I. L'ancien domaine
Le domaine est constitué en 1675 lorsque Bernard des Rieux (1626-1702), maître de la Chambre aux deniers du roi achète et réunit la maison de La Gâtine et la maison du Pressoir. Il se compose alors principalement de jardins de pentes qui s’étagent jusqu’à la Seine. En 1713, l’Electeur Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726) acquiert le domaine pour sa proximité avec la cour, mais n’y séjourne que peu et la quitte dès 1715. Néanmoins, son nom reste attaché longtemps au lieu qui est appelé pendant plus d’un siècle « maison de l’Electeur »[1]. Louée par le Régent Philippe d’Orléans pour sa favorite Madame d’Averne, la propriété est ensuite achetée par Victor-Amédée de Savoie (1690-1741), prince de Carignan, puis vendu après sa mort en 1744. Le domaine est alors constitué de trois corps de logis et de vingt-cinq arpents de terres « tant en terrasses, parterre, avenues et allées, que pâturages et bois de haute futaye et dans lesquels il y a aussi plusieurs bassins d’eau et une suite de cascades »[2]. Le fermier général Geoffroy Chalut de Vérin (1705-1788) acquiert la maison de l’Electeur et conduit d’importants travaux dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, tant sur la maison que dans les jardins qu’il fait aménager selon la mode de l’époque. Le domaine passe de mains en mains et est épargné par la Révolution. Il est acquis par le comte de Béarn en 1840 et c’est le nom de ce dernier propriétaire qu’il a gardé jusqu’à aujourd’hui.
II. La résidence "Parc de Béarn"
Comme le reste de la ville, la maison de l’Electeur est pillée et incendiée en 1871. De la « Grande maison » ne restent que des ruines et seule la maison de La Gâtine subsiste et est habitée par le docteur Emile Javal (1839-1907). La propriété est divisée par le percement du chemin de fer en 1889 et celui du boulevard Sénard (actuelle avenue André Chevrillon). La partie basse située entre le boulevard et le chemin de fer est allotie et vendue. La partie haute, comportant le principal de la propriété, est mise en vente dès 1906. Le terrain est acheté en 1912 par la société anglo-saxonne Singer, mais le parc reste plus de 40 ans sans entretien et tombe dans un état de délabrement avancé. En 1963, la SCI Parc de Béarn, présente un projet immobilier pour le domaine et achète le terrain. Ce projet comprend plusieurs volets : l’élargissement de la voirie autour de la parcelle, la construction d’un immeuble d’habitation et la création d’un jardin communal dans la partie sud-ouest de la parcelle ainsi que d’une promenade publique dans la partie est de la parcelle. L’état d’abandon du parc est tel que la société estime qu’il faut abattre un tiers des 352 arbres en raison de leur mauvais état.
Le projet est confié aux architectes Simon Epstein (1917-2006), auteur de la résidence de La Bretonnière à la Baule et qui vient d’achever la résidence des Trois-Tours à Massy, et Roger Mosseri[3]. Les intérieurs des halls et rez-de-chaussée ouverts sont dessinés par l'architecte d'intérieur Franck Pilloton (1927-2021) et les décors de ciment émaillé sont l'oeuvre du céramiste Robert Picault (1919-2000). L’architecte-paysagiste et conservateur des jardins de Paris Robert Joffet (1897-1993) est chargé quant à lui de la réalisation des jardins. Le permis de construire est délivré le 22 juin 1966 et les travaux commencent dans la foulée. Le projet, qui prévoit un ensemble de 12 bâtiments, dont certains s’élèvent sur 13 étages, suscite de nombreuses inquiétudes et oppositions et certains riverains saisissent la justice. Dès le début des travaux, la SCI Parc de Béarn propose de construire, à titre provisoire, sur l’emplacement du futur jardin public un immeuble regroupant des appartements témoins de ce que sera la résidence. Le maire, constatant que l’immeuble témoin était construit en matériaux de pérennes et présentait des qualités esthétiques certaines, décida de ne pas le détruire à la fin du chantier, mais que la ville en fasse l’acquisition pour y installer une bibliothèque et un musée abritant la collection donnée par Charles Oulmont[4].
Les travaux de la résidence sont achevés en 1968 et les appartements occupés. Mais le 2 février 1972, le Conseil d’Etat annule le permis de construire pour un vice de forme et les immeubles construits se retrouvent sans existence juridique. Pour régulariser cette situation préjudiciable aux habitants de l’immeuble, un deuxième permis de construire est délivré le 12 février 1973.
[1] Cornu Paul, Le château de Béarn (ancienne Maison de l’Electeur) à Saint-Cloud, 1907, pp.1-12.
[2] Archives nationales, XIA 926, f° 608
[3] Simon Epstein et Roger Mosseri réaliseront ensemble, entre 1969 et 1975, un immeuble de logements et de bureaux pour les établissements des Pompes Guinard au croisement de l’avenue de Fouilleuse et du boulevard Louis Loucheur à Saint-Cloud.
[4] Archives municipales de Saint-Cloud, 23 W 112, Note de la municipalité aux habitants du Parc de Béarn, s.- d.
Conservateur du patrimoine