Dossier d’œuvre architecture IA75001101 | Réalisé par
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Château ou pavillon de Bagatelle
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Ile-de-France
  • Commune Paris
  • Lieu-dit Bagatelle
  • Adresse 44 route de Sèvres
  • Cadastre 2014 CT 13
  • Dénominations
    château
  • Précision dénomination
    château de plaisance
  • Appellations
    Château de Bagatelle , Pavillon de Bagatelle
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin, fabrique de jardin, fabrique en belvédère, fabrique de treillage, pièce d'eau, dépendance

Parva sed apta, "petite mais commode", ou "faite pour moi" : la folie de Bagatelle est sans doute en effet l'un des plus petits monuments de l'architecture française. Et sa devise illustre bien sa vocation, répondre au désir de son commanditaire, le comte d'Artois, de jouir d'un "palais des fées" dédié aux fêtes et au plaisir, dans la droite ligne de petites maisons à la mode au XVIIIe s.

Le dossier photo sera complété après la restauration du pavillon.

Le bois de Boulogne, domaine de chasse royal, contenait au XVIIIe s. plusieurs petites maisons de campagne où se donnaient déjà des fêtes. Celle que le comte d’Artois, second frère âgé de 18 ans du nouveau roi Louis XVI, décide d’acheter en 1775, se nomme Bagatelle. Cette petite maison, dont le nom daterait de l’époque de la maréchale d’Estrées (propriétaire de 1720 à 1745) était un logement, avec « cours et jardins », dépendant du château de Madrid, et dont l’existence est avérée depuis 1716[1].

Lorsque le comte d’Artois l’acquiert en 1775 des mains du prince de Chimay[2], son capitaine des gardes, Bagatelle a connu plusieurs propriétaires et de nombreuses fêtes. Le contrat de vente est signé le 1er novembre 1775 et les quittances s’échelonnent jusqu’en 1776[3]. Si la maison (et son site) a charmé le jeune frère du roi, elle est cependant en très mauvais état. Le comte d’Artois entreprend aussitôt quelques réparations, éphémères : une reconstruction se révèle indispensable. Elle est confiée à François-Joseph Belanger (1744-1818), qui vient d’acheter, en mars 1777, la charge de Premier architecte du comte d’Artois[4]. Il dessine rapidement de nouveaux plans, qui sont arrêtés le 1er septembre, pour un casino à l’italienne, dans la lignée du petit Trianon de Gabriel à Versailles (1762) ou du pavillon dessiné par Ledoux à Louveciennes pour Mme du Barry (1773).[5]

Le projet prend alors une tournure qui va marquer l’histoire de Bagatelle et lui valoir son surnom de folie d’Artois. Le comte et sa belle-sœur, la reine Marie-Antoinette, qui comme lui a le goût de la fête, parient sur une (re)construction de Bagatelle en cent jours. L'enjeu ? 100 000 F. Bagatelle coûtera plusieurs millions. Si la voix des contemporains n’est pas nécessairement la plus objective, elle témoigne de la réception réservée à cette coûteuse fantaisie. Le 22 octobre 1777, le mémorialiste Bachaumont écrit :

« Il y a dans le bois de Boulogne une espèce de vide-bouteille appelé Bagatelle, qui par divers arrangements se trouve aujourd’hui appartenir au comte d’Artois. Ce prince annonce un goût décidé pour la truelle et indépendamment des bâtiments de toute espèce qu’il a déjà entrepris, au nombre de quatre ou cinq, il a eu le désir d’étendre et d’embellir celui-ci, ou plutôt de le changer absolument et de le rendre digne de lui. »

Il est vrai qu’au même moment le comte d’Artois fait travailler Belanger à son château de Maisons, à ses écuries du Roule, à sa résidence de Sèvres…

Bachaumont continue, expliquant comment le prince compte financer la folie de Bagatelle :

« Il a pris une tournure fort ingénieuse pour se satisfaire aux frais de qui il appartiendrait. Il a parié cent mille francs avec la reine que ce palais de fée serait commencé et achevé durant le voyage de Fontainebleau, au point que d’y donner une fête à sa majesté au retour. Il y a huit cents ouvriers et l’architecte de son altesse royale espère bien la faire gagner. »[6]

A un mois d’intervalle, et alors que les travaux touchent à leur fin, l'ambassadeur Mercy-Argenteau écrit à l’impératrice Marie-Thérèse, le 19 novembre 1777 :

« Peu de jours avant le départ de Fontainebleau, M. le comte d’Artois imagina de faire raser une petite maison qu’il a dans le bois de Boulogne et que l’on nomme Bagatelle, et de faire rebâtir de fond en comble, arranger et meubler cette maison sur des plans nouveaux pour y donner une fête à la Reine quand la cour quittera Choisy pour rentrer à Versailles. Il parut d’abord absurde à tout le monde de vouloir tenter et achever une pareille entreprise en six ou sept semaines ; c’est cependant ce qui a été exécuté au moyen de neuf cents ouvriers de tout genre, qui ont été employés de jour et de nuit à ce travail. »[7]

La reine avait donné cent jours au comte d’Artois pour construire son pavillon. Le chantier, conduit par Belanger et Jean-François Chalgrin (1739-1811), nommé intendant des travaux[8], commence le 21 septembre et s’achève seulement 64 jours plus tard, le 24 novembre 1777. Comment sont-ils parvenus à réaliser un tel tour de force ? Tous les moyens ont été employés, y compris les moins avouables, que Mercy-Argenteau n’hésite pas à narrer à l’impératrice d'Autriche, dans la même lettre du 19 novembre 1777 :

« La circonstance la plus inouïe, c’est que les matériaux manquent, surtout en pierre de taille, en chaux et en plâtre et qu’on ne voulait pas perdre de temps à les chercher, M. le comte d’Artois donna l’ordre que des patrouilles du régiment des gardes suisses allassent à la découverte sur les grands chemins pour y saisir toutes les voitures qu’elles y rencontreraient chargées de pareils matériaux susdits. On payait sur le champ la valeur de ces matériaux : mais comme cette denrée se trouvait déjà vendue, il résultait de cette méthode une sorte de violence qui a révolté le public. »[9]

Mais le pari est gagné et la reine s’acquitte de sa dette.

Deux bâtiments sont construits, le pavillon et ses communs, ou aile des pages, beaucoup plus vastes que le pavillon lui-même. Cette aile des pages (détruite), « traitée en porte monumentale »[10], masquait le corps de logis qu'on ne pouvait qu’apercevoir par la porte centrale[11]. Dans la cour, elle présentait une façade concave flanquée de deux pavillons dont les motifs décoratifs faisaient écho à ceux du logis en vis-à-vis[12]. Celui-ci était comme aujourd'hui disposé sur une terrasse qui lui formait un piédestal. La façade, transformée par la suite, était composée d’un rez-de-chaussée et d’un étage bas. Le corps central, marqué par un léger ressaut, était couvert en pavillon, sommé d'une petite terrasse à balustres et orné d'une frise en bas-relief, due au sculpteur ornemaniste Nicolas-François Lhuillier (1736-1793). Côté jardin, la façade ouvrait sur une rotonde percée de trois portes-fenêtres cintrées, surmontée d’un petit dôme au fût décoré de bas-reliefs. L'épure ornementale qui avait présidé à l'extérieur ne devait pas durer, mettant à mal l’originalité de la création de Belanger qui privilégiait, dans une grande sobriété de moyens, la ligne à peine rehaussée par quelques ornements, dont on trouve l’écho à l’intérieur, plus richement.

Les décors intérieurs ont nécessité encore plusieurs années de travaux. Bagatelle reste « jusqu’à la Révolution, un chantier permanent » qui ne coûtera pas moins de 14 millions[13]. Sous la conduite de Belanger, les ornements sculptés sont confiés à Lhuillier qui, lui-même, sous-traite. Le grand salon est couvert de peintures ornementales, dues à Jean-Marie Dussaux (1735-1801) et Jean-Démosthène Dugourc (1749-1825), beau-frère de Belanger. Six panneaux peints sont commandés à Hubert Robert (1733-1808), peintre du roi, pour le petit boudoir, tandis que le boudoir d’en face est confié à Antoine François Callet (1741-1823), portraitiste officiel de Louis XVI. Ces décors sont aujourd’hui dispersés. Nau et Bailly se chargent des tentures, abondantes, notamment dans la chambre du comte d’Artois qui reçoit un décor de tente militaire, entièrement drapée et ornée de fers de lances et boulets de canon en guise de chenets. Le fondateur de la maison Jacob, Georges Jacob (1739-1814), fournit une partie du mobilier, et Pierre Gouthière (1732-1813) les bronzes ornementaux[14]. Les miroirs règnent en abondance, créant des jeux d’illusion tout en reflétant à l’intérieur la végétation extérieure, objet de tous les soins des concepteurs. 

Les jardins vont nécessiter davantage de temps pour leur achèvement. Belanger fait venir en novembre 1778 le jardinier écossais Thomas Blaikie (1751-1838)[15], rencontré en Grande-Bretagne et nommé inspecteur des jardins du comte d’Artois. La relation entre les deux hommes n’est pas exempte de rivalité mais ils apprécient leur travail commun et Blaikie peut imprimer à Bagatelle un tournant novateur en y créant un parc à l’anglaise, que Belanger ponctue de fabriques. Bagatelle n’est pas le premier jardin anglais outre-Manche, celui du château d’Aunoy, à Champeaux, en ayant connu un avant 1769[16] mais, assurément, c’est avec Blaikie et Bagatelle que la mode se diffuse. Blaikie est satisfait de la confiance que lui accorde Belanger : « Mr Belanger qui est allé en Angleterre a mieux compris que les autres »[17].

A la Révolution, le château étant construit sur des terrains domaniaux, l’Assemblée nationale s’en empare immédiatement. Des volontaires y sont logés, plusieurs concessionnaires gèrent le domaine, désormais dédié aux loisirs populaires. Le domaine est finalement vendu en 1796 à Lhéritier, traiteur, qui, avec ses associés, installe un restaurant dans le pavillon, jusqu’en 1806. Napoléon, à son tour, s’intéresse à Bagatelle, qu’il voit pendant ses chasses au daim dans le bois de Boulogne. Il le fait acheter et inscrire sur la liste civile en juin 1806[18]. D’importants travaux sont conduits par Percier et Fontaine sur le désormais nommé pavillon de Hollande. La distribution est conservée mais la destination des pièces est modifiée, notamment pour bénéficier d’une salle à manger personnelle et d’une autre pour ses officiers, avec qui l’empereur chasse. Il apprécie tant Bagatelle qu’il s’y rend une dernière fois pendant les Cent-jours.

Mais à la Restauration le comte d’Artois récupère son cher Bagatelle, qu’il offre à son fils, le duc de Berry. Belanger[19], à nouveau, est chargé de revoir l’ameublement et la maison Jacob Desmalter, héritière de Georges Jacob, fournit un nouveau mobilier. Un jour par semaine, le parc de Bagatelle est ouvert au public. Mais le duc est assassiné dans la nuit du 13 au 14 février 1820 et le parc est désormais inaccessible.

Contrairement à ses prédécesseurs, Louis Philippe n’a pas l’usage de Bagatelle et il le vend en 1835 à un Anglais, collectionneur d’art passionné, lord Richard Seymour Conway, 4e marquis de Hertford (1800-1870) pour 313 000 F[20]. Il y fait faire à son tour d’importants travaux. Le jardin de Blaikie commence à être transformé ; le parc est agrandi par l’acquisition de terres boisées dans les années 1850, qui doublent le domaine. Lord Hertford fait construire l’orangerie, de nouvelles écuries pour trente chevaux. C’est lui également qui, dans les années 1860, demande à l’architecte Léon de Sanges (1819-1879)[21] d’élever l’étage d’attique du pavillon permettant de remplacer les petites lucarnes par de véritables fenêtres. Les jardins sont confiés à Louis Sulpice Varé (1803-1883), qui travaille alors déjà pour Napoléon III à l’aménagement du bois de Boulogne. A Bagatelle, le paysagiste s’emploie à réduire l’humidité qui nuisait tant au château et à ses décors : la rivière est en grande partie comblée et le système des eaux circonscrit[22]. Varé crée aussi de nouveaux tracés sinueux, des grottes et des cascades, et installe un manège impérial destiné au souverain, à l’impératrice et à sa suite.

Richard Wallace (1818-1890), fils naturel du marquis de Hertford, hérite de Bagatelle à son décès, en 1870. Ce grand philanthrope et collectionneur, à la tête d’une immense fortune, fait transporter les collections de Bagatelle en Angleterre, migration déjà entamée par lord Hertford, inquiet des troubles de la révolution de 1848[23]. De nouvelles transformations sont commandées à Léon de Sanges. En 1871, il fait édifier le pavillon de style rocaille à l’entrée d’honneur du parc. L’année suivante le bâtiment des pages est démoli afin d’agrandir la cour d’honneur et libérer la vue. Deux petits pavillons le remplacent et deux imposantes terrasses encadrent la cour ; l’une est aménagée pour accueillir de vastes cuisines et les chambres des domestiques, tandis que sur l’autre il fait construire le Trianon, achevé en 1873. Ce bâtiment, inspiré de son modèle versaillais, ne comprend qu’un niveau, sommé d’une balustrade en attique. Son corps central est percé d’une petite colonnade. Une verrière zénithale éclaire le billard qui l’occupait.   

Ainsi, en quelques années, la physionomie du pavillon et la composition d’ensemble qu’il formait avec l’aile des pages, se trouve bouleversée. 

La veuve de Richard Wallace hérite de Bagatelle, qu’elle transmet à son secrétaire sir Henri Murray Scott qui, après quelques péripéties et menaces d’expropriation visant à intégrer le domaine au bois de Boulogne, vend Bagatelle à la Ville de Paris le 11 juillet 1904 pour 6,5 millions de francs. Depuis le domaine est ouvert au public. Le pavillon lui-même est géré par la Fondation Mansart qui a entrepris une vaste campagne de travaux débutée en 2021 en vue de l’ouvrir au public dans un nouveau parcours de visite.

[1] Jean-Pierre Jouve, « La maison avant le comte d’Artois », Bagatelle dans ses jardins, Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 1997, p. 34.

[2] Charles Alexandre Marc Marcelin de Hénin-Liétard d'Alsace (1744–1794), prince de Hénin et comte de Beaumont ; il est le gendre du marquis et de la marquise de Monconseil, propriétaires de Bagatelle de 1748 à 1770.

[3] Annie Jacques et Jean-Pierre Mouilleseaux, « La folie d’Artois », La Folie d’Artois à Bagatelle, Paris, Antiquaires à Paris, 1988, p. 30.

[4] Janine Barrier, « Les voyages outre-Manche de François-Joseph Bélanger », Histoire de l’Art, 1990, n°12.

[5] Martine Constans, « Le château du comte d’Artois », », La Folie d’Artois à Bagatelle, op. cit., p. 53.

[6] Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France, depuis MDCCLXII, ou Journal d'un observateur, Londres, chez John Adamson, 1783-1789, tome 10, p. 259.

[7] Archives impériales d’Autriche, Vienne, pièce 55, cités par Duchesne, op. cit., p. 120-121.

[8] AN R/1/379, cité par Duchesne, p. 121. Comme Bélanger, il a acheté sa charge et fait partie de la maison du comte.

[9] Florimond de Mercy-Argenteau (1727-1794), ambassadeur d’Autriche en France de 1766 à 1789, rapporte à la cour d’Autriche tous les faits et gestes de Marie-Antoinette. Archives impériales d’Autriche, à Vienne, pièce n°55. In Henri-Gaston Duchesne, Le Château de Bagatelle (1715-1908). D'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine, et des mémoires manuscrits ou imprimés, Paris, J. Schemit, 1909, p. 121.

[10] Constans, op. cit., p. 54.

[11] Comme on peut le voir sur la gravure publiée par Krafft (Recueil d'architecture civile, Paris, Bance Aîné, 1812-1829, pl. 117) ou l’aquarelle de Courvoisier, 1815-1820, conservée à Carnavalet.

[12] Emil Kauffmann, cité par Jacques et Mouilleseaux, op. cit., p. 33.

[13] Claude Arnaud, « Le comte d’Artois et sa coterie », La Folie d’Artois…, op. cit, p. 24.

[14] Jean-Jacques Gautier « Décor et ameublement de Bagatelle », La Folie d’Artois…, op. cit, p. 134. Des projets pour la chambre du comte sont conservés à la BnF.

[15] Monique Mosser, « Histoire d’un jardin », La Folie d’Artois, op. cit., p. 57.

[16] Jacques Moulin, « Le château d'Aunoy et l'apparition en France du jardin à l'anglaise », Bulletin Monumental, tome 149, n°2, année 1991, pp. 201-224 et inventaire-patrimoine.fr : IA77001102.

[17] Thomas Blaikie, Diary of a Scotch Gardener, Londres, F. Birrell, 1931, p. 132, cité par Barrier, op. cit., p. 40

[18] Denise Ledoux-Lebard, « L’Empire et la Restauration », Bagatelle dans ses jardins, op. cit., p. 98.

[19] Ibidem, p. 102.

[20] Ibidem, p. 107 et Duchesne, op. cit., p. 194.

[21] Alice Thomine, « La période anglaise », Bagatelle dans ses jardins, op. cit., p. 118.

[22] Robert Hénard, La grande revue, 10 mai 1907, p. 459.

[23] Thomine, op. cit., p. 114.

La surélévation qui modifie la silhouette du Bagatelle de Belanger date des années 1860 ; elle est due à l’architecte de Sanges[1]. L’implantation au sol n’a pas été modifiée, le pavillon de Bagatelle se présente sous la forme d’un rectangle au plan très massé, presque carré. La façade sud, qui domine la cour, élevée sur une terrasse à laquelle on accède par une volée de marches encadrées de sphinges, a conservé sa composition tripartite d’origine. Le bâtiment actuel est composé d’un rez-de-chaussée, un étage carré et un attique et la façade principale est divisée en trois travées, séparées par des chaînes simulées à refends, qui montent de fond et s’achèvent par des triglyphes. Les refends se prolongent discrètement sur l'enduit des façades. La surélévation du bâtiment a engendré une relative homogénéisation générale de la façade. L’attique qui couronnait le corps central a été prolongé aux ailes latérales. L’axialité centrale est encore marquée par la balustrade, par la frise de l'attique et par la porte d’entrée, encadrée de pilastres doublés de colonnes en marbre, portant un balcon en fer forgé doré. A l'origine cette façade comportait une baie en demi-cercle, qui sommait l’entrée, et de petites ouvertures carrées à l’étage attique. Elles ont été remplacées l’une par une porte-fenêtre ouvrant sur le balcon, les autres par des fenêtres rectangulaires.

Côté jardin, l’avant-corps en rotonde est percé de trois portes-fenêtres ouvrant sur quelques marches, encadrées de sphinges, qui mènent au parc. Des niches circulaires accueillant des bustes sur piédouche ont été percées après 1860. Les ailes latérales sont constituées, comme côté cour, de très hautes fenêtres au rez-de-chaussée, sommées des baies plus petites du premier étage. Les corniches à consoles des grandes fenêtres latérales rejoignent les allèges de l’étage en un décor de guirlande. L’attique orné de bas-reliefs, posé sur une large corniche à doucine, qui a remplacé celle à modillons, occupe toute la longueur de la façade. Il est plus haut au centre et supporte un dôme nettement plus imposant qu'à l'origine, entouré par la balustrade qui encadre tout le corps central.

On retrouve sur les façades latérales la même composition, fenêtres hautes au rez-de-chaussée, petites baies à deux battants à l’étage, enfin l’attique et ses décors en bas-relief, et la balustrade, en retrait, du corps central. Les persiennes visibles sur les représentations anciennes[2] sont conservées : Bagatelle est bien une maison de campagne !

Le plan de l'édifice est tel qu'on peut le lire extérieurement. Dans le prolongement du vestibule, au décor minéral de fausse pierre, et couvert d'une voûte surbaissée à caissons, se déploie le grand salon, sous son dôme, ouvrant côté jardin. Entre ces deux pièces se trouve l'escalier d'honneur, éclairé par une verrière. Avec son palier formant coursive qui ouvre sur le vestibule, il ne manque pas de théâtralité. Les corps latéraux accueillent, à l'ouest, une salle à manger et derrière elle un boudoir, donnant sur le salon en rotonde. Ce boudoir, décoré initialement de panneaux peints par Hubert Robert, a été transformé rapidement en salle de bain puis en simple cabinet. L'aile est contient un salon, pendant de la salle à manger, et un autre boudoir, à l'arrière, ouvrant lui aussi sur la rotonde. Ce dernier conserve une petite alcôve et un décor de miroirs. A l'étage étaient aménagées plusieurs chambres à coucher, desservies par de discrets escaliers de service à vis. La chambre du comte d'Artois, avec son décor militaire à l'Antique, se trouvait à l'angle sud-ouest.

Si le rez-de-chaussée conserve ses décors, l'étage a été plusieurs fois modifié. Le salon est, à pans coupés, est peint en blanc rechampi or et possède des dessus de porte sculptés en haut-relief, ornés d'instruments de musique encadrés de souriants bouffons à grelots et trophées d'armes. Ces derniers datent des premiers aménagements mais la corniche à rinceaux a été réalisée dans les années 1860. La salle à manger qui fait pendant au salon a, quant à elle, des angles arrondis et affiche des dessus de portes à décors végétaux, vigne et roses en couronnes. Elle possède un grand rafraichissoir décoré, à cuve en plomb et couvercle, qui évoque les fêtes auxquelles Bagatelle était destiné. Le grand salon, en cours de restauration, présente un riche décor de grotesques dans des caissons. Le décor d'origine est conservé sous les repeints du XIXe s.

   

[1] Thomine, op. cit., p. 118

[2] Par exemple sur une eau-forte de Née d’après Belanger, (BnF, cabinet des estampes) ou une peinture de Charles Rémond de 1826 (musée Carnavalet). In Constans, op. cit., p. 40 et 42.

  • Murs
    • pierre moellon enduit d'imitation
  • Toits
    plomb en couverture, zinc en couverture
  • Plans
    plan centré
  • Étages
    rez-de-chaussée, 1 étage carré
  • Couvrements
    • coupole sans trompe
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • verrière toit à longs pans croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier en vis avec jour en charpente
  • Typologies
  • Techniques
    • décor stuqué
    • peinture
  • Représentations
    • instrument de musique, rinceau, vigne, rose, grotesque, serpent, trophée
  • Sites de protection
    site classé
  • Protections
    classé MH, 2022
  • Précisions sur la protection

    Classement par arrêté du 20 décembre 2022 :

    Le pavillon de Bagatelle en totalité, y compris son porche et ses emmarchements ; trianon : façades et toitures, y compris son porche avec sa volée d'escalier, ainsi que les cours anglaises et les ponts à balustres qui les enjambent ; les trois salons principaux du trianon (salon dit "salle de billard" et ses deux salons accolés) ; les deux pavillons de garde situés à l'entrée de la cour d'honneur : façades et toitures ; terrasses : façades et toitures, y compris les escaliers d'accès depuis la cour d'honneur situés en leur centre, avec leurs sculptures.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • François-Joseph Bélanger, Vue d'hôtel particulier. Bagatelle. Bois de Boulogne, estampe, s. d.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : IFN-53094816

Bibliographie

  • Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France, depuis MDCCLXII, ou Journal d'un observateur, Londres, chez John Adamson, 1783-1789

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2009-57834
  • KRAFFT, Jean-Charles, RANSONNETTE, Nicolas. Recueil d'architecture civile contenant les plans, coupes et élévations des châteaux, maisons de campagne et habitations rurales.... Paris, Bance aîné, imprimerie de Crapelet, 1812-1829.

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : HA-81-FOL
  • Henri-Gaston Duchesne, Le Château de Bagatelle (1715-1908). D'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine, et des mémoires manuscrits ou imprimés, Paris, J. Schemit, 1909

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 8-LK7-36941
  • Thomas Blaikie, Diary of a Scotch Gardener, Londres, F. Birrell, 1931

  • Daniel Alcouffe (dir.), La Folie d'Artois, Paris, Antiquaires à Paris, catalogue de l'exposition, 1988

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : DC789.B2 FOLI 1988
  • Martine Constans (dir.), Bagatelle dans ses jardins, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1997

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : DC789.B2 BAGA 1997
  • Nicolas Cattelain, Bagatelle, une folie à Paris, Paris, Flammarion, 2023

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : DC789.B2 CATT 2023

Périodiques

  • Janine Barrier, « Les voyages outre-Manche de François-Joseph Bélanger », Histoire de l’Art, 1990, n°12

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : PER N7480 HART
    pp. 37-48 
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2023
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Articulation des dossiers