Dossier d’œuvre architecture IA00079746 | Réalisé par
Bussière Roselyne (Rédacteur)
Bussière Roselyne

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • inventaire topographique
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de plaisance dite Folie Saint James, actuellement Lycée Collège Saint James
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Neuilly-sur-Seine
  • Commune Neuilly-sur-Seine
  • Adresse 32 avenue de Madrid
  • Cadastre 1825 C 56  ; 2020 AO 133
  • Dénominations
    maison
  • Précision dénomination
    maison de villégiature, maison de plaisance
  • Appellations
    dite Folie Saint James, actuellement Lycée Collège Saint James
  • Destinations
    lycée, collège
  • Parties constituantes non étudiées
    communs, parc, fabrique de jardin, serre

« Neuilly est dans une très belle situation, sur la rive droite de la Seine, et traversé par la Grande route de Paris à Saint-Germain-en-Laye. […] La maison de Sainte-James, appartenant à M. Cheff, est d’une jolie construction. Les jardins, dessinés dans le genre anglais, ont également souffert des dévastations de 1815. On a détruit en grande partie ce qui rendait cette habitation l’un des plus remarquables que l’on connaisse par les beautés et les raretés qu’elle renfermait en tout genre » (Oudiette).

Claude Baudard baron de Sainte-Gemmes (1738-1787) est issu d’une riche famille angevine dont la fortune est liée à la fourniture de toiles à voiles à la Marine et à la réception des tailles. À la mort de son père, en 1771, il hérite de 3 millions de livres, ce qui lui permet d’acheter la charge de Trésorier général de la Marine et des colonies[1]. Le personnage est représentatif des grands financiers du XVIIIe siècle, riche, anglomane, franc-maçon, intéressé par tout ce qui est nouveau. Il habite un hôtel de la place Vendôme où il « recevait son monde avec plus de bonhomie que de grâces » raconte Madame Vigée-Lebrun[2]. Il anglicise son nom de Sainte-Gemmes en Sainte-James[3], ce qui trompera Krafft qui, dans son Recueil d’architecture civile, parle de lui comme d’un « anglais fort riche, ministre de France sous Louis XVI »[4] !

Neuilly, en bordure de la Seine et du Bois de Boulogne, est alors un lieu de villégiature très prisé de la haute société depuis la construction du château de Madrid par François Ier. En 1777 le comte d’Artois, cédant à la mode des petites maisons, fera construire Bagatelle « le pari fou d’un libertin » par Bélanger[5]. C’est là que, en juillet 1772, le financier achète une propriété et demande au même architecte d’augmenter et d’ajuster « les bâtimens tant à l’extérieur que dans l’intérieur »[6]. Dès lors, il agrandit considérablement son domaine jusqu’en 1780 ce qui lui permet d’atteindre la Seine de l’autre côté du chemin de Bagatelle à Neuilly et de finaliser le fabuleux jardin anglais de 30 hectares qui sera publié par Krafft[7].

 La maison acquise était déjà aménagée et Sainte-James achète « ses meubles meublant, linges, tappisseries, glaces ; basterie de cuisine et autres… »[8]. Les modifications apportées au batiment, les aménagements intérieurs mais surtout le faste déployé dans le parc, tout cet étalage de richesse, qui allait jusqu’à orner les livrées des domestiques de boutons représentant les fabriques du parc[9], attira au financier des inimitiés haut placées, notamment de la part de ses débiteurs. Le Trésor, en grande difficulté, lui demandait des avances continuelles, si bien que Baudard de Sainte-James fit faillite en février 1787, ses biens mis sous scellés puis vendus[10]. Il mourut l’année suivante. La Folie fut achetée par Renault-César-Louis de Choiseul, duc de Praslin, puis à partir de la Révolution passa entre de nombreuses mains. Son caractère remarquable permet à ses propriétaires successifs de la louer à des personnalités ; ainsi le négociant Charles Samuel Bazin qui l’achète en 1802, la loue en 1803 à Lucien Bonaparte, puis à partir de 1808 à la duchesse d’Abrantès[11]. Il agrandit et agrémente le domaine en achetant le parc de Madrid en 1804. En 1811 la propriété est vendue et partagée en 6 lots. La demeure abrite une maison de santé de 1844 à 1920. Elle est alors acquise par l’industriel Jacques Lebel qui fait aménager le jardin de style Art déco toujours en place sur le côté nord[12]. Elle est classée en 1922 et c’est en 1952 que l’État en fait l’acquisition pour la construction du lycée « la Folie Saint-James »[13].

Roselyne Bussière

[1] Cet article est issu de la publication de Gabrielle Joudiou, La Folie de M. de Sainte-James, Neuilly-sur-Seine, Editions Spiralinthe, 2001.

[2] Elisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs, Nouvelle édition, Paris, Des femmes, 2005, T. II, p. 312.

[3] Au fil du temps, il sera appelé Saint-James.

[4] KRAFFT Jean-Charles, Recueil d’architecture civile contenant les plans, coupes et élévations des châteaux, maisons de campagne, maisons rurales… situés aux environs de Paris et dans les départements voisins, Nouvelle édition, Paris, Bance, 1812, p. 20-21.

[5] Alixia Lebeurre, Claire Ollagnier, « Bagatelle, le pari fou d’un libertin », François-Joseph Bélanger : artiste-architecte (1744-1818), Actes du Colloque international de 2018, 2021, p. 64.

[6] Joudiou, op.cit. p. 27.

[7] Krafft, op. cit., planches 97 à 114

[8] AN, MC/ET/XX/672.

[9] Joudiou, op.cit., p. 47.

[10] Ibidem, p. 99.

[11] Ibidem, p. 103.

[12] Ibidem, p. 111.

[13] Voir la notice de la Folie Saint-James IA00079746 inventaire.iledefrance.fr/

Le bâtiment acheté par Sainte-James était de taille relativement réduite, de cinq travées, probablement en brique et pierre, tel qu’il vient d’être restauré. Bélanger le conserve dans son ensemble, se contentant de modifier le toit, abaissé et percé d’une verrière centrale, d’adjoindre des avant-corps sur les deux façades et d’y ajouter un décor inspiré de l’Antiquité[1]. La façade sur cour se voit dotée d’un solide portique de quatre colonnes ioniques supportant une terrasse et dominé par un fronton triangulaire. L’adjonction de la façade sur jardin est plus originale et plus gracieuse : trois arcades retombent sur de fines colonnes de bois décorées d’écailles, surmontées de sirènes qui développent leurs ailes dans les écoinçons. Sur les deux façades, des médaillons en stuc réalisés par Jean Démosthène Dugourc d’après des dessins de Lhuillier évoquent des scènes antiques, telles que Zeus nourri avec le lait de la chèvre Amalthée, la muse Euterpe, une Hespéride[2]. Une frise de palmette en stuc court tout autour de la base de l’étage.

L’intérieur reste composé autour de l’axe central du vestibule prolongé par la salle de billard (aménagée en 1778 à la place d’un second vestibule). À droite se trouvent la salle à manger sur cour et le salon sur jardin, de taille plutôt réduite, à gauche l’escalier et la chambre à coucher de Madame de Sainte-James et ses annexes. L’aile de service, à gauche de la cour, communique par un étroit passage au bâtiment principal[3].

Comme c’est la coutume pour les maisons de plaisance, une certaine simplicité a présidé à l’ameublement : fauteuils et chaises recouverts d’indienne, rideaux en toile de coton bordés d’indienne et toile de Jouy dans l’alcôve de la chambre[4]. Dans le vestibule, c’est un décor architecturé en trompe l’œil qui accueille le visiteur : allégories féminines et vases peints se détachent entre des colonnes feintes soutenant une frise de métopes et triglyphes. Il est l’œuvre de Paolo-Antonio Brunetti[5] (v. 1723-1783), peintre spécialiste des décors de théâtre qui s’était fait remarquer en 1747 par son magistral décor en trompe l’œil de l’escalier de l’hôtel de Luynes, aujourd’hui remonté au musée Carnavalet[6]. Ce décor se poursuit à l’entrée de l’escalier, où s’ouvre un faux rideau, puis à l’étage. La rampe en ferronnerie est d’un style rocaille modéré qui appartient davantage à l’art du milieu du XVIIIe siècle qu’au règne de Louis XVI.

C’est dans l’aménagement du jardin que s’expriment les ambitions de Sainte-James. De l’avis de Blaikie, le jardinier écossais de Bagatelle, il s’agit d’« un exemple d’extravagance plus que de goût », notamment le Grand rocher qui « n’a rien à voir avec la nature ou avec la beauté naturelle …». Blaikie trouve ridicule cette surabondance de fabriques. Selon lui cette démesure avait été soufflée à Bélanger par le comte d’Artois qui lui aurait dit « j’espère que vous allez ruiner Sainte-James »[7]. Dans ce parc, le financier donnait de véritables fêtes : Madame Vigée-Lebrun rapporte qu’elle fut invitée une fois à une comédie : « tant de personnes étaient invitées et parcouraient le jardin avant et après le spectacle, qu’on se croyait dans une promenade publique »[8].

Le jardin régulier que l’on voit sur un plan de 1774[9] et qui doit être l’œuvre des anciens propriétaires, est complètement effacé. Mis à part dans les jardins d’utilité qui entourent la grande basse-cour entièrement construite au nord par l’architecte Jean-Baptiste Chaussard (1729-1818), (potager, couches, serres et treillage italien)[10], la ligne courbe domine. Est offert au visiteur un véritable microcosme philosophique dont le point de mire est le Grand rocher qui résume la pensée franc-maçonne : une grotte obscure représente les ténèbres de l’ignorance, cachées derrière une façade dorique, signe de la connaissance. La visite de cette construction est un parcours initiatique : on entre, à gauche par une galerie en rocher, on traverse une salle de bain et son eau purificatrice et on sort à droite par une galerie architecturée[11]. L’eau provenait d’un réservoir de 65 m3 situé au sommet du rocher. Lors de sa construction, ce rocher, réalisation extraordinaire de « grotte à frontispice »[12], a attiré l’attention de Louis XVI qui vit passer « un énorme rocher tiré par quarante chevaux » et surnomma le financier « l’homme au rocher ». Au nord, le cabinet d’histoire naturelle, toujours debout, abritait la collection de minéraux, métaux et demi-métaux, d’oiseaux rares et de crabes[13], nouvelle étape vers la connaissance universelle. Les nombreuses autres fabriques (disparues) sont représentées par Krafft : on y trouvait tout ce qui était alors à la mode : pavillons chinois, pavillon de Vénus, pavillon turc, île d’amour, colonne antique, chaumière, temple de Bacchus, nombreuses statues dont celle de Jean-Jacques Rousseau, ou de Louis XV et la marquise de Pompadour sous les traits de Vertumne et Pomone[14], et une dizaine de ponts[15].

[1] Joudiou, op. cit., p.38.

[2] Joudiou, op.cit., p. 33.

[3] Ibidem, p. 39.

[4] AN, Z/1a/854.

[5] Joudiou, op. cit., p. 38.

[6] GADY Alexandre, Les Hôtels particuliers de Paris du Moyen Âge à la Belle Époque, Paris, Parigramme, 2008, p. 250.

[7] Joudiou, op.cit., p. 97.

[8] Vigée-Lebrun, op. cit., p.113

[9] Joudiou, op.cit., p. 18.

[10] Joudiou, op.cit., p. 88.

[11] Ibidem, p. 66.

[12] Monique Moser, « Le rocher et la colonne, un thème d’iconographie architecturale au XVIIIe siècle, », Revue de l’art, n°58-59, 1983, p. 63.

[13] Ibidem, p. 66.

[14] Œuvre de Lemoyne, 1760, actuellement au Louvre.

[15] Krafft, op. cit.

  • Murs
    • pierre moellon enduit d'imitation
  • Toits
    ardoise, zinc en couverture
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • verrière
    • toit en pavillon
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie, suspendu
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Techniques
    • peinture
    • décor stuqué
  • Représentations
    • scène mythologique, Muse, sirène, palmette
  • Précision représentations

    Médaillons à scènes antiques placés sur les façades.

    Sirènes sculptées dans les écoinçons des arcades de la façade ouest.

  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    fabrique de jardin, élévation, escalier
  • Protections
    classé MH, 1922
  • Précisions sur la protection

    Le parc et toutes ses constructions sont classés.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Cour des aides de Paris

    Archives nationales, Paris : Z/1a/854

Bibliographie

  • KRAFFT, Jean-Charles, RANSONNETTE, Nicolas. Recueil d'architecture civile contenant les plans, coupes et élévations des châteaux, maisons de campagne et habitations rurales.... Paris, Bance aîné, imprimerie de Crapelet, 1812-1829.

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : HA-81-FOL
  • Gabrielle Joudiou, La Folie de M. de Sainte-James, Neuilly-sur-Seine, Editions Spiralinthe, 2001

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2003-81627
  • Elisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs, Nouvelle édition, Paris, Des femmes, 2005

  • Alexandre Gady, Les Hôtels particuliers de Paris du Moyen Âge à la Belle Époque, Paris, Parigramme, 2008.

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
  • Alixia Lebeurre, Claire Ollagnier, « Bagatelle, le pari fou d’un libertin », François-Joseph Bélanger : artiste-architecte (1744-1818), Actes du Colloque international de 2018, 2021.

    Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris : NY BELA3.A3 2021
  • Roselyne Bussière, Marianne Métais, et alii, Châteaux, villas et folies, Villégiature en Ile-de-France, Région Île-de-France, Lieux Dits Editions, 2024

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
Date(s) d'enquête : 1992; Date(s) de rédaction : 1992, 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Bussière Roselyne
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Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Métais Marianne
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