté avec Pierre Jeanneret au deuxième congrès international d’architecture moderne à Francfort en 1929. Construite sur une surface de 45m2, la loge reprend la forme générale de la villa Savoye dans des dimensions réduites. Des cloisons coulissantes permettent de fermer la chambre la journée ou de fermer la cuisine pour la nuit, pour une meilleure utilisation de l’espace.

[1] Publiés par Le Corbusier et Pierre Jeanneret sous le titre “Les cinq points d’une architecture nouvelle”. 

[2] Terme qui apparait en 1929 dans le premier volume de Œuvre complète

[3] Le Corbusier s’inspire notamment de la Basilique Sainte-Sophie à Istanbul et de ses deux rampes qui mènent au sommet. La Villa Savoye est le second système de rampe mis en place par l’architecte, le premier étant dans la Maison La Roche à Paris.

  • Murs
    • béton béton armé enduit
  • Toits
    béton en couverture
  • Étages
    1 étage carré
  • Couvrements
    • dalle de béton
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier intérieur : escalier tournant à retours avec jour suspendu
  • Autres organes de circulation
    rampe d'accès
  • Jardins
    pelouse
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat
  • Protections
    classé MH, 1965/12/16
  • Référence MH

Bibliographie

  • Nicolas Fox Weber, C’était Le Corbusier, Paris, Fayard, 2009

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2009-138885
  • CUEILLE Sophie, Poissy, cité d’art, d’histoire et d’industrie, photographe Jean-Bernard Vialles, Paris, APPIF, Images du patrimoine n° 224, 2003

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
  • Le Corbusier, Œuvre complète 1929-34, Zurich, Edition Girsberger, 1935, vol. 2

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 709.204 LECO l2
Date(s) d'enquête : 2000; Date(s) de rédaction : 2000, 2025
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Cueille Sophie
Cueille Sophie

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Plessis Laura
Plessis Laura

Stagiaire à l'inventaire en 2025-2026

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Métais Marianne
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Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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