Dossier d’œuvre architecture IA00051912 | Réalisé par
Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • inventaire topographique
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Château de la Boissière-Ecole, dit château Hériot
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Rambouillet
  • Commune La Boissière-École
  • Cadastre 1829 C 563  ; 2025 B 222
  • Dénominations
    château
  • Précision dénomination
    château de villégiature
  • Parties constituantes non étudiées
    parc, étang, ferme, moulin, serre, logement, écurie, fabrique de jardin

Les modèles de maisons de campagne, qui apparaissent dès la fin du XVIe s. et fleurissent au tournant du XIXe, donnent l’idée que pour sa villégiature, le Parisien va construire ex nihilo. Pourtant les exemples de reconstruction sur une implantation ancienne, dont on apprécie autant la situation que l’histoire, longue et noble, ne manquent pas. A La Boissière, comme souvent, c’est un lieu déjà chargé d’histoire qui a été choisi pour villégiature. Mais du bâtiment d’origine ne sont conservées que les fondations pour ériger une habitation moderne : un château Louis XIII.

On sait peu de choses du premier château seigneurial de la Boissière. Le plan d’intendance de 1788[1] le montre asymétrique, jouxté de communs et d’une chapelle, dédiée à Sainte Catherine, en lisière de la forêt de Rambouillet. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le domaine reste au sein de la même famille. Le baron Claude Joseph Gustave Legras de la Boissière en hérite en 1847[2] et entreprend, de 1854 à 1857, une reconstruction complète[3]. L’édifice est considérablement agrandi et rendu symétrique. La seule partie conservée semble être l'aile ouest, dont le corps de logis est rhabillé. Les abords sont également modifiés. La chapelle est abattue ainsi que la ferme, déplacée un peu plus loin, dégageant ainsi l’espace autour du château, qui se dresse alors en majesté. Le jardin régulier est transformé en parc paysager. Mais le domaine est bientôt vendu à Charles Blanchard, un financier qui le possède pendant plusieurs années sans l’occuper[4]. Vers 1879, Zacharie Olympe Hériot, dit le commandant Hériot (1833-1899), l’achète[5].

L’histoire de cet héritier est digne d’un roman. Issu d’une famille de vignerons et de marchands de vin champenois, il embrasse la carrière militaire, sans y briller particulièrement. Son existence bascule à 46 ans lorsqu’il hérite de son frère aîné, Auguste, en 1879. Ce dernier, « monté à Paris », débute comme simple vendeur puis, associé à Alfred Chauchard[6], il fonde les Galeries du Louvre en 1855, avec l’aide financière des Pereire. L’entreprise s’avère un grand succès et, à sa mort, qui le laisse sans descendance, Auguste Hériot se trouve à la tête d’une fortune colossale, dont hérite son cadet, Olympe. Elle comprend, entre autres, les parts des Grands magasins du Louvre[7] et une villa au Vésinet[8].

Désormais riche, Olympe Hériot démissionne de l’armée, se consacre au magasin de son frère, qu’il dirige d’abord avec Chauchard, puis seul, à partir de 1885. Et pendant vingt ans, il construit. La villa du Vésinet, tout d’abord, est agrandie, en 1882 : elle triple de surface et prend le nom de villa Hériot[9]. Mais Olympe ne se contente pas de cette villégiature et acquiert en 1879 un édifice à la hauteur de sa nouvelle position sociale, le château de la Boissière. Il entreprend peu après la fondation, sur un terrain tout proche, d’une école militaire destinée aux orphelins de l’Armée, inaugurée en novembre 1886[10]. La commune de La Boissière prendra le nom de La Boissière-École en 1936, en référence à l'importance de l'établissement.

Pour le château s’ouvre une nouvelle ère de transformations. En 1887, de nouvelles dépendances, chenils et serres sont construits dans le parc[11], où sont également installées plusieurs oeuvres sculptées, notamment un vase de Déloye, une Diane d'après Houdon et deux groupes animaliers d'Auguste Cain, qui s’y trouvent toujours. Le château est agrandi par l’adjonction de pavillons latéraux d'un seul niveau, couverts en terrasses, qui accueillent salon et salle à manger à décor grandiose de sculptures de marbre représentant, aux quatre angles, les quatre saisons. De cette époque date sans doute le monumental escalier et la galerie attenante, entièrement de marbre, dus à l’architecte Georges Tersling[12]. Quelques années plus tard, la veuve du commandant Hériot confiera à Tersling la construction de son nouvel hôtel particulier à Paris[13].

Les appétits patrimoniaux d’Olympe ne sont pas rassasiés par la Boissière. De 1890 à 1892 il entreprend la construction d’un château, certes plus modeste, dans le village d’origine de la famille, à Essoyes, dans l'Aube. Il en devient maire la même année. Le couple se lance également dans des opérations foncières au Cap Martin à la fin des années 1890 : il commande trois villas à Tersling dans le lotissement conduit par l'architecte[14]. La Boissière reste la demeure de villégiature privilégiée, notamment pour la chasse, que Mme Hériot pratique assidûment. Olympe y décède en 1899. Au décès de la veuve, en 1945, le château est légué à l’État. Les écuries sont détruites à cette époque. Le domaine, château et ancien orphelinat appartiennent aujourd'hui à la Région Île-de-France.

 

 

[1] AD 78, C 97 10.

[2] Son frère Achille hérite de la ferme de la Tremblaye.

[3] AD 78, 3P3 1032.

[4] La date d’acquisition par Blanchard n’est pas certaine.

[5] 3P3 1034, matrices cadastrales de la Boissière-Ecole, p. 16/128. La date d’acquisition généralement avancée est 1879. Les matrices indiquent cependant 1885.

[6] Marie-Huguette Hadrot, Bernard Pharisien, L’Exceptionnelle famille Hériot, chez l’auteur, 2001. Hériot était vendeur à La ville de Paris et Chauchard commis au Petit diable.

[7] Nouveau nom des Galeries du Louvre.

[8] Du nom de la cantatrice Rosine Stoltz.

[9] Sophie Cueille, Le Vésinet, modèle français d'urbanisme-paysager, 1858/1930, Cahiers de l'Inventaire n°17, Paris, Imprimerie nationale, 1989, p. 49 et https://histoire-vesinet.org/menu-villa-heriot.htm. Cette villa de 1860, qualifiée de « gréco-romaine » sur l’avis de mise en vente, était l’une des premières du Vésinet, et avait été construite par Pierre-Joseph Olive, l’un des architectes fondateurs de la colonie. Elle est démolie après la mort d’Hériot en 1899, et lotie. Une vingtaine de maisons et plusieurs allées sont construites sur ses 30 000 m² de surface.

[10] Seine-et-Oise illustré du 21 novembre 1886.

[11] AD 78, 3P3 1034.

[12] Michel Steve, Hans-Georg Tersling, Menton, Serre, 2002. L’attribution de l’escalier à Tersling est fondée sur une convergence de ressemblances stylistiques et morphologiques avec des escaliers réalisés un peu plus tard sur la Côte d’Azur. 

[13] Tersling obtient une médaille pour la façade de cet hôtel situé 49 rue de la Faisanderie. Voir Les Concours de façades de la ville de Paris, 1898-1905, Paris, Librairie de la Construction moderne, vers 1906, pl. 6.

[14] Steve, op. cit.

Le château, de dimensions considérables (plus de 50 m de long) affiche un plan régulier rectangulaire, formé d'un avant-corps central flanqué de deux corps latéraux perpendiculaires. Son allure générale est celle d'un château Louis XIII. Les silhouettes de ses hautes toitures d'ardoise se découpent au-dessus de façades dont la polychromie naît du contraste de la pierre et de la brique. Les chaînes d’angle en granite sont complétées par des jambes harpées qui scandent les façades et accentuent leur verticalité. On y lit l’inspiration de la place des Vosges, qui se retrouve jusque dans que dans la modénature de la façade sud, ornée d’une grande galerie percée d’arcades ouvrant sur le jardin et surmontée en son centre d’une élégante composition en pierre, d’ordres superposés, avec tympan, amortissements à volutes et pots à feu. Elle atténue quelque peu l'austérité qui règne sur les extérieurs. La statuaire ajoutée par les Hériot contraste par la légèreté de ses sujets. Charmants enfants des quatre saisons devant la façade d'entrée et belles dames jouant ou buvant perchées sur les terrasses latérales donnent le ton d'une maison bel et bien dédiée aux plaisirs de la campagne. Ces sculptures pourraient être dues à Déloye.

Les intérieurs ont reçu un traitement tout aussi monumental. Le vestibule est grandiose par son luxe et ses dimensions. Tout entier de marbre polychrome, il est composé d'une vaste galerie à décor de pilastres, miroirs et baies ouvrant sur la galerie extérieure, et d'un escalier d'honneur pour le moins théâtral. Ses volées latérales à balustres, qui encadrent la porte d'entrée, convergent vers un repos et une volée centrale. La richesse des matériaux et de la composition d'ensemble en font la pièce maîtresse du château. De part et d'autre de cet espace qui occupe l'essentiel du corps central du château se trouvent des salons. Le premier, à droite de l'escalier, donne sur la façade principale. Il est bordé de lambris bas et d'une cheminée en bois, composés de panneaux sculptés anciens (tous ne le sont pas) remontés dans un panneautage moderne. A la suite se tient la salle des glaces, qui occupe toute la profondeur du corps latéral ouest, et dont les grands miroirs sont complétés de pilastres cannelés et d'une corniche richement sculptée. Elle est prolongée par un salon correspondant à l'extension d'un seul niveau ajoutée fin XIXe. De l'autre côté, un salon doté d'une remarquable cheminée en marbre et bronze, occupe le corps latéral est. La sobriété et le raffinement néo-classiques de ses boiseries sculptées témoignent d'un goût qui tranche avec le reste des aménagements. Il pourrait dater de la campagne de travaux des années 1850 plutôt que 1890. La salle à manger, enfin, occupe l'extension est. Elle est entièrement revêtue d'un parement de marbre blanc à grandes veines grises rehaussé d'un autre à dominante violette. Aux quatre angles, des niches ovales de marbre vert accueillent des sculptures des quatre saisons en marbre blanc, montées en gaine de marbre violet. Elles sont signées du sculpteur Gustave Déloye. En toute logique, l'office - et ses annexes - se trouve à côté de la salle à manger. Un escalier de service, qui monte jusqu'au deuxième étage du château, mène aussi au sous-sol, qui s'étend sous la partie la plus ancienne du château, correspondant au corps central et à la partie est.

On accède au premier étage par le monumental escalier de marbre, décoré d'un côté d'une peinture en pied du commandant Hériot (classé MH) et de l'autre d'un immense portrait de famille de Roybet (classé MH). Aux dimensions du mur et dans un cadre sculpté et doré, le tableau daté de 1892 met en scène tous les Hériot, parents, enfants et parentèle, dans une pittoresque salle à manger, vêtus à la mode hispano-flamande du XVIIe s. Olympe Hériot, bien reconnaissable, trône au centre, avec à sa gauche sa seconde épouse, Anne-Marie Dubernet (ils sont mariés depuis 1887), et leurs trois premiers enfants, âgés de 6 à 2 ans, au premier plan.

Une grande sculpture de Bouddha, de provenance inconnue, en bronze doré, trône sur le repos de l'escalier. Elle figure déjà à cet emplacement sur des photos du milieu du XXe s.

Le premier étage devait accueillir les chambres des maîtres ; il conserve la vaste bibliothèque prolongée du bureau du commandant Hériot, dans la partie ouest. L'enfilade des pièces côté sud a été aménagée en musée des enfants de troupe, auquel l'orphelinat était initialement dédié.

  • Murs
    • brique pierre avec brique en remplissage enduit
    • granite
    • calcaire
    • moellon
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan symétrique
  • Étages
    sous-sol, 2 étages carrés, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans croupe
    • noue
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier de type complexe en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • saison
    • salamandre
    • mascaron
    • colonne
    • ordre ionique
    • cariatide
  • Précision représentations

    Sujet : les 4 saisons ; support : entrée, cheminées, fenêtres, toit

  • Statut de la propriété
    propriété de la région
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    escalier
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1985
    classé MH partiellement, 1987
  • Précisions sur la protection

    Sont classés, par arrêté du 22 septembre 1987 : les façades et toitures ; les pièces suivantes et éléments du rez-de-chaussée : vestibule, grand escalier, petit salon, grande salle à manger dite salle des marbres, salle des maquettes.

    La salle des Glaces est inscrite, par arrêté du 4 décembre 1985.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Plan d'intendance de La Boissière

    Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux : C 97 10
  • Matrices des propriétés foncières 1832-1914

    Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux : 3P3 1032
  • Matrice des propriétés bâties 1881-1890

    Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux : 3P3 1034

Bibliographie

  • Sophie CUEILLE, Le Vésinet, modèle français d’urbanisme paysager, 1858-1930, photographe Jean-Bernard Vialles, APPIF, Paris, Imprimerie nationale, Cahiers de l’Inventaire n° 17, 1989

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine
  • Marie-Huguette Hadrot, Bernard Pharisien, L’Exceptionnelle famille Hériot, chez l’auteur, 2001

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2002-137041
  • Michel Steve, Hans-Georg Tersling, Menton, Serre, 2002

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 4-V-51019
  • Roselyne Bussière, Marianne Métais, et alii, Châteaux, villas et folies, Villégiature en Ile-de-France, Région Île-de-France, Lieux Dits Editions, 2024

    Région Île-de-France, Service Patrimoine et Inventaire, Saint-Ouen-sur-Seine

Périodiques

  • Seine-et-Oise illustré du 21 novembre 1886

    Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux

Documents multimédia

  • "Le fabuleux destin de la famille Hériot", Société d'Histoire du Vésinet, à partir des travaux de B. Pharisien (2001). Compléments bibliographiques (2003-2022)

    https://histoire-vesinet.org/heriot2.htm

Date(s) d'enquête : 1983; Date(s) de rédaction : 1987, 205
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Métais Marianne
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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