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résidence d'étudiants dite Maison de Monaco

Dossier IA75000040 réalisé en 2012

Fiche

Précision dénominationrésidence d'étudiants
Destinationsarchitecture scolaire
Dénominationscité universitaire
Aire d'étude et cantonCité internationale universitaire de Paris (CIUP)
AdresseCommune : Paris 14e arrondissement
Adresse : 47 A boulevard Jourdan

La genèse du projet : une difficile conciliation des préoccupations particulières des princes de Monaco, Pierre de Polignac et Louis II, avec les intérêts généraux de la Cité

C'est en 1927 que, sur l'initiative du prince Pierre de Monaco, la principauté envisage de contribuer au développement de la Cité universitaire. Dans le courant du mois d’avril André Honnorat conseille au prince, qui « a promis de souscrire un million dont l’affectation n’est pas encore spécifiée », d’affecter cette somme à la construction d'un immeuble destiné aux étudiants faisant des études de sciences pures ou de sciences appliquées – plutôt qu’à celle d’un petit pavillon, dont les frais généraux, en-dessous de 60 chambres, rendent l’exploitation trop onéreuse - ou même à la création du grand restaurant de la Cité universitaire, à laquelle « le prince aurait aimé s'intéresser efficacement ». Les étudiants monégasques, en nombre déterminé, seraient, d'après ce projet, logés par priorité dans cet immeuble.

Mais le prince n’approuve pas cette suggestion : il lui semble difficile de spécialiser ainsi les études des jeunes monégasques, dont « la plupart se consacreront à la médecine, aux beaux-arts et aux lettres » ; il lui paraît aussi contraire à leur intérêt de les disperser dans diverses maisons : il est essentiel qu'ils soient réunis, que « leur cohésion soit complète et fraternelle ». De son côté, il a fait étudier par un architecte les plans d’une fondation monégasque pouvant recevoir, selon les ressources disponibles, de 18 à 30 étudiants, fondation qui pourrait être adossée à un autre bâtiment de façon à diminuer l'étendue du terrain et « à simplifier les installations d'eau et de chauffage, etc. » : la conception d'une maison monégasque autonome est en effet celle qui répond le mieux aux desiderata du prince et des souscripteurs qu’il a regroupés. Le prince y affecterait 60% des fonds recueillis (par prélèvement sur sa cassette personnelle ou par souscription) ; les 40 % restants seraient versés comme contribution gracieuse à la fondation de la Maison des Sciences (probablement pour la création d'une douzaine de chambres environ). Mais la Fondation nationale persiste à penser qu’un tel projet se heurtera à de multiples difficultés : d’abord, une résidence si petite doit impérativement être conjuguée avec un autre d'égale importance. Ensuite, même dans cette hypothèse, les deux fondations (moins de 75 chambres au total) auraient à faire face à un déficit d'exploitation considérable. Une solution de ce type est cependant proposée par la Fondation, consistant à faire une fondation au profit des étudiants monégasques et originaires des Alpes maritimes et des départements constituant le ressort de l'Académie d'Aix ; un tel bâtiment, de 75 chambres, aurait l’avantage de relever d’une seule autorité et non d’une double direction comme dans le cas d’une fondation commune à deux pays étrangers. La réponse du prince, transmise par son conseiller L.-H. Labande le 12 mai 1927, est à nouveau négative : le point qui lui tient le plus à cœur est « l'autonomie de la fondation particulière aux étudiants monégasques. Il tient en effet à affirmer l'indépendance de la Principauté vis-à-vis du département voisin : c'est un de ses plus chers désirs et celui qu'ont exprimé plusieurs donateurs qui se joignent à lui en cette circonstance ». Le prince accepte cependant que la maison à créer, tout en restant autonome, soit accolée à un autre édifice de façon à partager avec lui les frais généraux. Le 13 juin 1927, il indique ainsi qu’il ne voit pas d’obstacle à une association avec la Colombie et le Venezuela, comme vient de le proposer la Fondation nationale, sous réserve que sa fondation « ait, elle aussi, pignon sur rue » et qu’elle soit réalisée par un architecte monégasque. La Colombie et le Venezuela viennent de voter respectivement une contribution de 750 000 et d’un million de francs. Celle du prince s’élevant à 1, 5 m, le total atteindrait 4, 5 millions, d’où la possibilité de construire un bâtiment d'au moins 80 chambres, facile à exploiter. L’architecte aurait uniquement à prévoir 3 entrées et 3 salles distinctes pour affirmer l'autonomie de chaque fondation, qui seraient réunies dans un comité de gestion commun. En septembre, Labande propose d’envoyer à Paris des plans provisoires établis pour cette fondation américano-monégasque, le centre étant occupé par Monaco et les deux ailes par le Venezuela et la Colombie.

Une autre solution est envisagée par la Fondation nationale, au cas où cette combinaison ne pourrait pas aboutir : certains pays qui n’ont pas la possibilité de construire des fondations autonomes souhaitent participer à la Cité par des souscriptions de chambres, et rien n'empêcherait de faire de la fondation projetée par le prince le point de départ d'une réalisation de ce genre. Mais le prince ne souscrit pas à cette idée et réaffirme qu’« il tient essentiellement à avoir un pavillon monégasque bien distinct de toutes les autres », « à donner à la fondation un caractère national et à sauvegarder son autonomie administrative », étant entendu qu’il s’agirait bien d’une création de l'Etat monégasque et non d’une fondation particulière aux princes.

Le projet évolue en octobre 1927 : faute de recevoir le moindre écho des ouvertures faites à Caracas comme à Bogota et ayant à entreprendre elle-même la construction d’un bâtiment grâce à la donation de deux Alsaciens, la Fondation nationale propose au prince de construire lui-même une des ailes de ce bâtiment et d'y installer sa fondation. Toujours pour éviter que celle-ci ne devienne trop onéreuse à construire et à exploiter, et sans en compromettre l’autonomie, il s’agirait donc maintenant pour Monaco de coopérer avec une fondation française.

Le 24 février 1928, le prince accepte que cette formule serve de base de discussion. Il souhaite simplement insérer quelques modifications au projet de traité qui vient de lui être soumis (la fondation serait faite au profit des étudiants de nationalité monégasque ou des étudiants de nationalités diverses (et non pas seulement française) dont les parents sont domiciliés dans la principauté ; elle comporterait 30 chambres au lieu de 25). Le prince s’inquiète aussi de la qualité du terrain qui serait mis à sa disposition, « car de l'état du sol et sous-sol dépend en grande partie le montant de la dépense à prévoir ». La Fondation nationale, en acceptant les modifications demandées, fait savoir que le sol, de mauvaise qualité, exigera des fondations importantes. « C'est même pour ce motif qu’[elle ne cesse] de soutenir que la construction d'un petit immeuble est exceptionnellement onéreuse ». Elle ajoute que les plans devront faire l’objet d’un d’accord entre l’architecte de la Principauté et le sien, de façon à maintenir une certaine harmonie entre les deux bâtiments et à pouvoir confier les travaux au même entrepreneur.

Le 30 mars 1928, André Honnorat peut écrire au conseiller Labande qu’il est « heureux de savoir aujourd’hui que nous sommes complètement d'accord ». Il ajoute qu’il a « été saisi d'un projet de fondation de Boghos Nubar dont il compte profiter pour aboutir rapidement à une solution ». Dans le futur bâtiment, le corps central serait édifié par la Fondation nationale et les deux ailes affectées aux fondations monégasque et arménienne. Mais cette offre, présentée de vive voix par Honnorat lors d’un voyage à Monaco, déplait au prince qui «préfèrerait en attendre une autre ». « Il lui est peu agréable en effet de placer la fondation de Monaco en pendant avec celle d'une nation morte ; [si pourtant ] il se décidait à accepter la combinaison en question, à Monaco même on ne comprendrait pas ; le sentiment public, qu'on a eu le loisir de tâter depuis le passage [d’André Honnorat], serait franchement hostile ». Le prince préfèrerait revenir à la 1ère hypothèse, c’est-à-dire le regroupement, le long d'une rue (comme par exemple à la Fondation Deutsch de la Meurthe) de plusieurs bâtiments construits par des nations différentes, possédant chacun son administration propre tout en partageant les frais généraux.

La Fondation nationale cherche alors d’autres concours susceptibles d’être acceptés par le prince : celui du Venezuela, toujours prêt à s’associer avec la Colombie – mais Bogota ayant décidé de faire une fondation autonome de 100 chambres, la combinaison devient irréalisable, et les réponses des deux gouvernements «tardent d’ailleurs à arriver, malgré le terme de délai fixé » ; celui de la Suède – mais la lettre adressée le 22 juin à Monaco pour suggérer cette combinaison « est demeurée sans réponse » ; enfin celui du Danemark - le principe d’une telle jonction est approuvé par le prince, mais du côté danois « le projet entrevu se heurte à des difficultés qui paraissent insurmontables » (23 novembre 1928). Face à ce nouveau contretemps qui éloigne la réalisation d’un projet qui lui tient à cœur, le prince accepte finalement l’idée d’un jumelage avec le pavillon arménien. Entre temps, la Fondation nationale a renoncé à construire son immeuble de 200 chambres sur l’emplacement initialement prévu (car trop petit) et lui a affecté une parcelle du bastion 81, au droit de l’allée perpendiculaire au boulevard Jourdan, avec un large développement sur le parc de la Cité. Dans cet îlot, le pavillon monégasque serait situé à gauche, le pavillon arménien devant très probablement se placer sur la droite contre la fondation de l'Indochine. Il conserverait son autonomie et aurait une direction et un personnel distincts, du moins si le prince le désirait. Celui-ci, soucieux d'insérer, dans le prochain appel en faveur de la Fondation de Monaco, un plan aussi complet que possible de la Cité universitaire, fait porter sur ce plan le futur pavillon. Le 25 juillet 1929, son secrétaire particulier M. Noghès apprend à André Honnorat que « SAS a pris connaissance du projet de contrat établi » par la Fondation nationale avec une grande satisfaction. Quatre jours plus tard, la Fondation indique au comte Henri de Maleville, ministre plénipotentiaire de Monaco à Paris que « le texte arrêté d'un commun accord entre [elle] et SAS a été transmis au recteur. Une ordonnance du prince Louis II vient sanctionner cet accord le 9 août 1929. L’acte de donation est signé par l’ambassadeur le 20 août 1929. Selon les termes de cet acte, le gouvernement princier s'engage à édifier, dans un délai de trois ans, un bâtiment d'au moins 50 chambres et fait donation d'une somme de 350 000 francs, destinée à en assurer l'entretien et l'exploitation. Il s'engage en outre « à faire établir les plans en harmonie avec les dispositions adoptées par la Fondation nationale et par la fondation Marie Nubar, pour la construction de leurs propres immeubles, de façon qu'un passage à couvert permette de communiquer entre ces immeubles au point indiqué sur le plan ». L'Université devra mettre à la disposition de la principauté un terrain d'une contenance d'environ 940 m2 sur l'emplacement de l'ancien bastion 81. Ladite fondation sera affectée au logement des étudiants monégasques, ou domiciliés à Monaco, ou fils d’agents ou d’anciens agents des services publics de la principauté. Trente chambres seront réservées à ces étudiants. Ce nombre sera porté à 50 par une contribution de la Fondation nationale, en faveur d’étudiants de nationalité française, estimée à 1 million de francs. Le décret approbatif du président de la République est signé 11 mars 1930 et par arrêté du 27 mars le recteur Charléty attribue au gouvernement princier un terrain de 1 140 m2.

Le 30 décembre 1929, l’architecte Julien Médecin fait parvenir à Paris le projet définitif, qui a reçu l’approbation princière. Ce projet intègre les modifications de détail demandées par Bechmann après examen du 1er projet remis courant août. Le 21 janvier 1930 cependant d’autres remarques de l’architecte-conseil sont communiquées à J. Médecin : le service de petit déjeuner est inutile, tout comme la chaudière, étant donné la liaison du bâtiment avec celui des Provinces de France pourvu à ce double égard d’installations importantes ; la salle d'attente, superflue vu l’importance du vestibule, est à transformer en vestiaire ou à mettre à la disposition du secrétariat ; les fondations n’étant pas « autorisées à recevoir des modèles », les 2 ateliers de sculpteurs prévus à l'extrémité de la salle de réunion et les 4 grandes chambres-ateliers du 4e étage doivent être remplacées, les premiers, par des studios utilisés comme salles de travail, et les autres affectées à des jeunes gens faisant des études musicales ou d’architecture ou à des professeurs de passage à Paris. Quant au projet de façade, rien ne semble à reprendre. « Du moment que le volume du bâtiment s'équilibre avec le volume de la fondation arménienne, l'essentiel pour [la Fondation nationale] est acquis ». Médecin peut déposer la demande de permis de construire qui parvient le 31 mars 1930 à la préfecture de la Seine.

Sur l’initiative du prince Louis II, un comité est créé le 10 novembre suivant. Il est chargé de la gestion des fonds recueillis par souscription publique et a qualité pour traiter avec la Fondation nationale. Celle-ci cherche alors à «rassurer le gouvernement monégasque qui craint les charges annuelles que lui vaudra la fondation » : la crise de 1929 a en effet un impact considérable sur les finances de la principauté en faisant chuter les apports du tourisme. La gestion de la maison serait assumée directement par la Cité universitaire (qui assume aussi celle de la maison arménienne). En contrepartie, « la place prévue dans les plans pour l'accessoire, c’est-à-dire pour les salons de réception, les studios, etc, [serait] diminuée et le nombre des chambres [serait] augmenté ». En février 1931 un avenant est apporté au contrat initial pour traduire cet accord : la Fondation monégasque comprendra 60 à 62 chambres, 4 chambres de domestiques, une salle de réunion, un logement de concierge. La principauté utilisera 30 chambres, le reste sera à la disposition de la Cité. L'administration du bâtiment sera assurée par la direction de la Cité universitaire.

Deux mois plus tard (début avril 1931), Julien Médecin fait parvenir à la Fondation nationale ses nouveaux plans qui « confirment [celle-ci] dans ses appréhensions ». « Le travail de Médecin n'a pas consisté à modifier les aménagements intérieurs de son premier projet, mais à faire un projet entièrement nouveau ». Le bâtiment n’a plus que trois étages au lieu de quatre et sa longueur est réduite. « Il est donc bien certain que le but poursuivi est de réaliser des économies sur les frais de construction et de premier établissement ». Mais l’architecte rend ces appréhensions sans objet en indiquant à Honnorat le 1er mars 1932 qu’il a « modifié les plans dans le sens indiqué par Bechmann dans sa lettre du 18 février 1931 », c’est-à-dire en augmentant le nombre des chambres d’étudiants et en sacrifiant les réceptions, comprises dans la Maison des Provinces de France. Le nombre des chambres, par suite de ces suppressions, serait de 81 et le volume du bâtiment serait identique à celui de la Fondation Marie Nubar.

Au début de 1932, la Fondation nationale se heurte toujours aux mêmes difficultés lorsqu’il s’agit de faire exécuter l’acte signé le 20 août 1929. Bien que ses offres aient été agréées par le prince, elle n’a pas été officiellement avisée de cette décision, et malgré des demandes répétées à Paul Desachy, son interlocuteur au sein du comité, pour connaître les intentions du gouvernement princier, « jamais [elle n’a] pu obtenir de lui une réponse ». Les négociations semblent toutefois s’accélérer, puisque le 15 mars l’ambassadeur Maleville écrit à Honnorat que « le comité de la Fondation de Monaco à la Cité universitaire, dans sa séance du 12 février 1932 (approuvée par SAS le 1er mars) a décidé de prendre en considération les propositions contenues dans votre lettre du 4 janvier en les complétant par quelques précisions » qu’il s’empresse de lui communiquer. Dès signature du nouvel accord, le comité remettra à la Fondation nationale tous les fonds provenant des souscriptions recueillies ou à recueillir. Ceux-ci s’élèvent, au 31 décembre 1931, à un total de 1 691 294 francs – non comprise la souscription du prince Pierre d’un montant de 50 000 F. Bien que « ces chiffres ne correspondent pas à ceux qui avaient été indiqués » et que le nombre des chambres réservées aux étudiants monégasques – 25 – [ne soit] en proportion ni du capital versé ni des obligations assumées par la Fondation nationale », celle-ci se réjouit de parvenir enfin à la conclusion de l’affaire. De son côté, elle emploiera les fonds de l’outillage national (destinés à combatte le chômage) à la partie des travaux qui restera à sa charge.

La Fondation nationale prépare l'acte qui devra être substitué à celui du 20 août 1929, mais le gouvernement princier souhaite y insérer une disposition à laquelle la Fondation ne peut consentir : il s’agirait d’admettre des jeunes gens des deux sexes dans le contingent de chambres réservé à Monaco - ce qui lui paraît impossible faute de pouvoir séparer les locaux des étudiants de ceux affectés aux jeunes filles dans un bâtiment de dimensions aussi réduites. Pour répondre aux préoccupations de la principauté, elle propose toutefois d’accueillir en compensation un certain nombre d'étudiantes monégasques dans l’immeuble qu'elle envisage de faire construire au profit des étudiantes françaises ou, autre solution, d'affecter provisoirement la totalité des chambres de la future fondation à des étudiantes, quitte pour elle à recevoir les étudiants de Monaco dans ses autres fondations. C’est cette dernière solution qui est adoptée par le comité, comme l’indique l’ambassadeur dans son courrier du 10 juin 1932. Le 13 juin, la Fondation nationale peut adresser au recteur Charléty une copie du nouvel acte qui est signé le 19 juillet 1932 : l’ambassadeur fait donation d'une somme de 1 676 294 francs auxquels la Fondation ajoutera environ 2 millions pour construire, en annexe aux Provinces de France, une fondation de 60 chambres minimum avec affectation prioritaire de 25 chambres au logement d'étudiants de nationalité monégasque, et dont elle assurera elle-même la gestion. 225 000 francs seront affectés à la constitution d'un fonds de réserve et 125 000 à celle d'un fonds de roulement. Un décret d'acceptation présidentiel du 19 novembre 1932 abroge celui du 11 mars 1930. Aux 1, 6 millions recueillis à Monaco doivent s’ajouter les souscriptions du prince Pierre et de la princesse Charlotte (celle de la princesse étant subordonnée à celle du prince), qui peinent à s’acquitter de leurs engagements : en mai 1936 ils ont versé chacun 15 000 francs (et restent devoir chacun 35 000 F).

La construction

Après la signature de l’accord, les principaux échanges de correspondance ont lieu avec l’architecte. Celui-ci se voit imposer des contraintes issues de l’association de plusieurs bâtiments (Arménie, Cuba, Grèce et Monaco) encadrant les Provinces de France. Le 10 janvier 1933, Julien Médecin présente le nouveau projet de Fondation monégasque. Il comporte une « façade décorative, objet de toute [son] étude ». « La diversité d’interprétation des bâtiments construits à la Cité [l’ont] conduit directement à cette façade, qui représente la vraie maison de la Riviera française, inspirée des rares exemples qui existent encore de nos jours sur la côte. C’eut été une représentation plus nette de la région ». Cette étude ne convient pas en effet à la Fondation nationale qui préfère un projet de façade appareillée, notamment pour des raisons de solidité (réfutées par l’architecte, le décorateur ayant garanti la stabilité des matériaux employés : ciment coloré et décoration prise dans ce ciment). Outre un gabarit identique à celui des maisons de Cuba et d’Arménie, le pavillon, selon Bechmann et la Fondation, doit adopter, comme elles, la pierre de taille en façade. Médecin supprime donc la décoration murale et remet le 24 janvier une nouvelle série de plans présentant les façades dans leur appareillage définitif. Sur une ossature en béton armé, les murs sont prévus « exécutés en pierre de toute épaisseur ». Le projet permet d'avoir 79 chambres d'étudiantes et 6 chambres de personnel, dont le prix de revient dépasse la valeur habituelle (58 268 au lieu de 50 000 F par chambre) : le bâtiment étant affecté à des étudiantes, il a fallu prévoir la création d'une salle spéciale pour les petits déjeuners du matin, avec office, salle qui aurait pu être évitée s'il s'était agi de loger des étudiants (fréquentant les Provinces de France). D’autre part, à la demande de la Fondation nationale, le rez-de-chaussée a été affecté en totalité à la réception, la loge, la salle de jeux et la bibliothèque. Devant la lourdeur de la charge - ses ressources ne dépassent pas 2 826 000 F environ provenant pour 1 326 290 F de la donation de la principauté (déduction faite des fonds de réserve et de roulement) et pour 1 500 000 F de la loi sur l'outillage national -, la Fondation nationale demande à l’architecte de procéder à une révision des devis pour essayer de comprimer la dépense. Celui-ci maintient cependant un dépassement de crédit résultant d’une modification, selon lui nécessaire, dans la décoration de la façade (15 octobre 1933). A la suite du désir constant de la Fondation nationale d'utiliser au maximum les volumes en chambres d'étudiants, Médecin a pu gagner un étage supplémentaire de chambres en tirant parti du sous-sol, dépourvu des services généraux habituels (qui se trouvent dans celui des Provinces de France) : « La conception du projet fut changée du tout au tout et d'un étage secondaire, il fallut exprimer le plus noblement possible en façade, un étage de réception, puisqu'il contient la bibliothèque, les salles de jeux et la salle des petits déjeuner, quoiqu'il soit en contrebas du sol des allées latérales ». Constatant que cet étage de réception ne s'affirmait pas en façade avec netteté, l’architecte y ajoute des consoles et « divers motifs décoratifs aux fenêtres du 1er étage » permettant d’atteindre le but poursuivi, c’est-à-dire une monumentalisation de la partie basse. Pour combattre les effets de l’humidité, il fait aménager aussi un caniveau extérieur au pourtour du bâtiment. Le 2 décembre 1933, la Fondation nationale exprime sa surprise « qu'à si peu de distance de l'approbation des plans et presqu'au début de l'exécution, des travaux supplémentaires aient paru [à l’architecte] à ce point nécessaires » qu’il ait pris « la responsabilité de les commander d'urgence et sans lui en avoir référé ». L’importance des consoles lui paraît de nature à nuire au bon éclairage des pièces du sous-sol, les motifs décoratifs en corniche du 5e étage sont superflus, et le coût des motifs prévus aux baies du 1er étage sur entresol excessif. Elle lui demande donc de procéder à une nouvelle étude pour réduire la dépense – ce que Médecin obtient par une simplification des motifs des fenêtres du 1er étage, « étage noble de la composition de la façade » (2 mars 1934). Le marché des travaux de terrassement, maçonnerie et canalisations, d’un montant de 1 787 000 F, est attribué à Charles Certoux (19 boulevard de Grenelle) le 21 juin 1933.

A partir du 15 janvier 1934, un rapport bi-mensuel établi par ses soins permet de suivre la marche des travaux. Le 6 juillet, la pose de la pierre de façade est terminée et les planchers sont entièrement coulés. « Le charpentier est à pied d'œuvre depuis le 20 juin pour mener à bien la couverture ». Plusieurs artistes (Baudry, Parrain, Boucher, Max Barneaud, François Mourgues) prennent part au concours institué en janvier 1935 pour l’exécution de la sculpture sur pierre de la façade (trois panneaux supérieurs, d’une surface totale de 53 m2). Le motif, dessiné par Julien Médecin, est simplifié par la Fondation nationale (par suppression des personnages), toujours dans un but d’économie. Le marché est attribué à Jean Boucher le 30 juillet 1935. Au fronton de la porte d’entrée, l'écusson de la principauté (dont l’importance est également diminuée par la Fondation nationale) est exécuté par Léon Georges Baudry (marché de juillet 1935).

La réception provisoire des travaux a lieu le 8 septembre 1936. Entre temps, diverses modifications ont été apportées aux étages supérieurs (déplacement de l'escalier desservant les chambres du personnel, réduction d’un couloir et de la cage d’escalier au 5e et au 6e) qui permettent d’obtenir 80 chambres d'étudiants au lieu de 79 et 7 chambres pour le personnel (au lieu de 6). Des sanitaires sont aménagés à tous les étages. Le changement principal a trait à l’affectation du bâtiment, qui n’est plus réservé aux étudiantes par décision de la fin 1934 ; les avenants passés avec la maison Stives, pour la fourniture d'eau chaude, dans chacune des chambres, sont donc annulés ; au rez-de-chaussée, la salle des petits déjeuners est donc transformée en bibliothèque et la lingerie prévue au sous-sol n’est pas installée.

Le bâtiment est inauguré le 27 mai 1937 par Albert Lebrun, président de la République, en présence du prince Louis II. L'exploitation commence au mois de juin et la vie normale de la fondation débute à la rentrée d'octobre. Au 15 novembre, elle est pratiquement au complet, les résidents se répartissant par nationalités en : 68 Français, 1 Bulgare, 1 Brésilien, 1 Chinois, 1 Equatorien, 2 Hongrois, 3 Yougoslave…. En 1938 et 1939, les Monégasques sont au nombre de 3.

Le jardin

L’aménagement du jardin, sur un plan dressé par la Conservation des promenades de Paris (mars 1936) est « réalisé d’une façon aussi simple que possible » : à l’est et au sud du bâtiment, un talus simplement gazonné ; entre la fondation et celle des Provinces de France, des bandes de pelouse plantés d’arbustes aux angles, avec au sud, un carré de rosiers (inutile selon Honnorat, car n’ayant pas de contrepartie du côté de l’Arménie), plantes choisies parce que « durables et évitant la dépense de fleurs à remplacer tous les ans ».

De la seconde guerre mondiale à nos jours

La fondation ferme en juin 1939, peu avant la guerre, après deux années seulement de fonctionnement. Elle rouvre ses portes le 15 novembre 1945 après avoir servi d'hôpital aux Allemands puis aux Américains. Elle fait partie des fondations qui ont le moins souffert de l'occupation allemande. Ses seuls dommages consistent en dégâts ou en pertes d'objets mobiliers.

Le 4 avril 1948, Julien Médecin dresse un devis pour le rééquipement partiel du mobilier : malgré les nombreuses réparations effectuées depuis l'évacuation des troupes, une grande partie des chambres est dans un état de détérioration très accusé. Il a, durant l'année 1946-1947, présenté une maquette type, qui pourrait être adoptée pour un certain nombre de chambres ; cette maquette a été agréée par les directeurs des pavillons et une chambre type, composé de meubles massifs, en bois dur, vient d'être réalisée au n° 1 de la fondation. Un certain nombre de chambres encore en bon état pourront servir à en rééquiper d'autres avec les meubles qui seront évacués des chambres nouvellement installées. Le gouvernement princier a promis son concours financier : une somme de 2, 25 m sera consacrée d'une part aux travaux de réfection, d'autre part, à l'achat des éléments de mobilier devant compléter l'ameublement des 25 chambres affectées à des étudiants monégasques. Mais depuis octobre 1947, date de l'établissement du devis, l'augmentation incessante des prix ne permet plus de réaliser ce programme. Un nouveau projet, établi par Médecin, prévoit l'acquisition d’un mobilier pour 10 chambres, la remise en état de celui de 68 chambres et un complément de mobilier pour le grand salon (où ont été installées les chaises et tables de style provençal de la Maison des Province de France). La commande est passée à JH. Bouchon, 7, rue de l'Orient, 18e, qui livre 10 chambres exécutées selon le modèle n° 1 le 28 février 1949 ainsi que du mobilier pour le grand salon, et remet également 36 chambres en état. A la suite de la visite du prince Rainier III, le 3 mai 1950, 200 000 fr sont alloués à l'installation, au rez-de-chaussée, d'un réfectoire pour les petits déjeuners et d'un brûleur à gaz dans chacun des offices des étages.

Ainsi depuis son ouverture, la Maison qui compte alors74 chambres, 4 grands studios et deux appartements de fonction, n’a fait l'objet d’aucuns travaux importants de maintenance et de rénovation. Une remise en état générale est donc envisagée en 1978. Le programme comprend la mise en conformité de l'installation électrique, la réfection des peintures extérieures et intérieures, et le remplacement partiel du mobilier des chambres. Il est rendu possible grâce à un double crédit du Secrétariat français aux universités (1 500 000 fr) et du gouvernement princier qui prend à sa charge le renouvellement du mobilier, soit 200 000 fr.

En 1987, une étude concernant de nouvelles améliorations est lancée par le gouvernement princier (création d'une cuisinette commune – ce qui entraînerait la suppression d'une chambre aux 2e et 4e étages- rénovation des installations électriques et téléphoniques, avec postes individuels dans les chambres). Ce surcroît de confort avait déjà été demandée en 1982 lors de la transformation de la fondation en maison d'accueil pour 57 stagiaires et 25 résidents-étudiants, "clientèle" acquittant des redevances plus élevées que les simples étudiants. En 2002 une nouvelle rénovation est entreprise par les architectes Michel Mazuet, Alain Fournier et Thomas Longin.

Statut de la fondation

A l’origine, la Maison de Monaco est une fondation « rattachée » dont la gestion est assurée par la Fondation nationale conjointement avec celle de la Maison des Provinces de France. En 1961, en vue d'assurer une plus grande autonomie culturelle, morale et internationale à sa direction, l'administration matérielle de la Fondation (économat, secrétariat, personnel d'entretien) qui était depuis 25 années commune avec celle des Provinces de France, en est séparée. La maison possède dès lors un secrétariat et un service technique et comptable qui lui sont propres. Cette évolution vers l’autonomie est couronnée quelques années plus tard par la création d’un Conseil intérieur dont la composition et les attributions sont fixées par arrêté du 4 février 1964.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle , daté par source
Dates1937, daté par source
Auteur(s)Auteur : Médecin Julien
Julien Médecin (1894 - 1986

Architecte monégasque diplômé de l'école des Beaux-Arts de Paris. Il obtient la médaille de bronze au concours d'art olympique de Paris en 1924 pour un projet de stade sur le terre plein de Fontvieille. La même année, il réalise le pavillon de Monaco à l'Exposition universelle des Arts décoratifs de Paris. En 1937, il réalise la maison de Monaco à la Cité Internationale universitaire de Paris.


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architecte attribution par source

La Maison de Monaco comporte six étages (le 4e et le 5e sont partiels). Le bâtiment ne devant pas dépasser une hauteur imposée et devant contenir un certain nombre de chambres, l’architecte a dû gagner en profondeur et enterrer un peu les locaux de réception et d’étude : un étage a été gagné en abaissant le rez-de-chaussée. Une galerie relie la fondation à celle des Provinces de France.

Les murs extérieurs sont traités en pierre de taille, du fait du caractère même à donner au bâtiment, et afin de le mettre en harmonie avec la fondation arménienne et celles de Cuba et de la Grèce. Le soubassement en pierre de Mézangère est en bossage sur deux niveaux, le reste de la construction en pierres lisses appareillées (banc royal de Saint-Waast), couronné d'une corniche. Bandeaux et corniches sont en roche dure de Saint-Maximin ou en pierre de Saint-Waast. La pierre d'Euville est employée pour les 3 cartouches de l'étage supérieur et celui de la porte d’entrée. Comme l’emploi de la pierre, une abondante mouluration (soubassement, bandeaux, corniches, encadrements de baies) et des motifs sculptés en diverses parties des façades (entrée principale encadrée de colonnes, cartouches du dernier niveau) contribuent à donner au bâtiment un « aspect classique des maisons romaines et florentines de la Renaissance ».

La couverture est en tuiles creuses pour la majorité du bâtiment et en terrasse pour les parties basses nord et sud.

L’aménagement intérieur et la décoration

Le sol du grand hall d’entrée est revêtu de carreaux en marbre blanc de Carrare (0, 50 X 0, 50) séparés (tous les 4 carreaux) « par deux bandes centrales opposées l’une à l’autre, en marbre rouge pompéien ou rouge étrusque ». Au pourtour de la pièce, le dallage est encadré par une bande en marbre rouge de 15 cm. Le marché (ainsi que celui de la galerie située entre le palier au départ du grand escalier et la grande pièce du fond) est passé avec Albert Lorenzi, demeurant à Beausoleil (Alpes-Maritimes), le 15 avril 1935.

Le revêtement du grand escalier (et de l’escalier donnant accès aux 4e et 5e étages) ainsi que des deux petits murs bahuts surmontés de balustrades en fer forgé, est exécuté par la Société industrielle et commerciale des marbres, 11 place des Vosges (marché du 22 octobre 1935), le marbre blanc de Carrare remplaçant la pierre de Comblanchien que devait poser l’entreprise Certoux.

La décoration en staff des plafonds (hall d’entrée, salle de réunions, bibliothèque et petit salon) est réalisée par Edmond Hérode, staffeur, 30 bis rue Cauchy, Paris 15e (marché passé le 17 décembre 1935). Sur le plafond du hall d’entrée, la partie centrale est composée de poutrelles moulurées entrecroisées en diagonales, formant 17 caissons en losanges et encadrés par une demi-poutrelle. Les bas-côtés sont divisés en 3 parties égales, chacune composée de quatre caissons rectangulaires, soit en tout 24 caissons. Les colonnes sont surmontées de chapiteaux moulurés et décorés de feuilles d’eau. Dans la salle de réunions, la décoration en staff du plafond se compose de quatre grandes poutres formant soffite, détachées du plafond et venant buter dans les murs, soutenues par quatre colonnes.

En décembre 1935 également, la société Bloch et Praeger (La Courneuve) est adjudicataire des travaux de ferronnerie (rampe d’escalier, porte d’entrée, portes de la loge, du hall et salon, balustrades à l’intérieur du hall, grilles de défense extérieures, sur des dessins de Médecin).

Le mobilier des espaces communs est réalisé entre 1936 et 1937. Celui de la salle de réunions, dessiné par Médecin, comprend « une grande table, de milieu, 6 autres tables dont 4 de jeux, 16 fauteuils dont 10 plus grands ». Le bois de noyer (teinté foncé) se rapprochant du palissandre doit dominer - le lambris posé dans cette salle étant de cette même teinte -, ainsi que le tissu vert (qui est aussi celui des rideaux). En décembre 1936, 24 chaises chêne destinées à cette salle sont commandées à la maison Vve Guillemot (154, Faubourg Saint-Antoine) et le 24 avril 1937, 4 tables rectangulaires et 6 guéridons de chêne patiné ciré, à Alexandre Leroy (Au Bûcheron), d’après des croquis de l’architecte. Sur les murs de la pièce, le lambris bas, dessiné par l’architecte et « dont les principes ont été arrêtés d’un commun accord » avec Honnorat laisse toute la paroi latérale libre pour la pose de tableaux.

En ce qui concerne le hall, doté de rideaux dans la tonalité du rouge pompéien, du dallage, les meubles (5 fauteuils et 4 chaises velours, guéridons, le tout en noyer et façon noyer) sont livrés par le magasin Le Printemps. Les plafonniers des différentes pièces (hall, bibliothèques, salle de réunions), en verre émaillé et dépoli blanc et armature nickel mat (9 pour la salle de réunion, dont 3 à deux étages) sont commandés à la maison Perzel le 22 juillet 1936. « Les appareils ont été étudiés tout spécialement pour les volumes qui doivent les contenir à la maison de Monaco ».

Les bibliothèques sont équipées par la Maison David Frères (meubles d’art et décoration, 45 cours Gouffé à Marseille). Celle-ci,qui a « fourni le mobilier des salles des bibliothèques de la Maison des Provinces de France et [sait] qu'il donne entièrement satisfaction », soumet un projet le 15 juin 1935, puis un deuxième après une visite sur place en septembre. La Fondation nationale, qui n’a pas « oublié le généreux concours apporté [par cette entreprise] pour l'ameublement des Provinces de France, tient à lui « témoigner sa gratitude en [lui] confiant le soin de meubler la bibliothèque de la fondation de Monaco ». Mais le devis dressé pour l’aménagement des deux pièces (grande et petite bibliothèques) dépasse de beaucoup les possibilités de la Fondation nationale : ce projet, « à la fois plus somptueux et plus complet que celui de » la maison précédente, est remplacé par un autre plus simple et moins coûteux (85 000 au lieu de 113 000 F). Pour obtenir ce résultat, l'ensemble doit être traité en acajou ciré (et non en chêne) et la partie haute des bibliothèques formée, en majeure partie, de rayonnages ouverts. Finalement, l’ensemble est exécuté, en acajou massif, d’après un programme encore simplifié établi par Julien Médecin (15 décembre 1935), permettant de ramener le montant du devis à un chiffre voisin de celui des Provinces de France (soit 50 000 fr). La livraison a lieu le 4 mai 1936.

Ces bibliothèques doivent donner à la fondation son caractère de « maison des sciences » à la Cité, placée sous le signe de l’œuvre scientifique du prince Albert 1er. La grande bibliothèque Louis II, consacrée aux études océanographiques et paléontologiques et la petite bibliothèque, dédiée aux sciences astrologiques et géographiques, reçoivent les publications scientifiques des instituts monégasques (résultats des campagnes scientifiques du prince Albert 1er, Bulletin de l'Institut océanographique, carte générale bathymétrique des océans). Des archives du palais princier provient « une documentation de premier ordre, avec des collections de textes pouvant servir non seulement à l'histoire de Monaco mais encore de la Provence ». La nouvelle maison a ainsi ce qu'on peut appeler sa "bibliothèque régionaliste".

Plusieurs éléments de décor sont en harmonie avec cette thématique. En décembre 1935, le décorateur Georges Devêche soumet deux avant-projets de fresques illustrant "L'Océanographie et les voyages de SA le prince Albert de Monaco », destinées à orner les murs de la salle de réunion. « Ces avant-projets ont été vus et fort bien accueillis par l’architecte », mais la dépense beaucoup trop lourde empêche la Fondation nationale d’y donner suite. A la suite d’une démarche de l’ambassadeur Maleville en vue d'obtenir un panneau peint représentant le Musée océanographique de Monaco, le conseil d’administration de l’Institut océanographique offre à la Fondation « la même reproduction du Musée, vu en avion, qui orne la salle de conférence de cet établissement ».

Enfin, apportant une touche Riviera, une jarre provençale « Cogolin » en terre mate est placée sur la façade sud du bâtiment. Commandée en avril 1937 à la Maison Augé-Laribé de Biot, elle a été préférée au modèle de la Maison Farmer, 25 bd Montparnasse, de teinte terre cuite « analogue à celle des amphores déjà installées dans le jardin qui sépare l'hellénique de la cubaine ».

Les chambres d’étudiants

Pour l’ameublement des chambres, la Fondation nationale lance le 10 décembre 1934 un concours commun à la Maison de Monaco et au Collège franco-britannique. Les termes du programme sont arrêtés par l’architecte Julien Médecin, tenu, comme Martin et Vieu pour le Collège, de se baser sur celui de la Maison des Provinces de France établi quelques années plus tôt.

Les deux fondations font appel aux mêmes 20 décorateurs, ensembliers et ébénistes, c’est-à-dire à « des maisons construisant elles-mêmes leurs meubles ». Médecin y voit la garantie d’obtenir « pour un prix inférieur, une qualité de meubles répondant au but que nous poursuivons à la Cité universitaire : avoir un entretien le moins coûteux ». Un autre résultat recherché, « et stipulé dans l’article 2 du programme », a trait à la diversité et la gaieté des lieux. Dans cette optique, Médecin suggère - « au lieu que jusqu'à ce jour, l'ensemblier seul a été tenu de rechercher dans le détail de ses meubles » ces deux qualités - d’imposer à ce dernier « des couleurs de base pour chaque étage de chambres », de façon à avoir « un étage à fond bleu, un étage à fond de peinture verte, jaune, et ainsi de suite pour les autres étages ». « L'ensemblier qui complète ces chambres, pourra composer ses tons de boiseries, de tentures et rideaux sur ces couleurs de base ; nous atteindrions sans nul doute une harmonie d'ensemble et d'agrément que seule cette méthode classique, dite des complémentaires, nous permettrait d'atteindre » (3 décembre 1934). Sans méconnaître l’intérêt d’une telle suggestion, la Fondation nationale est d’avis qu’il y a plus d’avantages à varier la couleur des chambres à chaque étage, « les étudiants ne sortant guère de l’étage qui leur est assigné », et les visiteurs aimant « à trouver dès l’étage inférieur un spécimen de toutes les chambres ». L’appel à plusieurs décorateurs permettra, pour éviter la monotonie, de diversifier l’ameublement lui-même, diversité qui pourra être obtenue sans majoration de prix : « Comme il nous a été assuré qu'au-delà de 40 à 50 chambres, les prix de revient d'une fourniture de mobilier restaient les mêmes, il nous semble bien que ce résultat peut être aisément atteint » (8 décembre 1934).

Les 25 et 26 juin 1935, des spécialistes de l’Ecole Boulle viennent examiner sur place les 20 modèles présentés par les concurrents dans des chambres mises à leur disposition (29 modèles seront visibles au Collège franco-britannique les 8 et 9 juillet). Les lauréats sont au nombre de 4 : Maurice Jallot, Jean Pascaud, Eugène Printz et Pierre Devèche, et chacun reçoit la commande de 18 unités, soit 72 chambres au total. Quatre chambres non retenues par la commission d'examen sont néanmoins conservées et complètent l’ameublement : Vinay (n° 49), Pascaud (n° 48), Régy (n° 55) et Porteneuve (n° 58), auxquelles s’ajoutent 4 studios des Etablissements Alfred Régy (qui seuls ont présenté des modèles de studio).

Le 20 novembre, Médecin soumet à André Honnorat la répartition des chambres, qu’il veut « conforme au but poursuivi dans l'établissement du programme du concours », c’est-à-dire offrant de la « diversité à chaque étage et d'une chambre à l'autre. La répartition a donc été faite verticalement au lieu d'horizontalement ».

Les marchés sont établis les 9 et 10 décembre 1935.

Devèche (19 rue Brey) s’engage à exécuter l’installation de 18 chambres (ameublement et tapisserie) « conforme au modèle n° 36 présenté sur place et agréé par la Fondation sous réserve des modifications spécifiées ». Chaque chambre comprend 1 lit, 1 bureau, 1 aménagement d’angle bois naturel (armoire et penderie, avec rideaux posés sur rail), 1 bibliothèque, 1 fauteuil, 2 chaises. Tous ces meubles, auxquels sera ajoutée une petite console formant table de chevet, seront exécutés en chêne massif teinté et méché.

Le marché passé avec Jallot (40 rue François 1er), également de 18 chambres, porte sur un modèle (n° 51) en chêne ciré comprenant : 1 boiserie formant penderie avec portière, 1 rayonnage pour les livres et partie pleine dans le bas ; 1 épine comprenant 2 placards dont 1 fermant à clé et rayonnages à livres ; 1 bureau avec un grand tiroir fermant à clé et dessus en simili noir ; 1 divan comprenant un entourage en chêne ; 1 fauteuil de bureau, le siège garni d’étoffe ; 2 chaises (idem).

Conformes au modèle n° 47, les 17 chambres (et non 18) commandées à Jean Pascaud (1 rue Ville l’Evêque) sont en chêne potassé cérusé verni au tampon et comprennent 1 lit (genre divan), 1 table de bureau, 2 chaises et 1 fauteuil (à exécuter conformément au modèle modifié), 1 petite commode et 1 petit casier mobile à la tête de lit, formant table de chevet.

Eugène Printz (81 rue de Miromesnil) reçoit commande de 18 chambres (conformes au modèle n° 43) en acajou massif avec panneaux contreplaqués, ciré, se composant d’1 lit à deux dossiers égaux, 1 table de chevet à trois tablettes, 1 table-bureau à deux tiroirs et dessus en partie recouvert de pégamoïd de nuance assortie à la tapisserie, 1 bahut à deux portes pleines, 1 fauteuil avec siège garni à élastiques et dossier à pelote couvert de velours, 2 chaises couvertes velours, ainsi qu’1 penderie en bois prête à peindre, adaptée à l’architecture de la pièce, avec rideau en velours.

Les 4 studios commandés à Alfred Régy (120 rue de Javel comprennent chacun deux mobiliers complets en merisier ciré, soit 2 bureaux, 2 bahuts penderie (divisés en deux parties, d’un côté 1 grande porte, intérieur penderie, de l’autre côté 1 petite porte et au-dessus rayonnages à livres), 2 socles de divan avec boiseries de fond, 2 fauteuils à dossier bois et siège recouverts simili cuir, 4 chaises assorties aux fauteuils.

La commande des luminaires est attribuée en janvier 1936 à la maison Perzel : trois appareils par chambre (lampe de travail sur la table, applique rotative au-dessus du li, une autre applique au-dessus du lavabo), « rigoureusement semblables à ceux livrés à la Maison des Provinces de France » - auxquels s’ajoutent ceux des paliers, couloirs, salles de bains et lavabos communs.

Chacune des chambres comporte un lavabo. Les installations sanitaires communes consistent en 14 cabines de douches (soit une douche pour 6 étudiants) et deux salles de bains, ce qui paraît suffisant puisque « les grands bains sont très peu demandés ».

Mursbéton
calcaire pierre de taille
Toittuile creuse, calcaire en couverture
Étages6 étages carrés
Couvrements
Couverturesterrasse toit à longs pans croupe

Précision représentations

Cartouches (3) ; armoiries

Références documentaires

Documents d'archives
  • 20090013/170: architecture, mobilier

    Archives nationales, Paris
  • 20090013/352-356: Construction, aménagements, mobilier

    Archives nationales, Paris
  • 20090013/1085-1087: Création et aménagements (1937-1953), Fonctionnement (1932-1997), gestion (1927-1991)

    Archives nationales, Paris
  • AJ16/7042-7043: Création (1927-1932)

    Archives nationales, Paris
  • 20090013/14: Correspondance entre Monaco et le recteur, 1932

    Archives nationales, Paris
Bibliographie
  • Lemoine, Bertrand, La Cité internationale universitaire de Paris, éd. Hervas, 1990, p.

  • Tarsot-Gillery, Sylviane et alii, La Cité internationale universitaire de Paris. Architectures paysagées, L'Oeil d'or, 2010, p.

  • Blanc, Brigitte, La Cité internationale universitaire de Paris, de la cité-jardin à la cité-monde, Lieux Dits, 2017, p. 122-123

Périodiques
  • "La Fondation de Monaco à la Cité Universitaire", dans L'Architecture, n°9, 1931

    Archives nationales, Paris
  • "Les nouvelles fondations", La Cité universitaire, octobre 1937

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