Dossier d’œuvre architecture IA92002338 | Réalisé par
  • inventaire topographique
Résidence "Parc de Béarn"
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Saint-Cloud
  • Commune Saint-Cloud
  • Adresse 3 rue du Calvaire
  • Cadastre 1987 AE 181

I. L'ancien domaine

Le domaine est constitué en 1675 lorsque Bernard des Rieux (1626-1702), maître de la Chambre aux deniers du roi achète et réunit la maison de La Gâtine et la maison du Pressoir. Il se compose alors principalement de jardins de pentes qui s’étagent jusqu’à la Seine. En 1713, l’Electeur Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726) acquiert le domaine pour sa proximité avec la cour, mais n’y séjourne que peu et la quitte dès 1715. Néanmoins, son nom reste attaché longtemps au lieu qui est appelé pendant plus d’un siècle « maison de l’Electeur »[1]. Louée par le Régent Philippe d’Orléans pour sa favorite Madame d’Averne, la propriété est ensuite achetée par Victor-Amédée de Savoie (1690-1741), prince de Carignan, puis vendu après sa mort en 1744. Le domaine est alors constitué de trois corps de logis et de vingt-cinq arpents de terres « tant en terrasses, parterre, avenues et allées, que pâturages et bois de haute futaye et dans lesquels il y a aussi plusieurs bassins d’eau et une suite de cascades »[2]. Le fermier général Geoffroy Chalut de Vérin (1705-1788) acquiert la maison de l’Electeur et conduit d’importants travaux dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, tant sur la maison que dans les jardins qu’il fait aménager selon la mode de l’époque. Le domaine passe de mains en mains et est épargné par la Révolution. Il est acquis par le comte de Béarn en 1840 et c’est le nom de ce dernier propriétaire qu’il a gardé jusqu’à aujourd’hui.

II. La résidence "Parc de Béarn"

Comme le reste de la ville, la maison de l’Electeur est pillée et incendiée en 1871. De la « Grande maison » ne restent que des ruines et seule la maison de La Gâtine subsiste et est habitée par le docteur Emile Javal (1839-1907). La propriété est divisée par le percement du chemin de fer en 1889 et celui du boulevard Sénard (actuelle avenue André Chevrillon). La partie basse située entre le boulevard et le chemin de fer est allotie et vendue. La partie haute, comportant le principal de la propriété, est mise en vente dès 1906. Le terrain est acheté en 1912 par la société anglo-saxonne Singer, mais le parc reste plus de 40 ans sans entretien et tombe dans un état de délabrement avancé. En 1963, la SCI Parc de Béarn, présente un projet immobilier pour le domaine et achète le terrain. Ce projet comprend plusieurs volets : l’élargissement de la voirie autour de la parcelle, la construction d’un immeuble d’habitation et la création d’un jardin communal dans la partie sud-ouest de la parcelle ainsi que d’une promenade publique dans la partie est de la parcelle. L’état d’abandon du parc est tel que la société estime qu’il faut abattre un tiers des 352 arbres en raison de leur mauvais état.

Le projet est confié aux architectes Simon Epstein (1917-2006), auteur de la résidence de La Bretonnière à la Baule et qui vient d’achever la résidence des Trois-Tours à Massy, et Roger Mosseri[3]. Les intérieurs des halls et rez-de-chaussée ouverts sont dessinés par l'architecte d'intérieur Franck Pilloton (1927-2021) et les décors de ciment émaillé sont l'oeuvre du céramiste Robert Picault (1919-2000). L’architecte-paysagiste et conservateur des jardins de Paris Robert Joffet (1897-1993) est chargé quant à lui de la réalisation des jardins. Le permis de construire est délivré le 22 juin 1966 et les travaux commencent dans la foulée. Le projet, qui prévoit un ensemble de 12 bâtiments, dont certains s’élèvent sur 13 étages, suscite de nombreuses inquiétudes et oppositions et certains riverains saisissent la justice. Dès le début des travaux, la SCI Parc de Béarn propose de construire, à titre provisoire, sur l’emplacement du futur jardin public un immeuble regroupant des appartements témoins de ce que sera la résidence. Le maire, constatant que l’immeuble témoin était construit en matériaux de pérennes et présentait des qualités esthétiques certaines, décida de ne pas le détruire à la fin du chantier, mais que la ville en fasse l’acquisition pour y installer une bibliothèque et un musée abritant la collection donnée par Charles Oulmont[4].

Les travaux de la résidence sont achevés en 1968 et les appartements occupés. Mais le 2 février 1972, le Conseil d’Etat annule le permis de construire pour un vice de forme et les immeubles construits se retrouvent sans existence juridique. Pour régulariser cette situation préjudiciable aux habitants de l’immeuble, un deuxième permis de construire est délivré le 12 février 1973.

[1] Cornu Paul, Le château de Béarn (ancienne Maison de l’Electeur) à Saint-Cloud, 1907, pp.1-12.

[2] Archives nationales, XIA 926, f° 608

[3] Simon Epstein et Roger Mosseri réaliseront ensemble, entre 1969 et 1975, un immeuble de logements et de bureaux pour les établissements des Pompes Guinard au croisement de l’avenue de Fouilleuse et du boulevard Louis Loucheur à Saint-Cloud.

[4] Archives municipales de Saint-Cloud, 23 W 112, Note de la municipalité aux habitants du Parc de Béarn, s.- d.

La résidence du parc de Béarn est implantée à flanc de coteaux, sur la partie supérieure de l’ancienne propriété de la comtesse de Béarn, délimitée par la rue du Calvaire, le boulevard André Chevrillon et la sente des Milons. La résidence se présente comme un ensemble de douze bâtiments mitoyens, au même alignement ou en retour d’équerre les uns par rapports aux autres. Il s’élève sur une hauteur comprise entre quatre et 13 étages, au-dessus d’un rez-de-chaussée. Certains bâtiments comportent également un étage de soubassement. Huit bâtiments sur douze s’étendent sur un axe nord-sud pour offrir à leurs occupants une vue panoramique sur la Seine et le Bois de Boulogne. Côté est et sud, les appartements sont ouverts par de grandes baies vitrées, pourvues de volets roulants en bois, débouchant sur des balcons filant en verre fumé qui rythment horizontalement les façades. Chaque corps de bâtiment est couvert d’un toit-terrasse. Cet ensemble compte 442 logements, de taille variable, 116 chambres individuelles, deux loges, quatre locaux professionnels et trois ateliers privatifs. Les rez-de-chaussée sont tantôt ouverts, tantôt occupés par un hall d’entrée, tantôt par des appartements ou des chambres de service.

La résidence a été décorée par l’architecte d’intérieur Franck Pilloton (1927-2021). Son travail est particulièrement visible dans les halls d’entrée et les rez-de-chaussée ouverts. Dans ces espaces, il a notamment réalisé avec le céramiste Robert Picault (1919-2000) le décor des murs de refend en ciment émaillé. Tantôt cet émail arbore des couleurs vives, tantôt il prend la forme d’une simple glaçure monochrome contrastant avec le ciment resté nu. Les halls et espaces communs, où la circulation est animée par les nombreuses ruptures de niveau et volées de marches, sont ornés de massifs de galets et les murs parés d'acier brossé. Par ailleurs, les halls d’entrée ouvrant sur la rue du Calvaire étaient agrémentés de bassins intérieurs et extérieurs communiquant sous les baies vitrées et réduits aujourd’hui à une simple évocation.

La résidence est entourée de trois jardins. Le premier est situé entre les bâtiments les plus au sud. Ce jardin s’appuie sur les seuls éléments conservés de l’ancien domaine : l'emplacement de la pièce d'eau et la charmille. Le bassin, de forme rectangulaire, est installé au centre d’une terrasse offrant une vue dégagée sur le Bois de Boulogne et la capitale et est situé à l’emplacement du bassin qui ornait le parc dès le XVIIIe siècle. La charmille, quant à elle, a été aménagée entre 1930 et 1936 et reprise par Robert Joffet lors de la construction de la résidence. Dans l'axe du bassin, à l’est, un escalier double à rampes droites, datant au moins du XIXe siècle, lie la terrasse à la promenade publique qui s’étend en contrebas du jardin. Le deuxième jardin est situé au nord du premier et est exposé à l’ouest. Il est composé d’une pelouse, parsemée de quelques arbres, de massifs de fleurs et de buissons. Il est traversé par une allée dallée, géométriquement découpée et matérialise les accès aux immeubles. Sur l'emprise de cet espace, deux rampes d'accès au garage sont suspendues, le long de la rue. Le troisième jardin est encadré par les immeubles au nord de la résidence. C’est un jardin en terrasses irrégulières descendant vers l’est, composées de pelouses, de massifs et de banquettes d’ifs, formant un dessin géométrique visible depuis les balcons. Il comprend également deux pièces d’eau, inaccessibles mais qui pourraient avoir été conçues pour être admirées depuis les appartements.

  • Murs
    • béton parement
  • Toits
    béton en couverture
  • Étages
    étage de soubassement, 13 étages carrés
  • Couvrements
    • dalle de béton
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre
  • Autres organes de circulation
    ascenseur
  • Jardins
    groupe d'arbres, palissade de verdure, pelouse, massif de fleurs
  • Techniques
    • céramique
  • Représentations
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée

Documents d'archives

  • Archives municipales de Saint-Cloud, 1O 51, Annonce immobilière concernant les terrains de l’ancien parc de la comtesse de Béarn, 1906.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 1O 51
  • Archives municipales de Saint-Cloud, 350W 2, Projet d’aménagement de la résidence « Parc de Béarn », 1964-1965.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 350W 2
  • Archives municipales de Saint-Cloud, 23 W 112, Permis de construire délivré à la SCI Parc de Béarn, 1966.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 23W 112
  • Archives municipales de Saint-Cloud, 23 W 113, Plans annexés au permis de construire du Parc de Béarn, 1966.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 23W 113
  • Archives municipales de Saint-Cloud, 23 W 112, Note de la municipalité aux habitants du Parc de Béarn, s.- d.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 23W 112

Bibliographie

  • LE BAIL Emmanuelle (dir.), EVENO Anaïs, Du côté de Saint-Cloud : ville princière, royale et impériale, Saint-Cloud, 2017.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Articulation des dossiers