Dossier d’œuvre architecture IA00051763 | Réalisé par
Le Bas Antoine
Le Bas Antoine

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Métais Marianne (Rédacteur)
Métais Marianne

Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France

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  • inventaire topographique
  • patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
Maison de Pauline Viardot
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Philippe Ayrault, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Celle-Saint-Cloud (La)
  • Commune Bougival
  • Lieu-dit Les Fresnes
  • Adresse 16 rue Ivan Tourgueniev
  • Cadastre 1819 A 141  ; 2025 AH 39
  • Dénominations
    maison
  • Précision dénomination
    maison de villégiature
  • Appellations
    dite maison de Pauline Viardot
  • Parties constituantes non étudiées
    parc, bassin

Si les réceptions de la cantatrice Pauline Viardot participent à la renommée de la villa, qu'elle n'a possédée qu'une dizaine d'années, Bougival et plus largement les boucles de la Seine sont déjà des lieux de villégiature prisés. La maison Viardot s’inscrit, par son emplacement autant que par son architecture, dans ce réseau de résidences appréciées des artistes notamment.

La maison de Pauline Viardot a connu plusieurs propriétaires et s’inscrit dans un temps long. Elle faisait partie du domaine de la Chaussée acquis par l’impératrice Joséphine en 1813 pour agrandir son domaine de Malmaison. A son décès en 1815, le domaine revient à sa fille Hortense[1].

C’est le propriétaire suivant, Alexandre Bourbonné, qui fait construire la villa, après avoir acheté deux lots du domaine en 1830. La villa, construite en 1834, est de style palladien. Elle s’inscrit dans un parc de huit hectares qui descendait jusqu’à la Seine. Bourbonné est parfumeur, il fait construire deux ateliers à l’entrée du domaine dédiés à son exercice. Un jardin paysager est aménagé, agrémenté par une orangerie, un potager, une loge pour le jardinier, une faisanderie et un jardin avec une roseraie. La propriété est surnommée « Les Frênes », du fait des nombreux frênes qui occupent le parc. Les aménagements intérieurs voulus par Bourbonné sont connus grâce à l’étude des couches de peinture successives. Le salon ouest, qui accueille la salle à manger, est orné d’un décor de faux-marbre de type Sarrancolin, tandis que le salon central, qui accueille la salle de billard, est orné d’un décor jaune-orangé[2]. L’entreprise de Bourbonné est déclarée en faillite en 1837 et la villa est saisie par expropriation puis divisée en trois lots.

Antoine Minel de Montreuil achète deux des lots, la villa et le parc paysager, et occupe les lieux jusqu’en 1844, date du rachat par le docteur Pierre Salomon Ségalas, professeur à l’académie de médecine, considéré comme une sommité du monde médical. Il possède déjà le château de la Jonchère et connait donc bien la région. Il fait modifier le décor du salon ouest avec une couleur vert pâle qui recouvre le faux marbre.  

En 1873, la cantatrice Pauline Viardot (1821-1910), son mari Louis Viardot (1800-1883) et l’écrivain Ivan Tourguéniev (1818-1883) désirent acquérir une résidence aux environs de Paris. Ils étaient, jusqu’en 1871, installés à Baden-Baden mais la guerre rend moralement difficile le séjour en Allemagne[3]. Ils cherchent donc une propriété pour passer les premiers beaux jours. Bougival, dans la seconde moitié du XIXe siècle, connaît un fort engouement auprès des artistes, notamment grâce à son accessibilité. Cette maison n’est pas leur première à Bougival, ils sont d’abord locataires à la Garenne. Ils achètent finalement la villa le 5 novembre 1874, financée par Tourguéniev puisque les Viardot rencontrent des difficultés financières. Ces derniers l'habitent tandis que Tourguéniev réside dans la « datcha », un chalet qu’il fait construire dans le parc, tout à côté. Les décors intérieurs de la villa sont très modifiés, notamment les trois salons ornés de nouveaux plafonds et de nouvelles couleurs sur les murs, qui correspondent à l’état actuel restauré. La villa devient le théâtre de réceptions nombreuses accueillant de grands noms des milieux cultivés parisiens comme les compositeurs Georges Bizet et Camille Saint-Saëns, ou encore les écrivains George Sand, Emile Zola et Gustave Flaubert. En 1883, les décès successifs de Louis Viardot et Ivan Tourguéniev poussent Pauline Viardot à vendre le domaine.

Il est acquis par Madame Lelogeais, qui y réside jusqu'en 1897. Les murs des salons prennent de nouvelles couleurs : rose pour le salon ouest, vert et or pour le salon central et une couleur gris-verte pour le salon est. Le domaine est ensuite vendu à M. Léo Villedier-Chassagne. La villa est peu modifiée, à l’exception du salon central, recouvert d’un gris-violacé.

En 1937, la propriété est vendue de nouveau et c’est M. Sabatier qui l’acquiert. L’actrice Gaby Morlay, icône de la femme libérée des années folles, y réside en tant que locataire. Les décors intérieurs sont de nouveau modifiés ; ce qui restait du temps de Pauline Viardot disparait complètement.

Les Allemands occupent la villa en 1942. Le pavillon du gardien est explosé durant leur séjour[4]. Sabatier récupère sa propriété après la guerre. Il obtient en 1968 un permis de construire et fait ériger une station-service et deux immeubles d’habitation sur la parcelle face à la Seine, la villa perd donc sa vue sur le fleuve et les ateliers de parfum de Bourbonné à l’entrée sont détruits. Le domaine est de plus en plus convoité par les promoteurs, et la villa menacée de démolition.

Afin de la sauver, la ville de La-Celle-Saint-Cloud l’achète en vente publique en 1978, poussée par l’association des « Amis d’Ivan Tourguéniev, Pauline Viardot et Marie Malibran », à qui en est concédée une partie pour la réalisation de projets culturels. Les façades et la toiture sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1980, auxquelles sont ajoutés les trois salons du rez-de-chaussée en 1983. A l’occasion du centenaire de la mort de Tourguéniev, un projet d’ouverture de la villa et son aménagement en musée voit le jour. Des travaux de restauration débutent en 1983 dans les salons. En juin 1988 sont découverts, à l’occasion d’un nettoyage, les décors des plafonds peints du salon central et du salon est sous la peinture blanche du temps de Gaby Morlay.

La villa est sélectionnée « site emblématique » du Loto du Patrimoine en 2018. La ville de La-Celle-Saint-Cloud lance un concours de maîtrise d’œuvre la même année. L’objectif est de restaurer la villa et ses décors dans son état de la seconde moitié du XIXe siècle, celui de Pauline Viardot. La restauration est achevée en septembre 2023. Entre temps, la villa et son parc sont inscrits, dans leur intégralité, au titre des monuments historiques en 2020.

Laura Plessis

[1] Dossier de protection au titre des Monuments historiques de la villa Viardot, Laura Trioli, Conservation régionale des Monuments historiques, Paris, 2019.

[2] Dossier de demande de permis de construire, « Trois salons du rez-de-chaussée (décors peints) : hypothèse d’attribution des principales générations de peinture aux occupants connus (PC4.1 C), projet de restauration de la villa Viardot », GMPD architecture, 2019.

[3] « Un projet pour l’utilisation de la villa Viardot à Bougival à des fins de tourisme culturel, en synergie avec la Datcha-Musée de Tourguéniev », présenté par l’association « Patrimoine & Urbanisme ».

[4] Notice de présentation, projet de restauration de la villa VIARDOT, GMPD architecture, 2019.

La maison de Pauline Viardot s’étend sur 180m2. C’est un édifice de style néo-classique d’influence palladienne avec une composition tripartite sur toutes ses façades et un large usage des pilastres et des colonnes. La villa se rattache tout de même à la tradition française avec ses chaînages d’angle, son rez-de-chaussée surélevé et son plan, typique de l’enfilade française des habitations particulières.

La façade principale est tournée vers le nord, vers la vue et la Seine. Elle est marquée en son centre par une avancée de deux loggias superposées composées de trois baies séparées par des colonnes. Les chapiteaux toscans du rez-de-chaussée sont remplacés par des chapiteaux ioniques à l'étage, reprenant la classique superposition des ordres. Cette façade et ses grandes baies permettent une large vue sur le parc, et anciennement sur la Seine. Un perron relie le rez-de-chaussée et le jardin paysager. La façade opposée, au sud, est l’entrée principale de la villa. Elle est marquée par un avant-corps central dont le premier niveau reprend le motif de la façade nord. L’étage supérieur, toujours tripartite, est percé d’une fenêtre rectangulaire, entourée de deux niches. Les deux façades latérales sont identiques : trois fenêtres rectangulaires au rez-de-chaussée et une niche entourée de deux fenêtres au premier étage. Seule différence, les fenêtres de la façade est sont transformées en portes-fenêtres au début du XXe siècle, lors de la création de la terrasse.

Le rez-de-chaussée est composé d’un vestibule qui permet d’accéder à trois grands salons. Le salon central servait de salle de billard à l'origine, puis de salon d’apparat au temps de Pauline Viardot[1]. Il ouvre sur les salons est et ouest. Le rythme ternaire des ouvertures est marqué par des pilastres en bois, ornés de chapiteaux ioniques. Les murs sont recouverts d’une peinture vert d’eau agrémentée de décors. Les toiles marouflées au-dessus des portes représentent les quatre saisons : une possible représentation de Perséphone pour le printemps, Cérès en déesse des moissons pour l’été, Bacchus avec une coupe et les raisins des vendanges pour l’automne et Hadès pour l’hiver. Ces scènes prennent la forme de médaillons de style pompéien, rouge pour le fond et gris pour les figures. Des motifs d’ailes de chauve-souris se trouvent dans les angles des fenêtres ; ils datent de la période où Gaby Morlay résidait dans la villa. Le plafond est orné d’un ciel avec balustrade.

Le salon est, ancien salon de musique des Viardot, reprend le motif du plafond en trompe-l’œil mais la végétation est plus fleurie. Il est séparé du mur par une corniche ornée de motifs végétaux. Des panneaux rectangulaires décorés de moulures végétales scandent les murs. En leur centre se trouvent des médaillons représentant des trophées ou des instruments de musique, en lien avec la fonction de la pièce, encadrés par des branches de lierre qui s’entrecroisent autour de hampes. Ce salon présente également une iconographie égyptisante avec des motifs de sphinx, très en vogue depuis la campagne de Napoléon en Égypte (1798). Un miroir est placé en face de l’une des arcades d’accès et offre une perspective sur l’enfilade des trois salons. Il est entouré de pilastres et surmonté d’un Apollon sur un quadrige en bas-relief doré.  

Le salon ouest correspond à l’ancienne salle à manger. Ses murs bordeaux sont seulement agrémentés de lambris. La richesse décorative de cette pièce réside dans le plafond à la française dont les solives et les entrevous sont ornés de motifs floraux et végétaux polychromes.

La maison s’étend sur deux niveaux. Conformément à la tradition italienne, l'escalier tournant, très simple, à barreaux, est déporté dans l'angle antérieur gauche, entre le vestibule et la salle à manger. Le premier étage reprend le plan du rez-de-chaussée avec une pièce centrale qui servait de bibliothèque aux Viardot. Elle dessert deux pièces latérales qui sont les chambres des époux. La chambre de Louis Viardot est prolongée par un cabinet, aujourd’hui transformé en cuisine. L'étage sous comble est destiné au logement des domestiques et des enfants du couple. Enfin, un sous-sol accueille les pièces de service.

[1] Dossier de protection au titre des Monuments historiques de la villa VIARDOT, Laura Trioli, 2019.

  • Murs
    • pierre moellon enduit (incertitude)
  • Toits
    zinc en couverture
  • Étages
    étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour
    • escalier de distribution extérieur
  • État de conservation
    restauré
  • Techniques
    • ferronnerie
    • peinture
    • décor stuqué
  • Représentations
    • oiseau
    • putto
    • sphinx
    • casque
    • lyre
    • trompette
    • lierre
    • palmette
    • symbole des saisons
  • Précision représentations

    Sujet : oiseau, symbole des saisons, putto, support : lambris du salon central ; sujet : Sphinx, casque, lyre, flûte de Pan, trompette, tambourin, char d'Apollon, lierre, palmette, support : lambris de hauteur du salon de musique

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune, La villa est propriété de la ville de La Celle-Saint-Cloud, bien qu'elle se trouve à Bougival.
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    site classé
  • Protections
    inscrit MH, 2020
  • Précisions sur la protection

    Inscription en totalité du pavillon Viardot et son parc, y compris les éléments architecturaux qui y subsistent. Arrêté du 9 mars 2020.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • projet pour l’utilisation de la villa Viardot à Bougival à des fins de tourisme culturel, en synergie avec la Datcha-Musée de Tourguéniev, présenté par l’association « Patrimoine & Urbanisme », n. d.

    Direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France, conservation régionale des monuments historiques, Paris
  • Dossier de protection au titre des Monuments historiques de la villa VIARDOT, Laura Trioli, 2019

    Direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France, conservation régionale des monuments historiques, Paris
  • Dossier de demande de permis de construire, Trois salons du rez-de-chaussée (décors peints) : hypothèse d’attribution des principales générations de peinture aux occupants connus (PC4.1 C), projet de restauration de la villa VIARDOT, GMPD architecture, 2019

    Direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France, conservation régionale des monuments historiques, Paris
Date(s) d'enquête : 1986; Date(s) de rédaction : 1987, 1
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Le Bas Antoine
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Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Stagiaire à l'inventaire en 2025-2026

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Métais Marianne
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