Dossier d’œuvre architecture IA77001102 | Réalisé par
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Château d'Aunoy
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Philippe Ayrault, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Champeaux
  • Lieu-dit Aunoy
  • Cadastre 1824-1850 C 729  ; 2019 C 914
  • Dénominations
    château
  • Précision dénomination
    château de plaisance
  • Appellations
    Château d'Aunoy
  • Destinations
    château
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin, fabrique de jardin, jardin potager, verger, allée, pièce d'eau, île artificielle, grotte artificielle, fabrique de treillage, fabrique en belvédère, serre, orangerie, écurie

« Le célèbre Gerbier a possédé cette terre, qu’il a embellie, et dans laquelle il a fait des dépenses considérables. Les potagers et les jardins anglais sont très bien distribués. Le parc est entouré de murs et de fossés ; il renferme des prairies, des vignes et des bois. Une source, sortant d’une grotte, alimente plusieurs pièces d’eau. Une belle avenue, de quatre rangées d’arbres, devant le château, aboutit à un bois de 80 arpens, bien percés. » (Oudiette, Dictionnaire topographique, 1821)

Cet élégant bâtiment, de dimensions relativement modestes, est venu remplacer un château seigneurial, paré de tours et de douves, qui se trouvait à l’est du parc actuel[1]. Ses propriétaires successifs[2] appartenaient tous à la noblesse, jusqu’en 1731, date à laquelle Jean-Baptiste Chabert, « bourgeois de Paris »[3] et agent de change fortuné, s’en porte acquéreur pour en faire à son tour sa maison de campagne. En 1750, le château est victime d’un incendie ; c’est l’occasion pour Chabert d’en abandonner les ruines et d’en construire un nouveau de l’autre côté du parc, confortable et moderne. Plus que moderne, il le veut d’avant-garde, en choisissant un procédé de construction mis au jour par les études de l’architecte en chef des monuments historiques Jacques Moulin[4].

L’incendie de la Cour des comptes, en 1737, a conduit à chercher de nouveaux systèmes constructifs résistants au feu. La voûte catalane[5], inventée en Espagne au XIVe siècle[6], est alors mise à l’honneur en France d’abord par la publication d’un amateur éclairé, militaire de carrière, François-Félix d’Espié[7]. Le premier essai est mené en 1742 pour les écuries du château de Bizy par l’architecte Pierre Contant d’Ivry[8]. D’Espié construit, lui, le premier comble briqueté pour couvrir son propre hôtel particulier, à Toulouse, en 1751[9]. Mais à Champeaux, c’est dès 1750 que le château est élevé sans usage aucun du bois ni pour les combles, ni pour les planchers et plafonds. Ceux-ci sont construits en voûtes catalanes et le comble en maçonnerie de briques et moellons. Chabert, et son architecte dont on ne sait rien, sont donc à la pointe de cette technique en l’utilisant pour la première fois pour la totalité du bâtiment. Ici encore, la maison de campagne affirme son rôle de pionnière architecturale. Cette innovation connaît par la suite un succès aussi vif que bref[10]. Le système a beau être économique et fiable, il ne répond pas aux attentes esthétiques de l’époque. Il ne permet pas de larges ouvertures, limitant les apports en lumière et conférant un aspect trop massif aux façades. On abandonne rapidement un procédé qui nuit à l’élégance du bâti.

Chabert se passionne pour ses extérieurs. En déplaçant le château, il réorganise tout l’ensemble. La cour d’honneur, qui place le bâtiment en majesté, entre cour et jardin, cache, derrière des murs symétriques, au nord les communs et au sud un jardin potager. Le parc s’étend à l’est, au pied de la façade, animée d’un balcon en fer forgé, au chiffre de Chabert, soutenu par des consoles richement sculptées. Le parc voulu par Chabert est décrit dans l’acte de vente et contient notamment « une fontaine d’eau naturelle qui se décharge dans une des [trois] pièces d’eau, (…) une nouvelle plantation d’ormes en quinconce, un petit labyrinthe, […] un potager, […] un petit bâtiment servant de retraite »[11].

Ces beaux aménagements, dans l’air du temps, sont bousculés dans les années 1760 avec l’arrivée d’un nouveau propriétaire, Pierre Jean-Baptiste Gerbier[12], brillant avocat, célèbre, et bien en cour[13]. Gerbier, « malgré ses grandes occupations (…) passe la plus grande partie de la belle saison » à Aunoy et « se délasse (…) en travaillant lui-même à son champ »[14]. Le jardin demeure l’un des grands attraits de la villégiature. Et Gerbier est apparemment passionné. Il fait venir d’Angleterre un jardinier[15], encore anonyme à ce jour, qui crée à Aunoy le premier jardin à l’anglaise de France, entre 1760 et 1769, date à laquelle le prince de Conti honore Gerbier d’une visite de trois jours, « faveur signalée, dont aucun particulier peut-être n’a jamais pu se vanter »[16] mais justifiée par les « délicieux jardins du château »[17]. Aunoy se trouve ainsi pour la seconde fois à la pointe de son temps, car c’est au moins dix ans plus tard, à partir de 1778, que l’écossais Thomas Blaikie vient créer le jardin anglo-chinois de Bagatelle pour le comte d’Artois.

Aunoy, premier parc paysager, voit ses pièces d’eau transformées en étangs. La prairie centrale, en légère pente, qui s’étend depuis le perron du château jusqu’aux étangs, est encadrée de masses boisées parcourues d’allées sinueuses conduisant à quelques fabriques, peu nombreuses, dont subsistent une glacière qui formait belvédère, un petit ermitage de forme carrée, couvert en pavillon. Des vues sont ménagées, vers la campagne, vers la splendide église de Champeaux.

Mais Gerbier non plus ne s’attarde pas à Aunoy. Le château est revendu et retourne en 1789 aux Favre d’Aunoy, qui en avaient été propriétaires de 1665 à 1731. Le XIXe siècle apporte quelques modifications, notamment dans les ailes latérales ; un théâtre en bois est installé dans l’aile sud (démonté) afin de divertir les propriétaires et leurs amis lors de leur séjour à la campagne. Une orangerie est construite dans le jardin sud. Les dernières transformations sont l’œuvre du décorateur Emmanuel Motte dans les années 1960, avant-dernier villégiateur du domaine, qui remplace le comble mansardé des ailes latérales par un toit-terrasse.

[1] Acte de vente, Minutier central, Maître Argot, étude XLII, liasse 442, 21 mai 1754, cité par Moulin, op. cit. p. 14.

[2] Le château fut vendu à plusieurs reprises, changeant de famille.

[3] Acte de vente du 21 mai 1754, cité plus haut.

[4] Les études conduites par Jacques Moulin en 1991 ("Le château d'Aunoy et l'apparition en France du jardin à l'anglaise", Bulletin Monumental, t. 149, n°2, année 1991) et en 2005 (MPP, E/2010/1/12-72) ont nourri cette notice.

[5] Ou voûte sarrasine. La technique consiste à former des voûtes, presque plates, en collant entre elles des tuiles planes, posées à plat et scellées par leur petit côté au moyen d’un plâtre à prise rapide. Cette technique est très rapide et ne requiert pas de cintre.

[6] Philippe Araguas, « L'acte de naissance de la Bóveda tabicada ou le certificat de naturalisation de la “voûte catalane” », Bulletin monumental, t. 156, n°2, 1998, p. 129-136.

[7] Félix-François d’Espié, Manière de rendre toutes sortes d'édifices incombustibles, ou Traité sur la construction des voûtes, faites avec des briques et du plâtre, dites voûtes plates, et d'un toit de brique, sans charpente, appelé comble briqueté, Paris, Duchesne, 1754, p. 13 et 15.

[8] Ecuries du château de Bizy construites par l’architecte Pierre Contant d’Ivry pour le maréchal de Belle-Isle, voir Moulin, op. cit., p. 205 et d’Espié, op. cit., p. 9 et 10.

[9] D’Espié, op. cit., p. 8.

[10] A Versailles, le ministère de la Guerre et des Affaires étrangères et le ministère de la Marine sont construits selon ce procédé en 1759 et 1762.

[11] Ibidem.

[12] Le château est racheté par les anciens propriétaires, les Favre d’Aunoy. Gerbier épouse en 1760 une veuve Favre d’Aunoy, Marie-Perpétue Martin.

[13] Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France, depuis MDCCLXII, ou Journal d'un observateur, Londres, John Adamson, 1783-1789, t. 3-4, p. 337, cité par Moulin, op. cit., p. 207.

[14] Ibidem.

[15] Moulin, op. cit., p. 216.

[16] Bachaumont, op. cit., raconte cette visite du 19 août 1769 qui permet de dater les nouveaux aménagements du jardin.

[17] Ibidem.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 18e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates

En se présentant sous les traits caractéristiques d’une maison de plaisance du XVIIIe siècle, avec sa couverture mansardée, son avant corps central surmonté d’un fronton triangulaire, ses travées régulières et dépouillées d’ornements, ses ailes latérales, le château d’Aunoy dissimule le secret qui le rend exceptionnel : une construction intégralement en pierre et brique, de la cave à la charpente, un procédé constructif inédit dans l’architecture domestique. Cette particularité se lit en façade : les baies sont étroites, l’allure générale plus massive qu’à l’accoutumée. Les greniers sont presque inexistants.

La façade sur jardin est plus ornée. L'axe central est marqué par un balcon à garde-corps en serrurerie, surmonté d'un fronton percé d'une lucarne, encadrée de deux vases Médicis en pierre. Les ailes latérales, postérieures, sont elles décorées de bustes sur gaine, placés dans des niches architecturées.

Le plan intérieur du château répond parfaitement à la tradition et se distribue autour d’un axe central traversant, formé par le vestibule, suivi de la salle à manger ouvrant sur le jardin. Elle a conservé son poêle en faïence installé dans sa niche. De part et d’autre de celle-ci se déroulent salon de compagnie d’un côté, chambre à coucher de l’autre, avec cabinets et garde-robe. Un escalier en pierre à rampe d’appui simple en fer forgé, mène à l’entresol où sont ménagées quelques chambres de domestiques, et au premier étage, dédié à « deux appartements complets de maître »[1]. Les communs, au nord, où sont installées de vastes cuisines, sont reliés au corps de logis.

[1] Acte de vente du 21 mai 1754.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille enduit
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan rectangulaire régulier
  • Étages
    1 étage carré, étage de comble
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés noue
    • croupe brisée
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
  • Énergies
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
  • Précision représentations

    En façade est, le balcon s'appuie sur trois consoles sculptées. La fenêtre centrale qu'il surmonte est décorée d'un visage féminin en agrafe.

  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Sites de protection
    site classé
  • Protections
    inscrit MH, 1986
  • Précisions sur la protection

    Inscription par arrêté du 25 avril 1986 du château, ses communs et bâtiments annexes, la cour d'honneur avec ses douves, les grilles et murs ainsi que l'allée et l'hémicycle de marronniers qui lui font face, et l'ensemble du parc avec ses murs (cad. C1 121 à 123, 594 ; C3 534 à 544) :

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Acte de vente, Minutier central, Maître Angot, étude XLII, liasse 442, 21 mai 1754

    Archives nationales, Paris : MC/ET/XLII/442

Bibliographie

  • Félix-François d’Espié, Manière de rendre toutes sortes d'édifices incombustibles, ou Traité sur la construction des voûtes, faites avec des briques et du plâtre, dites voûtes plates, et d'un toit de brique, sans charpente, appelé comble briqueté, Paris, Duchesne, 1754

    Bibliothèque nationale de France, Paris : RES-V-2267
  • Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France, depuis MDCCLXII, ou Journal d'un observateur, Londres, chez John Adamson, 1783-1789

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2009-57834
  • Roselyne Bussière, Marianne Métais, et alii, Châteaux, villas et folies, Villégiature en Ile-de-France, Région Île-de-France, Lieux Dits Editions, 2024

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine

Périodiques

  • Jacques Moulin, "Le château d'Aunoy et l'apparition en France du jardin à l'anglaise", Bulletin Monumental, tome 149, n°2, année 1991, pp. 201-224.

    En ligne : https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1991_num_149_2_3244

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris
    pp. 201-224
  • Philippe Araguas, « L'acte de naissance de la Bóveda tabicada ou le certificat de naturalisation de la “voûte catalane” », Bulletin monumental, T. 156, n°2, 1998

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris
    p. 129-136
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2023
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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