Dossier d’œuvre architecture IA92000340 | Réalisé par
Le Bas Antoine
Le Bas Antoine

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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  • inventaire topographique
Maison dite villa les Tourneroches, parc
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Saint-Cloud
  • Commune Saint-Cloud
  • Lieu-dit Val d'Or,
  • Adresse 23 rue Michel Salles
  • Cadastre 1987 AL 198, 202
  • Dénominations
    maison, parc
  • Appellations
    dite Villa les Tourneroches
  • Parties constituantes non étudiées
    communs, conciergerie, pigeonnier, jardin d'hiver

Au lieu-dit Les Tourneroches, sur un terrain de 3 hectares acheté par Jose Sebastian de Goyeneche y Gamio (1836-1900)[1], la famille Goyeneche fait construire une demeure de villégiature, le Castel Gamio, dans les premières années du XXe siècle, avant 1908 (date à laquelle elle est publiée dans la revue La construction moderne[2]). Cette demeure est l’œuvre de l’architecte R. Gaillard[3]. Il pourrait s’agir de René Gaillard (1872-1951)[4], diplômé des Beaux-Arts en 1904 et fils de Ferdinand Gaillard (1836-1912) avec qui il travaille et à qui il succède. Le Castel Gamio se compose d’une grande demeure ainsi que de dépendances : tour d’eau, serres, orangeries, écuries, faisanderie, chenil, poulailler, logement du jardinier, tennis, etc.[5]

Depuis 1926, le Dr Debat habite dans le quartier de Montretout[6]. En 1929, il installe tout près de là, à Garches, les laboratoires pharmaceutiques qu’il a fondé à Paris en 1920[7]. C’est en 1930 qu’il acquiert le domaine des Goyeneche, qui s’étend de part et d’autre de la rue du Mont-Valérien, au lieu-dit « les Tourneroches ». En 1933, le docteur Debat fait appel à l’architecte Henri Jacquelin (1872-1940) pour construire la ferme dite « Le Mesnil-au-Val »[8] sur le terrain situé entre le chemin de fer et la rue du Mont-Valérien. Dès 1935, François Debat fait raser le Castel Gamio pour édifier une grande villa de style anglo-normand. Le chantier, également confié à Henri Jacquelin, est très rapide puisque la villa des Tourneroches est achevée dès 1936. De l’ancien château, ne sont conservés que la tour d’eau et les anciennes écuries.

Il est intéressant de préciser qu’Henri Jacquelin est un architecte normand, ancien élève des Beaux-Arts, et connu pour son architecture régionaliste. Il travaille sur les chantiers de plusieurs manoirs en Normandie (manoir Saint-Hilaire à Louviers, manoir de La Pommeraye, château du Petit-Fontaine à Arromanches)[9]. Il se distingue surtout par la construction du manoir de Beaumarchais en Seine-et-Marne entre 1927 et 1928[10], inscrit au titre des monuments historiques et dont la forme générale est comparable à la villa des Tourneroches, bien que d’ampleur supérieure. La même année, il édifie une villa anglo-normande à Poissy pour la famille Agache[11], dont le parti architectural tout comme la mise en œuvre des matériaux et même certains éléments de décor sont extrêmement proches de la villa des Tourneroches.

Dans sa villa, François Debat reçoit de nombreuses personnalités scientifiques, intellectuelles ou artistiques comme l’architecte et décorateur René Crevel, le collectionneur Charles Oulmont, la princesse Marie Bonaparte ou encore la pianiste Marguerite Long[12]. Durant la Seconde Guerre mondiale, la villa est occupée et le docteur Debat ne la réintègre qu’en 1945 pour y vivre jusqu’à sa mort en 1956[13]. Son fils, Jacques Debat (1914-1977), fait de la villa un centre d’étude pour la préservation de la vie et la protection de la nature. En 1976, il la met à disposition de l’association fondée par Brigitte Bardot pour la protection des animaux. Jacques Debat fait don d’un hectare de terrain à la ville de Saint-Cloud en 1980, qui devient un jardin public en 1996. En 2001, son épouse Pernette Debat cède à la ville par une deuxième donation un autre hectare, ainsi que la propriété de la villa des Tourneroches[14].

[1] Le Bail Emmanuelle (dir.), Eveno Anaïs, Du côté de Saint-Cloud : ville princière, royale et impériale, 2017, p. 120.

[2] DARVILLE Will, « Le Castel Gamio, à Saint-Cloud » in La construction moderne, n°50, 12 septembre 1908, p. 591 à 593 et n°51, 19 septembre 1908, p. 604 à 605.

[3] DARVILLE Will, « Le Castel Gamio, à Saint-Cloud » in La construction moderne, n°50, 12 septembre 1908, p. 591.

[4] René Gaillard a réalisé avec son père le pavillon du Pérou pour l’Exposition universelle de 1900, il est primé pour un hôpital à Arequipa (Pérou) en 1904, ainsi que pour un asile pour enfants assistés et orphelins à Montevideo en 1907. On peut émettre l’hypothèse que la fréquentation de ces cercles hispaniques peut lui avoir fait rencontrer les Goyeneche, issus de la haute noblesse espagnole. Jose Sebastian de Goyeneche y Gamio est d’ailleurs né à Arequipa au Pérou.

[5] DARVILLE Will, « Le Castel Gamio, à Saint-Cloud » in La construction moderne, n°50, 12 septembre 1908, p. 593.

[6] RAYNAL Cécile et LEFEBVRE Thierry « Les vestiges du patrimoine Debat à Garches et Saint-Cloud », in Revue d’histoire de la pharmacie, n°404, 2019, p. 599. Disponible sur : https://doi.org/10.3406/pharm.2019.23973.

[7] Id., p. 597.

[8] Voir IA92002345

[9] LACOUR Virginie, « Manoir de Beaumarchais » in BUSSIERE Roselyne et METAIS Marianne, Châteaux, villas et folies. Villégiature en Île-de-France, Lieux-Dits, Lyon, p. 218.

[10] Ibid.

[11] IA78000507, Maison de notable de la famille Agache.

[12] Du côté de Saint-Cloud …, p. 120.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

Au cœur d’un vaste terrain situé au sommet du coteau de Saint-Cloud, la villa des Tourneroches est une importante maison de style anglo-normand. Déployant sa façade principale vers Paris et le Bois de Boulogne, sur lesquels il offre une vue imprenable, l’édifice est constitué d’un corps principal de plan rectangulaire, terminé au sud par une abside cantonnée de deux tours circulaires, et au nord par une aile en retour d’équerre vers l’ouest, formant également un pavillon sur la façade est. La villa s’élève sur un sous-sol, un rez-de-chaussée et un étage de comble.

Au rez-de-chaussée, une galerie, ouverte sur l’extérieure par des arcs segmentaires, règne sur la façade orientale. Son sol est couvert de tommettes, dont certaines portent des meubles héraldiques[1]. Sur la façade ouest, une tourelle d’escalier demi-hors-œuvre permet de desservir l’étage. Ce dernier est éclairé au moyen de lucarnes. Celles qui ouvrent vers l’est sont rentrantes, afin d’aménager une petite terrasse permettant de profiter de la vue. Sur des fondations en meulière, la villa est bâtie en briques et moellons de calcaire. Si la plus grande partie des murs est en brique, les chaînes d’angle, jambes harpées et encadrements des baies sont en pierre, de même que la bande, les modillons et la corniche situés juste sous le débord de toiture. La tourelle d’escalier est de son côté en pierre de taille, tandis que l’aile nord-ouest est en pan-de-bois. La toiture de la villa est complexe : en effet, le bâtiment est couvert par un toit à longs-pans, animé par les toitures des nombreuses lucarnes et achevé par une croupe circulaire au niveau de l’abside sud. L’aile nord-ouest est couverte d’un toit brisé à croupe, tandis que le pavillon nord-est reçoit un toit à longs-pans et croupe polygonale. Les tours sont quant à elles dotées d’une toiture polygonale pour l’une et d’un toit conique pour l’autre.

La porte d’entrée principale se situe au milieu de la façade ouest. Elle ouvre sur un vestibule ovale cantonné de quatre portes recouvertes de miroirs églomisés à motifs floraux et flanqué de deux portes coulissantes encastrées commandant l’accès à la salle à manger au nord, et au salon au sud. La salle à manger est dotée d’une fontaine recouverte de miroir, ainsi que d’une cheminée basse. Elle commande l’accès à l’aile nord, vraisemblablement réaménagée dans les années 1950, où sont logées les cuisines et autres pièces fonctionnelles (offices, etc.), ainsi qu’une pièce qui était réservée à Madame Debat, dans le pavillon nord-est. Le salon ouvre au sud sur une terrasse couverte et à l’est sur la galerie au moyen de vastes baies. Il commande quant à lui l’accès aux tours sud-est, où se trouve un petit salon, et sud-ouest, qui abritait le bureau du docteur Debat. Ce bureau débouche sur le jardin d’hiver qui prend la forme d’un cloître ovale aux arcades cintrées appareillées en moellons de calcaire, supportées par de courtes colonnes grossièrement taillées, surmontées de chapiteaux simplement épanelés. Le sol est couvert des mêmes carreaux de tommettes que ceux de la galerie. Au centre, une verrière abrite des plantes exotiques ainsi qu’une rivière artificielle. Le cloître débouche à son extrémité sur une rotonde, ouvrant sur une importante jardinière couverte par une véranda.

Le deuxième étage a été profondément transformé dans la seconde moitié du XXe siècle. Les pièces ont quasiment toutes été recoupées pour créer de nouveaux espaces, si bien qu’il est difficile d’y lire la distribution d’origine.

L’ancien parc, devenu jardin public, a conservé quelques éléments de son ancienne destination. Ainsi les anciennes écuries et garages à voitures, abritant à l’étage les logements des domestiques, sont encore en élévation, de même que la maison de gardien, située à l’angle nord-est du parc. La tour d’eau crénelée en brique de l’ancien Castel Gamio, conservée par le docteur Debat, est également toujours présente dans l’angle nord-ouest de la propriété.

[1] Il s’agit des mêmes tommettes que celles de la villa de la famille Agache à Poissy construite quelques années plus tôt par le même architecte, Henri Jaquelin.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • brique brique et pierre
  • Toits
    tuile plate
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe polygonale
    • toit conique
    • toit à longs pans brisés
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : en maçonnerie
  • Techniques
    • sculpture
  • Statut de la propriété
    propriété publique

Documents d'archives

  • Archives municipales de Saint-Cloud, 1T 49, Plans annexés au permis de construire de la villa des Tourneroches, janvier 1934.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 1T 49
  • Archives municipales de Saint-Cloud, 1T 50, Plans annexés au permis de construire de la villa des Tourneroches, octobre 1934.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 1T 50

Bibliographie

  • LE BAIL Emmanuelle (dir.), EVENO Anaïs, Du côté de Saint-Cloud : ville princière, royale et impériale, Saint-Cloud, 2017.

Date(s) d'enquête : 1995; Date(s) de rédaction : 1996, 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Le Bas Antoine
Le Bas Antoine

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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