Dossier d’œuvre architecture IA92000334 | Réalisé par
Le Bas Antoine
Le Bas Antoine

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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  • inventaire topographique
Chapelle Notre-Dame-des-Airs
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Saint-Cloud
  • Commune Saint-Cloud
  • Lieu-dit Val d'Or
  • Adresse 13 avenue Alfred Belmontet
  • Cadastre 1987 AD 10

L’aménagement du quartier des Coteaux dans les dernières années du XIXe siècle et les premières du XXe siècle, et la construction ininterrompue de maisons et villas dans le premier quart du XXe siècle accroissent considérablement la zone urbaine de Saint-Cloud à la veille de la Première Guerre mondiale. C’est donc pour répondre à l’augmentation de la population clodoaldienne et à l’éloignement de ce nouveau quartier de l’église paroissiale qu’une chapelle a été construite dans l’avenue des Coteaux (actuelle avenue Alfred Belmontet), à l’initiative du chanoine Richard, curé de Saint-Cloud. Pour financer le chantier, une Société civile immobilière de Saint-Cloud est créée, afin de recevoir les dons. Le projet est confié à l’architecte clodoaldien Georges Benezech (1882 – 1949) et au sculpteur Jean Tournoux (1853 – 1950) et la première pierre posée le 18 mai 1913[1]. Les travaux semblent avancer relativement rapidement puisque le 20 mai 1914, une grande statue de Notre-Dame des Airs, réalisée par Jean Tournoux, de 3 mètres de haut et pesant 2 tonnes, est installée au sommet du clocher.  Le 24 mai 1914 les paroissiens sont invités à visiter le chantier et peuvent constater que les travaux sont « déjà très avancés »[2]. Les cloches sont bénies le 15 mars 1914 à l’église Saint-Clodoald afin de pouvoir accueillir une foule nombreuse, puis installées dans le clocher de l’église. Afin de trouver les subsides nécessaires, la Société civile immobilière de Saint-Cloud fait vendre des cartes de souscription, découpées en petits carrés vendus 50 centimes de franc chacun, par des volontaires qui gagne ainsi le titre de « glaneuse de Notre-Dame du Val d’Or » et l’inscription de leur nom sur une plaque commémorative[3]. Le chantier est suspendu avec l’entrée en guerre et la mobilisation générale d’août 1914. Les travaux reprennent dès la fin de l’année 1918, mais la Société civile immobilière de Saint-Cloud fait face à des difficultés financières : il manque 120 000 francs pour achever les travaux, alors que les entrepreneurs demandent à être payés[4]. Une nouvelle souscription est alors lancée[5]. On sait que le 9 mars 1919, le dallage et le parquetage des intérieurs de l’église sont posés[6], mais les difficultés d’approvisionnement et d’acheminement des matériaux retarde encore l’achèvement de l’édifice[7]. Pour achever de payer les travaux, une médaille, dessinée par Jean Tournoux et représentant en buste la statue du clocher sur l’avers et l’église au revers, est mise en vente[8]. Le 31 aout 1919, la chapelle est achevée dans ses parties essentielles et ouverte aux fidèles et au public dans le courant du mois de septembre. Elle est bénie et inaugurée par Monseigneur Gibier, évêque de Versailles, le 5 octobre 1919[9].

La chapelle, située à proximité du terrain de l’Aéroclub de France et des exploits aériens qui s’y déroulèrent, entretient un lien particulier avec le monde de l’aviation. A l’origine elle portait le nom de Notre-Dame Auxiliatrice du Val d’Or, lors de la pose de sa première pierre, « Notre-Dame des Airs » étant alors le nom de la statue sommitale de Jean Tournoux. Mais en 1919, c’est sous le vocable de Notre-Dame des Airs qu’elle est consacrée, afin de veiller sur les aviateurs. De l’aveu même de Monseigneur Gibier qui bénit et inaugure l’édifice « cette chapelle, dédiée à Notre-Dame des Airs, consacre le souvenir des plus récentes découvertes scientifiques de l’aviation »[10]. Par ailleurs, la Société civile immobilière de Saint-Cloud, lors de la souscription de 1919, émet des brochures qui visent particulièrement le monde de l’aviation afin de susciter des dons[11].

Le peintre clodoaldien Gaston La Touche avait proposé d’offrir un tableau représentant Notre-Dame des Airs pour le chœur de la chapelle, mais il n’eut le temps de réaliser qu’une esquisse[12] avant que la mort ne le surprenne en 1913. Les vitraux ont, quant à eux, été réalisés par les frères Auguste et Ludovic Alleaume, avec le concours de leur frère Paul, chef d’atelier de l’entreprise familiale, entre 1925 et 1929. Il semblerait que les dessins de Ludovic aient servi à Auguste pour faire les cartons des vitraux. La verrière Promesse de Rédemption, datant de 1925, a valu à Auguste et Ludovic Alleaume un diplôme d’honneur à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels moderne de la même année, ainsi qu’une médaille d’argent à Paul Alleaume[13]. Les maquettes et cartons des vitraux de Notre-Dame des Airs sont également exposés à la section des arts appliqués du Salon des artistes français de 1929[14]. Enfin, la statue sommitale de Notre-Dame des Airs, réalisée par Jean Tournoux en 1914 est détruite par la foudre le 15 juin 1951. Elle est remplacée par une statue en bronze de Pierre Meauzé (1913 – 1978), posée le 1er mai 1954[15].

La chapelle Notre-Dame des Airs est cédée par la Société civile immobilière de Saint-Cloud à la ville de Saint-Cloud le 11 février 1917[16], qui en est toujours propriétaire.

[1] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1163, 12 octobre 1919, n. p.

[2] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 883, 31 mai 1914, n. p.

[3] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 882, 24 mai 1914, n. p.

[4] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1123, 5 janvier 1919 et n° 1131, 2 mars 1919, n. p.

[5] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1148, 29 juin 1919, n. p.

[6] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1132, 9 mars 1919, n. p.

[7] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1140, 4 mai 1919, n. p.

[8] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1162, 5 octobre 1919, n. p.

[9] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1163, 12 octobre 1919, n. p.

[10] Ibid.

[11] Bulletin paroissial de Saint-Cloud, n° 1148, 29 juin 1919, n. p.

[12] Cette esquisse est conservée aujourd’hui à Saint-Cloud, au musée des Avelines. Notre-Dame des Airs, huile sur toile, 83 x 88 cm, inv. P 988.1.10.

[13] L’Avenir de la Mayenne, 21 février 1926, Laval, p. 2.

[14] Société Saint-Jean pour l’encouragement de l’art chrétien, Notes d’art et d’archéologie, août 1929, p.48.

[15] LE BAIL Emmanuelle (dir.), EVENO Anaïs, Du côté de Saint-Cloud : ville princière, royale et impériale, 2017, p.140.

[16] Archives municipales de Saint-Cloud, 2L 3, Extrait du registre des délibérations du conseil municipal, séance du 11 février 1917.

La chapelle Notre-Dame des Airs est située sur les hauteurs du quartier des Coteaux. Implanté sur une parcelle en forte pente, l’édifice orienté vers l’ouest prend appui sur un soubassement pour racheter la déclivité du terrain. Edifié en pierre calcaire, il se compose d’un corps de bâtiment longitudinal, flanqué à l’est d’un massif oriental et d’un chevet à abside à l’ouest. Une sacristie à abside est accotée au chœur du côté nord. La façade orientale prend la forme d’un mur-pignon sur lequel est adossé un auvent. Le mur-de-refend transversal séparant le narthex et la nef est terminé par un pignon apparent, surmonté d’un clocher-mur percé de deux baies et couronné par une statue de Notre-Dame des Airs en bronze. Sur les flancs, chaque travée est matérialisée par un pignon. L’ensemble de l’édifice est couvert par un toit à longs-pans de tuiles plates qui s’achève en croupe ronde au-dessus de l’abside.

Le portail d’entrée est accessible par un degré couvert d’un auvent à charpente apparente supporté par de grosses piles carrées. Il est surmonté d’un arc en plein-cintre retombant sur d’épaisses et courtes colonnettes engagées, dans lequel prend place un tympan sculpté. A l’intérieur, le vaisseau unique est précédé d’un narthex aménagé dans le massif occidental, flanqué d’une chapelle des fonts baptismaux à gauche et à droite d’un escalier desservant une tribune axiale. La nef, longue de trois travées, est éclairée de de chaque côté par trois baies en arcs brisés. La nef est couverte d’une charpente apparente à fermettes et jambes de force courbes, reposant sur des corbeaux. L’entrée du chœur est marquée par un arc triomphal en plein-cintre. Le chœur surélevé est vouté en cul-de-four et est éclairé de chaque côté par trois petites baies, séparées par d’épaisses colonnettes engagées. La baie centrale du côté droit est à l’aplomb d’un lavabo. Le sol de la nef est parqueté, à l’exception d’une allée centrale et de deux allées latérales, couvertes, comme le narthex, de carreaux de grès cérame à motifs héraldiques.

Le soubassement est composé d’une grande pièce, servant aujourd’hui de bibliothèque, à l’aplomb de l’église, et est précédé d’une autre pièce hors-œuvre, sous le parvis, et débouchant sur la rue par une porte, percée dans le mur de soutènement, accostée de deux fenêtres dont elle est séparée par deux montants, l’ensemble étant couvert d’un arc segmentaire.

Le décor sculpté de la chapelle est l’œuvre de Jean Tournoux. La clé de l’arc segmentaire du soubassement représente le visage de Dieu le Père sous les traits d’un vieil homme au nimbe rayonnant. Le tympan du portail d’entrée représente, quant à lui, un Christ bénissant en buste, accosté de deux anges en adoration. Le rouleau de l’arc en plein-cintre reçoit un décor abstrait de lignes stylisées dans lesquelles s’intègrent des fleurs et des éléments de feuillage. La corbeille des chapiteaux des colonnettes engagées qui soutiennent les retombées de l’arc est ornée de palmettes. Par ailleurs, le clocher-mur reçoit un important programme sculpté en bas-relief. Du côté de la façade principale, le trumeau entre les baies est occupé par un ange en prière à l’aplomb duquel sont taillés en réserve les premiers mots du Pater : « Notre Père / qui êtes aux Cieux / que votre nom / soit sanctifié ». Les arcs des baies accueillant les cloches sont ornés à leur clé de masques, tandis qu’au centre du pignon, une croix cannelée et rayonnante est pourvue en son centre d’un œil inscrit dans un triangle. Au sommet du pignon, un écu frappé du monogramme de la Vierge soutient la base de la statue sommitale de Notre-Dame des Airs. Au revers du clocher-mur, on trouve en pendant du monogramme MA les armes de la ville de Saint-Cloud. Les arcs des baies sont également ornés de masque, dont l’un porte un casque à tête de coq. Une composition en bas-relief se déploie sur le pignon et sur le trumeau du clocher, représentant la tentation d’Eve au jardin d’Eden. Dans la largeur du clocher-mur, des consoles ornées de masques diaboliques supporte les rampants du pignon.

Les six verrières qui éclairent la nef, réalisés par les frères Auguste et Ludovic Alleaume entre 1925 et 1929, composent un cycle intégrant les épisodes de la vie de la Vierge Marie dans l’histoire du Salut. C’est la raison pour laquelle la première verrière ne représente pas une scène de la vie de Marie, mais la « Promesse de Rédemption » : à la suite du péché originel, Dieu dévoile à Adam et Eve que leur salut viendra de la Vierge, nouvelle Eve. Suivent ensuite des verrières consacrées à l’Annonciation, à la Nativité et à l’annonce aux bergers, au repos de la Sainte Famille lors de l’exil en Egypte, à l’éducation du Christ à Nazareth et à l’Assomption de la Vierge. Toutes ces verrières manifestent un lien évident avec l’élément aérien, en lien avec le vocable de la chapelle, notamment par la présence importante des anges dans chacune des compositions. Par la virtuosité de leur dessin et la vivacité de la palette chromatique, ces verrières témoigne de l’influence du style « art nouveau » sur l’œuvre d’Auguste Alleaume et de ses frères.

  • Murs
    • calcaire moyen appareil
    • pierre de taille
  • Toits
    tuile plate
  • Plans
    plan allongé
  • Étages
    étage de soubassement, en rez-de-chaussée
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • pignon découvert
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Techniques
    • sculpture
    • menuiserie
    • vitrail
  • Statut de la propriété
    propriété publique

Documents d'archives

  • Archives municipales de Saint-Cloud, 2L 3, extrait du registre des délibérations du conseil municipal, 11 février 1917.

    Archives municipales, Saint-Cloud : 2L 3

Bibliographie

  • LE BAIL Emmanuelle (dir.), EVENO Anaïs, Du côté de Saint-Cloud : ville princière, royale et impériale, Saint-Cloud, 2017.

Périodiques

  • Bulletin paroissial de Saint-Cloud, Saint-Cloud, n. p., disponible sur : <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb42749410c/date.item>

Date(s) d'enquête : 1995; Date(s) de rédaction : 1996, 2024
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Le Bas Antoine
Le Bas Antoine

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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