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Ateliers d'artistes en Ile-de-France

Dossier IA00141411 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'étudesaire d'étude de la région Ile-de-France
Période(s)Principale : 2e moitié 19e siècle
Principale : 1ère moitié 21e siècle

Commencée en 2018, cette étude thématique régionale a pour objectif de rendre compte d'un phénomène essentiellement francilien, la présence d'ateliers d'artistes à Paris et dans les départements de la petite et de la grande couronne. Observée à partir du milieu du XIXe siècle, la réalisation d'ateliers et d'ateliers logements révèle une typologie architecturale qui renseigne sur le statut de l'artiste, ses besoins en termes d'espace, mais également les enjeux en terme de sociabilité. Cette enquête rend compte de ses différents aspects en étudiant plusieurs dizaines de réalisations, depuis les années 1860 jusqu'aux années 2000.

Initiée à partir du XVIe siècle, la distinction progressive entre l’atelier de l’artisan et celui de l’artiste révèle la mutation qui touche la conception du « métier » d’artiste, qui, affranchi du statut d’artisan, conquiert celui de créateur. Toutefois, la forme concrète de l’atelier, conditionnée par les besoins de la création, connaît peu de variantes depuis les débuts de l’époque moderne : un espace à la grande hauteur, au rez-de-chaussée pour les sculpteurs, en étage pour les peintres, parfois traversé d’une mezzanine et dont les verrières sont idéalement exposées à la lumière du Nord.

Sous le règne d’Henri IV, artistes et artisans d’art sont établis dans le Palais du Louvre, un privilège confirmé par Louis XIV. Peu nombreux, les ateliers situés hors de la résidence royale sont aménagés dans des maisons ou des immeubles, et les hôtels construits pour des artistes n’abritent pas d’espace de travail. C’est en 1787 lorsque Jean Baptiste Pierre Lebrun, marchand de tableaux, fait aménager dans l’Hôtel Lubert par l’architecte Raymond, un atelier de peintre pour son épouse Elisabeth Vigée-Lebrun et une galerie d’exposition dotée d’un éclairage zénithal, que la forme architecturale de l’atelier s’impose pour connaitre rapidement une fortune importante.

Pour permettre le transfert au Louvre des œuvres saisies en Italie, le Consulat, avec l’arrêté du 20 août 1801, procéda à l’expulsion des artistes. Certains d’entre eux furent relogés au collège des Quatre-Nations et à la Sorbonne, mais la majorité des artistes reçut une allocation pour prendre un atelier dans Paris, notamment sur la rive gauche, provoquant l’émergence de quartiers artistiques, dont l’expansion et la multiplication s’accentuèrent tout au long du XIXe siècle, en écho à la démocratisation de la condition d’artiste et à la réforme de l’École des Beaux-Arts de 1863.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la typologie des ateliers s’étend du « coin de misère mal tenue » décrit par Zola dans L’œuvre au fastueux hôtel particulier du peintre Meissonnier édifié dans la Plaine Monceau. Conformément à leur statut de notable, ou désireux de fuir la ville, certains artistes font également construire des ateliers de villégiature, irriguant des communautés artistiques hors de la capitale.

C’est après la Première Guerre mondiale que l’intérêt des pouvoirs publics pour la catégorie des « travailleurs intellectuels », éprouvé par la violence de la crise économique, va se structurer. D’abord à Paris, puis dans le cadre de l’action de l’Office départemental des Habitations à bon marché de la Seine (ODHBMS), la réalisation de dizaines d’ateliers intégrés à des programmes d’habitations à loyer modérés parisiens ou dans les cités jardins de la petite couronne va permettre l’accession à des ateliers-logements.

Parallèlement, l’atelier d’artiste, lorsqu’il n’est pas modeste réemploi de bâtiments artisanaux, devient un laboratoire pour les architectes modernes, parmi lesquels Robert Mallet-Stevens, Auguste Perret, Le Corbusier, ou encore André Lurçat. La simplicité de ses volumes permettant une grande variété d’agencement, la forme de l’atelier inspire la réalisation de logements privés, où les codes de la vie de bohème sont adaptés à des hôtels ou à des immeubles.

Après la Seconde Guerre mondiale, la désaffection progressive du modèle de l’atelier, lié à un type de représentation de l’artiste, est compensée par la création par l’Etat d’aides à destination des collectivités territoriales, complétées en 1982 par la volonté du Conseil Régional. Ces mesures fortes permettent la construction de centaines d’ateliers dans toute l’Ile-de-France, en particulier dans les villes nouvelles et en grande couronne. Concurrencés par l’aménagement de friches et de bâtiments industriels, les ateliers connaissent aujourd’hui une mutation, liée tout à la fois aux nouveaux modes de création et à une demande en constante expansion.

(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel - Sol Anne-Laure
Anne-Laure Sol

Conservateur du patrimoine, service Patrimoines et Inventaire, Région Ile-de-France.


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