Dossier d’œuvre architecture IA77050088 | Réalisé par
Lacour Virginie (Rédacteur)
Lacour Virginie

Attachée de conservation du patrimoine, direction des Archives, du Patrimoine et des Musées départementaux de Seine-et-Marne (en 2009).

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Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de villégiature dite manoir de Beaumarchais
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Les Chapelles-Bourbon
  • Lieu-dit Beaumarchais
  • Adresse 6 route Beaumarchais
  • Cadastre 1824-1850 A 18  ; 2025 A 147
  • Dénominations
    maison
  • Précision dénomination
    maison de villégiature
  • Appellations
    Manoir de Beaumarchais
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin, ferme

Le courant néo-régionaliste, à son apogée dans l'entre-deux-guerre, trouve aux Chapelles-Bourbon une superbe illustration. Quand un joaillier parisien fait appel à un architecte normand pour construire sa villégiature seine-et-marnaise, peut naître une demeure telle que le manoir de Beaumarchais. Le confort et l'élégance s'y habillent d'encorbellements, de tours et de pans de bois tout en préservant une certaine simplicité, propre à la maison de campagne.

Lorsque Louis Boucheron (1874-1940) achète le domaine de Beaumarchais dans les années 1920, il est depuis 20 ans à la tête de la maison de joaillerie Boucheron, qui vient tout juste de s’installer place Vendôme. Il a donné une dimension internationale à l’entreprise de son père et a ouvert des magasins à Londres et à New York. Ces années 20 voient l’apothéose de sa carrière : il participe, hors concours, à l’exposition des arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Ses bijoux géométriques, colorés et très graphiques sont alors très appréciés. Il est promu à la même période officier de la Légion d’honneur. Propriétaire d’une demeure de villégiature à Trouville, construite pour sa mère dans les années 1910 dans un style normand par l’architecte caennais Georges Pichereau (également auteur de la célèbre et voisine villa Strassburger, construite pour Henri de Rothschild à Deauville), il y séjourne régulièrement et y a sans doute cultivé un goût particulier pour l’architecture du pays d’Auge et ses relectures du début du XXe siècle.

Louis Boucheron, comme de nombreux industriels, banquiers ou négociants de sa génération, est également chasseur. Il acquiert la terre de Beaumarchais, domaine de la Brie, accessible depuis Paris et reconnue pour l’abondance du gibier, favorisé par la présence de zones humides, boisées et cultivées. Il a pour voisin les industriels Singer, à Neufmoutiers-en-Brie, et à nouveau les Rothschild à Armainvilliers, qui ont fait construire dans les années 1890-1900 une vaste demeure dans un style anglo-normand. La commande de Louis Boucheron était celle d’une demeure campagnarde confortable et moderne, principalement occupée pendant la période automnale et hivernale. Comme à Trouville, comme au château d’Armainvilliers, c’est l’inspiration normande qui prévaut. Il fait appel à un architecte de cette origine, Henri Jacquelin (1872-1940), né à Evreux et ancien élève des beaux-arts, section architecture. Henri Jacquelin se distingue pour ses nombreuses transformations de manoirs dans le Calvados ou dans l’Eure : manoir Saint-Hilaire à Louviers, manoir de La Pommeraye, château du Petit-Fontaine à Arromanches. Installé à Paris, Henri Jacquelin achève alors la reconstruction du château d’Hattonchâtel, en Lorraine, dans un style, cette fois, « troubadour ».

L’architecte soumet en mars 1927 à Louis Boucheron un premier croquis représentant les deux façades est et ouest de la nouvelle demeure[1]. Le projet emporte l’adhésion du commanditaire car Henri Jacquelin ne modifiera que peu ces plans au moment de la phase de réalisation. Un dialogue étroit s’est noué entre Louis Boucheron, ancien étudiant des ponts et chaussées, et l’architecte. Les dessins et plans de Jacquelin sont soigneusement étudiés par Louis Boucheron qui n’hésite pas à les amender. Une fois la phase de conception passée, Louis Boucheron reste, pendant les travaux, attentif aussi bien à la construction elle-même qu’au décor intérieur, au mobilier dessiné en partie par Jacquelin et aux équipements de confort : chauffage, électricité et eau. Rigoureux et vigilant, rien ne lui échappe, il relève tous les retards, les erreurs, les manques et rapporte au conducteur de travaux du cabinet Jacquelin, un certain monsieur Lebas, les remarques résultant de ses visites sur place.

Le manoir est construit très rapidement. Dès octobre 1928, le couple de gardiens est en mesure d’emménager dans l’aile nord de la maison et la venue de la famille Boucheron suit de peu.

Le manoir de Beaumarchais appartient toujours à des descendants de Louis Boucheron. En 1995, les façades et les toitures du manoir sont inscrites au titre des monuments historiques au motif qu’il s’agit d’une « imitation quasi parfaite d’un manoir normand transposé en Île-de-France, un exemple significatif d’architecture régionaliste des années 30 ».

Henri Jacquelin construit d’autres demeures en région parisienne, notamment pour le docteur Debat à Saint-Cloud. Il dessine même pour la famille Agache à Poissy une réplique quasi identique du Manoir de Beaumarchais[2].

Virginie Lacour

 

[1] MPP, 1999/008, procès-verbal de la COREPHAE 1995.

[2] Sophie Cueille, Poissy, cité d'art, d'histoire et d'industrie, Images du patrimoine, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Paris, APPIF, 2003, p. 110-111 et IA78000507 inventaire.iledefrance.fr/

Le manoir est construit ex-nihilo au nord de la commune des Chapelles-Bourbon. Orienté est-ouest, il se développe en un corps de logis barlong, flanqué de deux ailes de dimensions proches mais tout à fait différentes dans leur forme et leurs usages. Le nord est dédié aux pièces de service, le sud à l'entrée et au bureau du maître de maison, dans la tour. Les deux sont placées de biais afin de créer des effets de cour à différents angles de la maison. Plusieurs tours ponctuent la demeure. Sa façade antérieure est encadrée de deux tours au nord, de formes différentes, et d'une autre au sud. La façade postérieure possède aussi une tour.

La source d’inspiration du manoir est celle des manoirs augerons des XVe, XVIe et XVIIe siècles[1]. Henri Jacquelin, avec un souci presque archéologique, a rassemblé des éléments parfois disparates de cette architecture, jouant sur les matériaux (pierre, brique, bois), les volumes (variés et complexes) et le décor (appareillage de la pierre, bois sculptés, colonnade).

La mise en œuvre des matériaux et notamment celle des pans de bois, utilise des techniques traditionnelles. Il ne s’agit donc pas d’un simple placage. Cette recherche de l’authenticité ira même jusqu’au vieillissement artificiel des poutres. Un travail à la gouge vient adoucir les arêtes trop franches de la poutre sciée mécaniquement.

La seule concession faite à la modernité est le traitement apporté aux ouvertures, souvent grandes et larges, même dans les tours. Elles laissent pleinement entrer la lumière et ouvrent la maison sur son environnement.

[1] Régis Faucon, Yves Lescroart, Manoirs du pays d’Auge, Paris, Place des Victoires éditions, 2001 et « Les Manoirs normands », Beautés de la France, février 1982.

 

 

  • Murs
    • grès moellon
    • bois pan de bois
    • brique brique et pierre en damier
  • Toits
    tuile plate
  • Étages
    étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
  • Couvrements
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
    • toit conique noue
    • toit polygonal croupe ronde
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en charpente
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    manoir
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1995
  • Précisions sur la protection

    Inscription des façades et toitures par arrêté du 31 octobre 1995.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Médiathèque du patrimoine et de la photographie, procès-verbal de la COREPHAE 1995.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 1999/008

Bibliographie

  • Régis Faucon, Yves Lescroart, Manoirs du pays d’Auge, Paris, Place des Victoires éditions, 2003

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2004-125061
  • CUEILLE Sophie, Poissy, cité d’art, d’histoire et d’industrie, photographe Jean-Bernard Vialles, Paris, APPIF, Images du patrimoine n° 224, 2003

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
  • Virginie Lacour, "Le manoir de Beaumarchais", Châteaux, villas et folies, villégiature en Île-de-France, Lyon, Lieux Dits, 2024.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2025-6819
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Lacour Virginie
Lacour Virginie

Attachée de conservation du patrimoine, direction des Archives, du Patrimoine et des Musées départementaux de Seine-et-Marne (en 2009).

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Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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