L'Ermitage conserve trois œuvres représentant ou liées à Juliette Adam (1836-1936), femme politique, journaliste et écrivain influente. Elle achète à Gif en 1882 les ruines du couvent de l'abbaye Notre-Dame. Elle en fait restaurer et agrandir la maison de maître, qui devient sa maison de campagne, qu'elle fréquente jusqu'à la fin de sa vie.
- patrimoine de la villégiature, villégiature en Île-de-France
- (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
aire d'étude de la région Ile-de-France
Si Juliette Adam prenait ses quartiers d'été à Gif, dans l'ancien couvent Notre-Dame, elle n'a jamais vécu à l'Ermitage. Mais citoyenne éminente de la commune, ses descendants ont offert à la Ville trois œuvres qui en commémorent le souvenir. La mairie, dont les bureaux étaient installés à l'Ermitage, y expose toujours ces œuvres.
Un buste en bronze, signé Léopold Bernstamm, est présenté dans la salle des mariages, qui était le grand salon de l'Ermitage. Il montre Juliette Adam dans la fleur de l'âge et radieuse. Bernstamm ne s'étant installé en France qu'en 1885, alors que Mme Adam avait presque cinquante ans, il est possible que le modèle ait été un peu flatté. A moins qu'ils ne se soient connus auparavant, hypothèse envisageable compte tenu de la russophilie notoire de Juliette Adam.
Une peinture représentant l'Alsace en deuil après la défaite de la France contre la Prusse en 1870, L'Alsacienne, est exposée dans l'ancienne salle à manger. Le peintre, Jean Benner, l'a dédiée à Mme Adam, connue pour sa ferveur revancharde. Ferveur qui a d'ailleurs contribué à la brouiller avec son ami Gambetta. Dans la même pièce trône le monumental portrait en pied de Juliette Adam à 58 ans, femme mûre en pleine possession de ses armes intellectuelles, qui n'a pas besoin d'être embellie pour exister. En 1896, deux ans après que ce tableau ait été présenté au public, la rédaction de La Nouvelle revue, journal fondé et dirigé par Mme Adam, a publié un hommage à sa directrice, qui en dresse un portrait assez complet :
« Vous aussi vous vous êtes élevée contre les préjugés, non seulement d’une époque, mais des siècles et de tous les temps, préjugés d'autant plus tenaces que l'homme, intéressé, y puise sa force dominatrice. Vous avez pris la défense de la femme. Et vos débuts furent délicieux : une toute jeune femme, Juliette Lamber, seulement encore admirée par son extraordinaire beauté, et qui courageusement, fièrement, se dressait, avec un petit livre, Idées antiproudhoniennes, contre le plus implacable et le plus vigoureux des polémistes, contre celui qui porte le plus haut le génie des temps modernes. Vous ne convertîtes pas le colosse, mais il dut vous répondre et se débattre contre vous. A cette tâche aussi de l'émancipation féminine, vous avez consacré votre énergie et votre foi. Vous l’avez avancée de votre œuvre qui est complexe et considérable ; vous augmentez et enrichissez le nombre déjà important des femmes qui, en ce siècle, proclament par le fait acquis le droit de leur sexe à la libération ; et parmi tant de noms fameux, remarquables à des titres divers, tous significatifs de pensée, de création, d'esprit, d'indépendance, Staël, George Sand, Girardin, Desbordes-Valmore, Mercœur, Gréville, Ackermann, Bentzon, Peyrebrune, Arvède Barine, etc., le vôtre prend une place et une portée particulières parce que vous n’avez pas seulement écrit, parce qu'à la femme de lettres s'unit étroitement en vous la femme de cœur, c’est-à-dire d'action.
Pendant douze ans, votre salon, tant recherché ici et célèbre dans l'Europe, a servi de lien, de terrain d’entente ou de discussion, de tribune, à tous les hommes politiques qui ont dirigé notre époque. Vous ne les avez pas seulement réunis et écoutés en aimable maîtresse de maison. Vous leur avez parlé, vous les avez publiquement et franchement jugés dans leurs actes. Vous avez surtout tenu à leur dire, pour leur bien et pour le mieux de tous, la vérité. Et vous les avez surpris. […]
Lorsque le parti politique qui vous entourait toucha à sa maturité, son goût de la vérité cessa. Ce ne fut pas une défaite pour vous, ce fut, au contraire, l'occasion d'un nouvel élan, et vous fondâtes La Nouvelle Revue, afin que, sous une forme différente, continuât à s’y dire la vérité. Cette Revue a déjà près de vingt ans d’âge et de puissance. Bien des talents y sont éclos, dispersés à l'heure présente, dans le succès et les honneurs. Les esprits les plus distingués du temps y ont exprimé leurs manières de voir. Les théories sociales y ont été exposées en toute liberté. La littérature moderne y a renouvelé son éclat et ses écoles. Quant à vous, pour ne pas avoir à combattre d'anciens amis sur des questions d'intérieur, vous vous êtes réservé la politique extérieure, où, page à page, avec la fougue intuitive d'une voyante, vous épiez le mouvement vital du monde entier.
Ce fut aussi votre pensée, Madame, de grouper autour de nous les talents jeunes, les forces neuves d'un temps, les aspirations inédites, de donner un libre essor à tous ces esprits pour que de leur collaboration naquît une œuvre qui fût leur. »
La rédaction, La Nouvelle revue, sept.-oct. 1896, tome 102, pp. 676-678.
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Auteur(s)
- (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Bibliographie
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Bibliothèque nationale de France, Paris : 8-LN27-53110
Juliette Adam, Mes angoisses et nos luttes, 1871-1873, Paris, A. Lemerre, 1907
Périodiques
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Le Figaro, « Hors Paris », 9 avril 1894
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Bibliothèque nationale de France, Paris : 8-Z-1287
"A Madame Adam", La Nouvelle revue, septembre-octobre 1896, tome 102.
pp. 673-679 -
Bibliothèque nationale de France, Paris : FOL-Z-227
Achille Segard, "Léopold Bernstamm, sculpteur", Revue illustrée, Paris, n°20, 1er octobre 1904, non paginé.
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Aldo D’Agostini, « L’agency de Juliette Adam (1836-1936), des lieux, des rôles et des combats pour agir en politique », Rives méditerranéennes, n°41, 2012, revue en ligne.
Documents figurés
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Archives départementales de l'Essonne, Chamarande : 2FI81/51
Carte postale "Gif-sur-Yvette. Le couvent, propriété de Madame Adam"
Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France
Maison de villégiature dite château de l'Ermitage
Adresse : 9 square de la mairie
Conservatrice au service Patrimoines et inventaire d'Ile-de-France