Dossier d’œuvre architecture IA00102467 | Réalisé par ;
Duhau Isabelle (Rédacteur)
Duhau Isabelle

Conservatrice du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
;
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • inventaire topographique
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison d'homme célèbre dite Maison d'Emile Zola
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Poissy périphérie - Poissy-Nord
  • Commune Médan
  • Adresse 26 rue Pasteur
  • Cadastre 1821 A 466  ; 2018 A 3548
  • Dénominations
    maison
  • Précision dénomination
    maison de villégiature, maison d'écrivain
  • Appellations
    Maison d'Emile Zola
  • Destinations
    musée
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin d'agrément, cour, verger, serre, communs, logement, kiosque

« J’ai acheté une maison, une cabane à lapins, entre Poissy et Triel, dans un trou charmant au bord de la Seine ; neuf mille francs, je vous dis le prix pour que vous n’ayez pas trop de respect. La littérature a payé ce modeste asile champêtre» La maison que Zola décrit à Flaubert dans une lettre du 9 août 1878 ne reste pas longtemps une humble retraite. L'écrivain la transforme, l'agrandit et l'aménage avec soin, selon son goût et sa fantaisie.

C’est en cherchant un logis à louer pour passer l’été à la campagne que Zola (1840-1902) achète, le 28 mai 1878, une maison implantée sur un terrain de 1 200 m² situé en bord de Seine, à Médan. La maison, datant des années 1840, est implantée en bord de rue, en haut d’une pente douce. Le bas du terrain longe la voie du chemin de fer Paris-Rouen : la propriété est accessible depuis la gare Saint-Lazare par les stations de Triel, de Poissy ou la halte de Villennes. Avec cette acquisition, commence une aventure qui mène l’écrivain à acheter de nombreuses terres afin d’étendre son domaine[1]. Parallèlement, il commande constructions et aménagements pour lesquels il se fait maître d’œuvre, demandant conseil à son ami l’architecte Frantz Jourdain (1847-1935), les chantiers étant conduits par des entrepreneurs du village[2].

Dès octobre 1878, Zola entreprend une première extension au nord, une tour carrée qu'il baptise Nana, financée par le roman qu'il vient de publier. En 1880, devenu propriétaire de trois hectares dans l’île du Platais, il y fait construire un chalet, Le Paradou (détruit), du nom du jardin imaginé dans son roman La Faute de l'Abbé Mouret. Il est peu probable qu’il s’agisse du remontage d’éléments du pavillon de la Suède et de la Norvège, achetés lors des démolitions de l’Exposition universelle de 1878, celui-ci ayant été réinstallé à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Composé d’un soubassement de meulière, de murs en brique et d’un toit de tuile aux rives et bordures longés de lambrequins en bois savamment découpés, entièrement entouré d’un balcon en bois à l’étage, il s’agit plus sûrement d’une construction dans le style des habitations suisses, alors en vogue dans les destinations de villégiature. Dans l’unique pièce entièrement lambrissée en sapin, dotée d’une grande cheminée en faïence bleue, largement vitrée sur la Seine et la nature, Zola se retire et écrit au calme.

Pour accueillir ses amis, en 1881, il fait élever le pavillon Charpentier, du nom de son éditeur. Implantée à proximité de la tour carrée, la construction de brique aux balcons et lambrequins de bois, stylistiquement proche du Paradou, affiche son statut de maison d’appoint. Au nord de la propriété, en 1882-83, Zola bâtit une ferme, une maison de gardien, sobres constructions en meulière, et une vaste serre. On accède à l’ensemble par une longue allée de tilleuls qu’il fait planter. Enfin, en 1885-1886, s’élève la tour Germinal, au sud du corps central. De plan hexagonal, elle est destinée à accueillir au rez-de-chaussée la vaste salle de billard.

Soucieux de son confort et de celui de ses hôtes, Zola conçoit sa maison en fonction des aménagements intérieurs, au détriment de la composition générale. Il ne se soucie guère, par exemple, d’accorder la composition des élévations des trois corps de bâtiment. Il se révèle ainsi plus décorateur qu’architecte, ne cessant d’acquérir des ornements et éléments de second œuvre (cheminées, vitraux, tentures) ainsi que des objets d’art, des tableaux, des sculptures, des instruments de musique. Ces achats n’ont pas pour vocation d’enrichir une collection mais de constituer un intérieur mûrement réfléchi. Edmond de Goncourt prise peu cet éclectisme, reflet assumé de la personnalité de son auteur qui choisit de ne pas se soumettre au bon goût. Dès 1881, il écrit dans son journal : « C’est fou, absurde, déraisonnable, […]. Le cabinet de travail […] est très abîmé par une bibeloterie infecte. Des hommes d’armes, toute une défroque romantique »[3].

En 1895, Zola aménage dans le sous-sol un laboratoire de développement photographique, afin d’assouvir sa passion pour ce nouvel art. Il photographie à maintes reprises sa propriété médanaise, ses jardins, ses animaux – à commencer par ses chiens – ses amis, mais aussi, installée à quelques kilomètres, sa seconde famille[4]. En 1888, il s’éprend de Jeanne Rozerot, la lingère récemment embauchée, qui lui donne bientôt deux enfants, Denise, née en 1889, et Jacques en 1891. L’été, il les installe dans une propriété toute proche. Chaque jour, il enfourche sa bicyclette et leur rend visite. Ainsi Médan occupe une place toute particulière dans la période de maturité de l’écrivain, bien plus importante qu’une simple maison de vacances. Zola passe beaucoup de temps sur ses terres, bien au-delà des seuls mois d’été ; tout à la fois destination de villégiature et lieu privilégié de travail, il y est environné d’êtres chers. Il s’adonne aux plaisirs de l’amitié et profite de la nature, se faisant tant agriculteur que paysagiste pour aménager et exploiter jardins et terres sur les deux rives du fleuve. La ferme permet une vie en presque autarcie. Zola devient même conseiller municipal de 1881 à 1898.

En 1905, trois ans après sa mort, Alexandrine, son épouse, donne la maison, qu’elle ne peut plus entretenir, à l’Assistance publique. Celle-ci y installe une pouponnière, tandis qu’un libraire parisien, ami de Zola, achète le Paradou. Dans les années 1930, Madame Belin cherche à vendre ce dernier, sans succès, à une institution capable d’ouvrir un espace dédié à l’écrivain. En 1935, il est acquis par des investisseurs qui rasent le chalet et construisent la Plage de Villennes, lieu de baignade bien connu. Progressivement, la nécessité d’un musée – dans la maison même de Zola – progresse. L’établissement commence à accueillir du public à partir des années 1980 avant sa récente complète rénovation.

Isabelle Duhau

[1] Jean-Claude Leblond-Zola, Zola à Médan, Villiers-sur-Morin, Société littéraire des amis d’Émile Zola, 1999, p. 87-97 et Maurice Guillemot, Villégiatures d’artistes, Paris, Flammarion, 1897, p. 87-97.

[2] Isabelle Duhau, Autour d’Orgeval, de la boucle de Poissy au pays de Cruye, Yvelines, Paris, APPIF, Images du patrimoine n° 200, 2000, p. 78-81, et Guillemot, op. cit., p. 87-97.

[3] Goncourt, Journal, lundi 20 juin 1881, T. 2, 1866-1886, Paris, R. Laffont, 1989. 

[4] Plus de 2 000 négatifs sur plaque de verre ont été acquis par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (pop.culture.gouv.fr/) et Falguière-Léonard, Grenaud-Tostain, Macke (dir.), Émile Zola et la photographie : une page d’amour, Paris, Hermann, MPP, 2023.

 

La maison d’origine, couverte d’ardoises, en maçonnerie sous enduit, est élevée sur un soubassement en moellon de meulière. Elle se compose d’un rez-de-chaussée côté cour formant premier étage côté jardin, comprenant un vestibule, une cuisine et une salle à manger, d’un premier étage doté de deux chambres et deux cabinets, enfin d’un grenier avec chambres mansardées.

La tour Nana, de plan carré, se dresse au nord du corps central d’origine. Elle est également en maçonnerie sous enduit, la brique placée en chaînes d’angle et en bandeaux, ainsi qu’aux chambranles de baies, rythmant la composition. Elle comprend au rez-de-chaussée une salle à manger et une cuisine ; à l’étage, la chambre de l’écrivain donne à la fois sur la Seine et sur l’allée des tilleuls, la salle de bain, sur la cour. Enfin, au dernier niveau, Zola installe son cabinet de travail : une vaste pièce de 10 m de côté, s’élevant sur 5,5 m de hauteur, largement vitrée et dotée d’un balcon, surmontée en outre d’une terrasse donnant sur le panorama du fleuve et de l’île du Platais. Cet espace a davantage les proportions de l’atelier d’un peintre d’histoire, comme le décrit son ami Paul Alexis[1]. Il est meublé d’une cheminée Renaissance « colossale, où un arbre rôtirait un mouton entier », achetée 1 200 francs en février 1879, sur la hotte de laquelle Zola fait peindre la devise latine Nulla dies sine linea, « pas de jour sans une ligne ». Au fond, une sorte d’alcôve dans laquelle est disposé un divan, au milieu, la table de travail fait face à la large baie vitrée. Au-dessus de l’alcôve, une mezzanine accessible par un escalier tournant accueille la bibliothèque ; l’escalier se poursuivant jusqu’au toit terrasse d’où la vue alentours est magnifique.

Au sud du corps central s’élève la tour Germinal, construite en dernier, en 1885-1886. De plan hexagonal, elle comprend un rez-de-chaussée très haut de plafond pour la vaste salle de billard ; à l’étage une lingerie à usage de salon de couture et des chambres de domestiques.

Zola porte une attention particulière aux commodités (calorifères, éclairage au gaz, salles de bain…), aux décors et à l’ameublement. En mars 1886, le peintre-verrier Henri Baboneau dessine, en suivant les prescriptions de l’écrivain, les quatre grandes verrières de la salle de billard, ornées de paons, d’oiseaux aquatiques et de fleurs, motifs qui annoncent l’Art nouveau. La même année, Zola paye 2 050 francs le mosaïste Giuseppe Facchina pour le sol de cette salle, tandis qu’il se procure les armoiries des seigneurs de Médan et de différentes villes d’où sont originaires ses ancêtres (Dourdan, Venise, Corfou, Trieste) pour être peintes dans le décor du plafond à poutres et solives. Il demande également à Baboneau de remonter des fragments de vitraux anciens pour clore certaines baies.

 

[1] Paul Alexis, Émile Zola : notes d’un ami, Paris, G. Charpentier, 1882, p. 185-190.

  • Murs
    • pierre moellon enduit
    • brique avec pierre en remplissage enduit (incertitude)
    • meulière
  • Toits
    ardoise, tuile mécanique, métal en couverture
  • Étages
    étage de soubassement, 2 étages carrés, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans
    • toit en pavillon
    • pignon couvert
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour en charpente
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    maison d'homme célèbre
  • Protections
    inscrit MH, 1983/03/21
  • Précisions sur la protection

    inscription par arrêté du 21 mars 1983 pour l'ensemble des bâtiments, y compris les deux bâtiments de ferme ; le parc-jardin avec le bâtiment de la serre.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Plan cadastral napoléonien, 1821

    Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux : 3P2 212

Bibliographie

  • Paul Alexis, Émile Zola : notes d’un ami, Paris, G. Charpentier, 1882

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 8-LN27-33210
  • Edmond et Jules de Goncourt, Journal : mémoires de la vie littéraire, tome 2, 1866-1886, Paris, Robert Laffont, collection Bouquins, 1989.

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : 8 Y 4859 (2)
  • Maurice Guillemot, Villégiatures d’artistes, Paris, Flammarion, 1897

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 8-LK1-314
  • Jean-Claude Le Blond-Zola, Zola à Médan, Villiers-sur-Morin, Société littéraire des amis d’Émile Zola, 1999

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 84/34 ZOLA 5 LE
  • Isabelle Duhau, Autour d'Orgeval, de la boucle de Poissy au Pays de Cruye, Yvelines, Paris, Collection Images du patrimoine n°200, Inventaire général, APPIF, 2000

    Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Service régional d'Ile-de-France. Textes : Isabelle Duhau, avec la participation de Roselyne Bussière, Sophie Cueille, Jérôme Decoux, etc. Photographies : Jean-Bernard Vialles.

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
  • Émile Zola, Émile Zola, correspondance, t. XI  (1858-1902) : Lettres retrouvées, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, Paris, CNRS, 2010

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2011-68115
  • Mathilde Falguière-Léonard, Céline Grenaud-Tostain, Jean-Sébastien Macke, et al., Émile Zola et la photographie : une page d’amour, Paris, Hermann, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, 2023

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2023-217688

Périodiques

  • Albert Fournier, « Villa à vendre ! Pour un musée Émile Zola », La rampe : revue des théâtres, music-halls, concerts, cinématographes, décembre 1933

    Bibliothèque de l'Arsenal, Paris : 4-JO-11958
Date(s) d'enquête : 1992; Date(s) de rédaction : 1992, 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Duhau Isabelle
Duhau Isabelle

Conservatrice du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Articulation des dossiers