Dossier d’œuvre architecture IA77050089 | Réalisé par
Pierrot Nicolas (Rédacteur)
Pierrot Nicolas

Conservateur en chef du patrimoine, en charge du patrimoine industriel, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Métais Marianne (Contributeur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Château de villégiature de Nanteau-sur-Lunain
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Yvan Bourhis, Département de Seine-et-Marne

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Nanteau-sur-Lunain
  • Lieu-dit
  • Adresse 2 rue des Arches
  • Cadastre 2025 H 43
  • Dénominations
    château
  • Genre
    d'industriel
  • Précision dénomination
    château de villégiature
  • Parties constituantes non étudiées
    parc, fabrique de jardin, logement

Monumentale illustration de ce que peut être la "maison de campagne" d'un industriel ayant fait fortune, le château du magnat des huiles Lesieur dresse sa colossale silhouette devant un vaste parc dessiné par René-Édouard André.

C’est un industriel déjà au faîte de son ascension sociale qui, en 1913, acquiert le domaine de Nanteau-sur-Lunain auprès de la famille de La Tour du Pin. Fils d’un riche laboureur devenu maire de Septeuil après la Révolution, Georges Lesieur (1848-1931), entré en 1863 – à l’âge de 15 ans – chez l’huilier parisien Desmarais, devient, en moins de vingt ans, fondé de pouvoir de la société et membre influent de la Chambre de commerce de Paris[1]. En 1905, à l’âge de 65 ans, il fonde sa propre entreprise, Georges Lesieur et ses fils, et lance avec succès la fameuse marque rouge au quadruple losange grâce à la construction, près du port arachidier de Dunkerque, d’une huilerie moderne – rationnelle et électrique – reliée au grand marché parisien via son entrepôt de Saint-Ouen. L’acquisition d’un ancien domaine aristocratique de 1500 hectares marque ainsi pour Georges Lesieur, demeurant ordinairement au 71 de l’actuelle avenue Foch, la volonté de réunir autour de lui, à la campagne, le « clan familial » dans un écrin digne de son rang[2].

Il choisit un jeune architecte, Georges Morice (1883-1951), diplômé de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts depuis 1910[3], et confie la conception des jardins à un architecte-paysagiste renommé, René-Edouard André (1867-1942), fils d’Edouard André, grand promoteur du renouveau du jardin à la française[4]. Il faut en premier lieu décider du sort de l’ancien château, construit au XVIIe siècle au bord du Lunain, sur un emplacement déjà occupé au XIIIe s.[5]. Triplement condamné par sa vétusté, ses dimensions modestes et sa position « au point bas de la vallée et sans vues dégagées »[6], il est rasé au profit d’une construction neuve.

Interrompu en 1914, le chantier n’est achevé qu’après-guerre. Depuis sa vente après la Seconde Guerre mondiale, puis sa reconversion en centre de rééducation professionnelle des accidentés du travail et de la route, l’intérieur du château a été réaménagé. Il abrite aujourd’hui le COS CRPF, centre de réadaptation professionnelle et de formation.

Nicolas Pierrot

[1] Il en fut président de 1905 à 1907. Tristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l’Histoire, 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, p. 41-45.

[2] Ibidem, p. 134-136.

[3] Georges Morice est né à Blois le 15 mai 1883. Voir « Georges Abel Marie Morice », notice par Marie-Laure Crosnier Leconte (base agorha-inha.fr).

[4] AD 78, 141 J 1-43, Fonds Edouard André et René-Edouard André.

[5] AD 77, 174J, Florence Collette, pré-Inventaire des parcs et jardins remarquables de Seine-et-Marne, 1995.

[6] Louis Varcollier, « Le château de Nanteau-sur-Lunain (S.-et-M.) par G. Morice, architecte D.P.L.G. », L’Architecture, vol. XLII, N°3, 15 mars 1929, p. 78.

Tout, dans le programme du château, traduit le standing exigé par le propriétaire. Il s’agit, d’une part, de loger « une nombreuse famille » dans six appartements privatifs – accessibles « incognito » par deux entrées latérales indépendantes de l’entrée centrale – composés chacun de « deux chambres, trois cabinets de toilette-bains spacieux et munis de tous les aménagements modernes »[1]. Le château comprend, d’autre part, six chambres d’ami (aux premier et deuxième étages) et vingt chambres de domestiques (dans les combles). Outre l’indispensable salon-hall, on remarque une « salle des chasseurs » ouverte sur l’horizon d’un vaste domaine de chasse privée. Comme il se doit, une ferme et un potager subviennent aux besoins des convives. Si l’œuvre est monumentale, marquée notamment par la démesure du comble habitable (20 mètres de hauteur sur 15 mètres de large), son exécution entend respecter le principe, propre à la villégiature, « d’économie sans luxe inutile, mais sans mesquinerie »[2]. Offrant une variante – revendiquée – du « style Henri IV », il est construit en pierre de taille de Château-Landon et rempli en moellons de Souppes. Point de décor complexe, ces « pierres locales » demeurant coûteuses à tailler. La couverture n’est pas en ardoise mais en tuile de Bourgogne. Les planchers sont en ciment armé et les parquets en chêne. À son corps défendant, l’architecte a dû accepter que « la décoration intérieure [soit] tout entière confiée aux Magasins du Printemps »[3]. Il faut dire que Pierre Laguionie, co-gérant des célèbres Magasins avec son père Gustave, n’est autre que le gendre de Georges Lesieur depuis 1908[4].

Placé comme il se doit en « situation culminante »[5], à mi-pente, le château offre désormais une vue sur la rivière et le miroir d’eau, ce dernier formant l’axe central de la composition.

Promoteur du jardin moderne de « style composite ou mixte », René-Edouard André dessine en amont, entre le portail et le château, un jardin à dominante paysagère et, en aval, un jardin régulier à la française. Ce dernier, centré sur le grand miroir, s’offre comme une « surprise agréable » aux invités depuis le salon-hall du château[6]. Le déversoir du Lunain, qui alimente le plan d’eau, ferme la composition. Cet escalier d’eau est orné d’une exèdre à colonnade depuis laquelle « le château et son cadre de verdure se reflètent dans le miroir »[7].

Les bâtiments de la ferme se trouvent à l'est du domaine, du côté du village. Ils ont été augmentés de constructions nouvelles dédiées à la formation. L'entrée d'origine est toujours en place : deux grands pavillons similaires à la grande maison, en moellons et pierre de taille, couverts de toitures à tuiles plates, sur longs pans et croupes à égout retroussé, encadrent l'allée qui longe la ferme, à main gauche, puis serpente jusqu'au château.

[1] Varcollier, op. cit., p. 79.

[2] Ibidem, p. 82.

[3] Ibidem, p. 52.

[4] Gaston-Breton, op. cit., p. 49.

[5] Ibidem.

[6] René-Edouard André, « Considérations générales sur l’art des jardins », Hector Saint-Sauveur, Les Beaux jardins de France, Paris, Massin, p. 14.

[7] Ibidem.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • moyen appareil
  • Toits
    tuile plate
  • Plans
    plan rectangulaire régulier
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, 2 étages de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne morale, Propriété du COS CRPF, établissement médico-social de préorientation, de réadaptation professionnelle et de formation.

Documents d'archives

  • Fonds Edouard André et René-Edouard André

    Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys : 141 J 1-43
  • Florence Collette, pré-Inventaire des parcs et jardins remarquables de Seine-et-Marne, 1995

    Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys : 174J

Bibliographie

  • René-Edouard André, « Considérations générales sur l’art des jardins », Hector Saint-Sauveur, Les Beaux jardins de France, Paris, Massin, 1924.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : GR FOL-S-283
  • Tristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l’Histoire, 1908-1998, Paris, Perrin, 1998

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 338.17 GAST l

Périodiques

  • Louis Varcollier, « Le château de Nanteau-sur-Lunain (S.-et-M.) par G. Morice, architecte D.P.L.G. », L’Architecture, vol. XLII, N°3, 15 mars 1929, p. 78

    Cité de l'architecture et du patrimoine, Paris : FRAPN02_TURE_1929_03
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Pierrot Nicolas
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Métais Marianne
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