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Maison-atelier du sculpteur Philolaos

Dossier IA78002311 réalisé en 2018

Fiche

  • Vue de l'atelier (1)
    Vue de l'atelier (1)
  • Impression
Dénominationsmaison, atelier
Aire d'étude et cantonIle-de-France
AdresseCommune : Saint-Rémy-lès-Chevreuse
Adresse : 65 route Milon

Lorsque Philolaos débute le chantier de l’atelier de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse en 1964, cela fait déjà plusieurs années qu’il arpente les collines boisées environnantes. Il découvre ce territoire lors de sa formation, puis de son enseignement, aux Ateliers éducatifs de Claireau, dirigé par René Dieleman dans la vallée de Chevreuse (1947-1967). Le sculpteur commence par se construire une petite cabane-atelier non loin des ateliers, avant d’acheter un terrain en copropriété à proximité immédiate de la maison d’André Wogenscky et Marta Pan (1952). Ils ne sont alors pas les seuls créateurs à trouver un havre de paix dans cette nature encore protégée, puisque Fernand Léger au début des années 1950, Véra Cardot, puis Guy-Rachel Grataloup dans les années 1980, s’y installent. Le futur atelier de Philolaos se situe le long de la route de Milon sur un terrain en bande à forts reliefs, protégé au nord par une petite forêt d’acacias. Très tôt, le site dicte l’implantation et son regard se porte sur les points de vue à mettre en valeur et la végétation à conserver. Une végétation qui l’aidera plus tard à cacher le caractère trop « moderne » de ses réalisations.

Face à ce premier chantier français, le sculpteur ne se trouve pas démuni. En effet, il a déjà conçu et réalisé une maison de famille avec son père au pied du mont Olympe en Grèce (Information issue de l’entretien réalisé par Audrey Jeanroy avec Marina Tloupas, seconde épouse du sculpteur, le 4 juillet 2019 à Saint-Rémy-Lès-Chevreuse.). À partir de cette seule expérience, Philolaos se lance dans un projet finalement mixte, à la fois atelier et lieu de résidence, qui va connaître plusieurs rebondissements administratifs. Malgré les lacunes de la documentation du projet, il est possible d’établir que le premier projet d’atelier, daté de janvier 1964, est refusé le mois suivant par les services départementaux du MRL ; le projet ne respectant pas « le caractère traditionnelle Île-de-France qui doit être exigé dans cette région, afin de s’intégrer au site des lieux avoisinants » (Archives privées Philolaos. Arrêté municipal, demande de permis de construire du 11 janvier 1964, p. 1.). Il est probable que l’ajout d’une toiture en ardoise résolve le problème, bien que l’on ne puisse pas donner avec précision les raisons du refus de l’administration. Ceci n’empêche néanmoins pas le sculpteur de poursuivre la préparation du chantier, installant tour à tour compteur, filtre et fosse septique. Le terrassement déjà commencé, il reçoit l’accord du permis de construire le 27 juin 1964, après quelques mois seulement de négociations et sans architecte co-signataire du projet. Le sculpteur se fait-il néanmoins aider pour le calcul des coffrages et des ferraillages des linteaux ou des poutres ? La question reste entière puisque malgré la précision des plans techniques rien n’indique qu’un métreur, un entrepreneur ou un maçon l’ait aidé dans cette opération. Il est néanmoins certain que Philolaos est le seul auteur des croquis, des perspectives d’intégration dans le paysage et des plans cotés, pour lesquels il crée un cartouche spécifique (Notons que le cartouche des plans de l’atelier précise « Philolaos Tloupas sculpteur Le Claireau Chevreuse ».). Il passe ensuite lui-même commande aux entreprises au nom des « Établissements Tloupas » ( Archives privées Philolaos. Bon de livraison de l’entreprise Ondacier, 4 février 1966, 1 p.). Il suit également le chantier, répertoriant scrupuleusement sur un cahier toute l’évolution des dépenses. Enfin, il étudie lui-même les solutions constructives (plafonds de l’entreprise Eternit, bétons et mortiers réfractaires-isolants de l’entreprise Fondu Lafarge) à l’aide de prospectus et dépliants spécialisés. Ce premier chantier s’achève avec la visite de conformité le 3 mai 1968.

Pour des raisons encore imprécises, sans doute dues au manque de place dans l’atelier, les travaux continuent et un nouveau permis de construire est délivré à Philolaos le 25 février 1969. L’adjonction prévue, qui comprend un espace à vivre avec une chambre, est pourtant reporté, notamment à cause de la sauvegarde d’arbres à proximité de l’atelier. Finalement, après plusieurs modifications et reports du projet d’extension, le certificat de conformité est accordé le 2 août 1972 (En juillet 1990, la municipalité accorde à Philolaos une dernière déclaration de travaux exemptés de permis de construire pour la création d’un préau à toiture translucide devant l’entrée de l’atelier.). À cette date, la réalisation est dans sa phase finale.La phase créative du projet, inconnue dans le cas de l’atelier, se précise la même année lorsque Philolaos s’attèle à la construction d’une maison (1972) susceptible d’accueillir sa famille sur le même terrain (Le permis de construire de la maison est accordé le 24 août 1972, sur une surface hors-œuvre de 151 m². La famille Tloupas s’y installe deux ans plus tard.). Selon sa femme, Marina Tloupas, le sculpteur débute la conception en lui demandant comment elle voit l’habitation. Ses exigences se portent sur la présence d’un jardin d’hiver et d’un volume principal orienté vers le sud, alors que l’atelier regarde plus largement vers le nord et vers l’est (Information issue de l’entretien réalisé par Audrey Jeanroy avec Marina Tloupas, seconde épouse du sculpteur, le 4 juillet 2019 à Saint-Rémy-Lès-Chevreuse.). À partir de là, l’artiste réalise une maquette en chute de bois et de polystyrène bien différente des sculptures à échelle réduite qu’il a l’habitude de réaliser pour ses œuvres monumentales.

Plus qu’un simple lieu de création, le site de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse est un portrait en creux des obsessions, des expérimentations et des évolutions du travail de Philolaos. Ici plus qu’ailleurs, il est l’architecte du cadre et de l’ambiance où toutes les œuvres sont de sa main, y compris l’ensemble des aménagements et du mobilier. Pour prendre la mesure de son investissement, il faut passer par l’énumération des objets créés spécifiquement : porte, boîte aux lettres, four de jardin, cheminée, cache-feux, bac à douche, lavabo, toilette, lustre, lampadaire, suspension, tables, tables basses, banc, banc-coffre, tabourets, chaises, chaises à bascule, fauteuils, fauteuils à bascule, paravent, vases, verres, couverts, coupes, bouteilles en inox, salière et poivrier, cendrier, coffre-fort, « coffre érotique », « cache-amant », poêle, reliquaire, coffres-télévisions, miroirs, miroir sur pied, miroir-coffre à bijoux, « coffre-pseudofort », miroir-colonne, miroir-coffret, boîte, coffret, coffre mural, « coffret-fleur », « coleobar ». Dans ce cadre privé, le sculpteur fait montre de son savoir-faire et de la diversité de sa maîtrise technique, la plupart des objets étant façonnés en bois, terre cuite, fer, céramique émaillée, papier calque et, pour un très grand nombre, en acier inoxydable. Par des chemins détournés, et loin des enjeux théoriques instigués par André Bloc ou des innovations constructives portées par Pascal Haüsermann (1936-2011), Philolaos démontre sa capacité à rejoindre des problématiques très contemporaines. L’une d’entre elles pourrait se résumer à sa volonté d’atteindre la création d’une œuvre d’art totale, minutieusement élaborée, maintes fois espérée et défendue par les tenants de l’architecture-sculpture. Une œuvre exceptionnelle où chaque partie (paysage, architecture, mobilier, objet, sculpture, ambiance) est en interrelation avec le tout afin de créer un environnement unique, caractérisé dans le cas de Philolaos par sa blancheur et ses reliefs réfléchissants. Cette architecture totale ne peut exister, ici comme chez ses confrères sculpteur ou architecte (André Bloc, André Wogenscky Paolo Soleri, Pierre Székely), que dans le cadre d’une commande et d’un programme maîtrisé, d’une économie qui exige une concentration de l’effet rendu sur quelques éléments clés (blancheur, irradiation, mouvement des volumes, cohérence des aménagements) et d’un maître d’œuvre prolixe qui réussit à transcender sa pratique première pour atteindre une nouvelle dimension.

Période(s)Principale : 3e quart 20e siècle
Dates1964, daté par travaux historiques
Auteur(s)Auteur : Tloupas Philolaos

Le plan en L, épousant la déclivité du terrain, comprend trois niveaux, dont un grand espace rectangulaire de travail de plus de 3 m de hauteur sous plafond. Cet espace libre se prolonge au sud sur deux niveaux, abritant une salle à manger-espace d’exposition et une terrasse en partie haute, une salle de bain, une chambre et une terrasse de plain-pied en partie basse. Tel qu’il se dessine dès les premiers plans, l’atelier dénote dans son environnement, tout en retrouvant les volumes géométriques simples, les fenêtres en bandeau et les grandes baies vitrées de la maison-atelier Wogenscky-Pan. D’un point de vue constructif, le sculpteur n’innove pas. L’ossature en parpaings et briques est aidée par quelques dalles et poutres en béton armé, et par une charpente en bois pour le grand volume de travail.

Très proche du projet réalisé, la maquette de la maison présente un plan en U au centre duquel s’ouvre un vaste jardin d’hiver avec pataugeoire et fontaines en béton lavé. Le sculpteur pose les bases des volumes rectangulaires, de l’organisation des pièces et des circulations, ainsi que des jeux d’opposition entre les pentes contraires de la toiture. Il pousse le geste jusqu’à créer de petites boules en métal figurant les futures sculptures du jardin d’hiver, à positionner la table basse et les fauteuils du salon, de même que la grande table en L et le placard haut de la cuisine. L’ossature se perfectionne également sur le chantier puisqu’il met en place des élévations en double paroi, avec briques creuses peintes pour l’extérieur et briques pleines enduites pour l’intérieur. Entre les deux murs du polystyrène expansé assure l’isolation. La parenté recherchée entre l’atelier et la maison est renforcée par une similaire opposition des couleurs (blanc et gris) et une unité des matériaux (brique peinte en blanc, ardoise en toiture, bois pour la charpente).

Mursbrique

(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel - Sol Anne-Laure
Anne-Laure Sol

Conservateur du patrimoine, service Patrimoines et Inventaire, Région Ile-de-France.


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- Jeanroy Audrey
Audrey Jeanroy

Maître de conférences, Université de Tours


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- Py-Fauvet Constance
Constance Py-Fauvet , né(e) Py

En 2019-2020, stagiaire au service Patrimoine et Inventaire auprès d'Anne Laure Sol. Étudiante en Master 2 Histoire de l'Architecture, Paris I.


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