Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Couvent de Bénédictines, immeuble HBM

Dossier IA78002220 inclus dans Quartier des Martraits réalisé en 2016

Fiche

Cet immeuble placé à l'entrée de la ville est remarquable par ses dimensions et son statut : c'est un ancien couvent transformé en HBM.

Genre de bénédictines
Dénominations couvent, immeuble à logements
Aire d'étude et canton Mantes-la-Jolie
Adresse Commune : Mantes-la-Jolie
Lieu-dit : Adresse : 13 Boulevard Victor-Duhamel
Cadastre : 2014 AD 80

Une première communauté bénédictine s'installe à Mantes dès le 17e siècle, par acte du 4 avril 1650 qui suit les conclusions du Maire, des échevins et des habitants. Les Sœurs, au nombre de vingt-six à la fin du 17e siècle, s'installent dans le prieuré de Sainte Marie-Madeleine (sis dans l'actuel rue Gambetta). La liquidation de leurs biens intervient en 1792.

Une nouvelle communauté bénédictine est connue à Mantes au début du 19e siècle. Nommées "bénédictines de Bray" -du nom de l'ancienne maison seigneuriale de Bray qui les avaient accueillies à la Révolution- et originaires de Villarceaux, ces Sœurs occupent dans un premier temps l'hôtel du duc de Mornay, rue aux pois, qu'elles acquièrent en 1819 pour y ouvrir une maison de retraite et un pensionnat de jeunes filles.

Reconnues d'utilité publique par délibération du conseil municipal du 17 avril 1820, les Sœurs acquièrent en 1859 un terrain plus grand, d'environ trois hectares, sur le Faubourg Saint-Lazare (actuel boulevard Victor Duhamel), à l'extrémité ouest du quartier des Martraits. Un plan daté du début du 19e siècle indique que ce terrain se composait en parties égales de vergers et terres labourables et petites constructions dont un pavillon donnant sur la rue des Métairies qui appartenait à Mme Lefort, propriétaire du château des célestins à Limay. Par un avis favorable du conseil municipal (délibération du 16 juin 1859), la mère Supérieure obtient un alignement de l'ancienne route 190 afin d'avoir une largeur de rue de huit mètres entre sa propriété et la propriété du Clos Pinet, située en face. Les Bénédictines font appel à des souscriptions particulières pour financer un nouveau bâtiment ainsi qu’à la banque hypothécaire de France (ancêtre du Crédit Foncier). Les derniers emprunts contractés courent jusqu'en 1881. La première pierre est posée et bénie en 1867 et les Sœurs s'installent dans le couvent en 1871. Les trois chapelles des Bénédictines, des pensionnaires et des élèves sont achevées en 1879. Mais l'activité du couvent -dédiée à l'accueil de pensionnaires et à l'enseignement scolaire- ne permit pas de rentabiliser cet édifice. En 1905, on compte seulement quatre classes de dix à quinze élèves.

Si la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905 met à mal les biens des communautés religieuses, la fermeture du couvent et sa liquidation sont davantage liées aux difficultés financières auxquelles furent confrontées les Bénédictines suite aux nombreux emprunts contractés pour achever l'édifice. Un arrêt du tribunal civil de Mantes daté du 8 août 1904 renseigne sur la liquidation judiciaire du bâtiment. Entre mai et août 1906, l'adjudication du bien est attribuée au Crédit Foncier de France, qui, sans attendre le met en vente et trouve acquéreur, au prix de 110 000 francs auprès de M. Henry Cauzard, architecte à Mantes. L'acte de vente est signé le 3 août 1906. L'architecte Cauzard y voit une opportunité de spéculation et lotit en parcelles le parc à l'arrière du couvent.

Pendant la première guerre mondiale, le bâtiment est loué à des industriels, qui en modifient la distribution. Le 18 janvier 1919, un acte est passé devant Maîtres Guyon et Pochet, notaires à Mantes, avec la ville de Mantes pour l'achat du bâtiment et de toutes les constructions édifiées sur les 12 740 m2 de terrain. Par délibération du 15 janvier 1921, le couvent est affecté à des logements pour familles nombreuses. Le maire Auguste Goust, voit dans cette affectation la possibilité de résorber la crise du logement due à l'accroissement de population résultant de la création d'usines nouvelles dans l'agglomération mantaise et de l'augmentation importante du personnel des chemins de fer à la gare et au dépôt de Mantes. Compte tenu du coût estimé de l'opération (730 000 francs), il propose de céder à titre gracieux le bâtiment et le terrain des dépendances à l'office départemental d'habitations à bon marché de Seine et Oise afin qu'il exécute les travaux de transformation du bâtiment, l'office communal d'HBM ne pouvant supporter un tel coût. Cet Office départemental (créé par décret le 20 août 1920) pouvait quant à lui bénéficier d'une subvention de l'Etat liée aux constructions à destination des familles nombreuses et d'un emprunt au Crédit Foncier. Dans le cadre de ce projet, le maire fait réaliser un plan d'aménagement par l'architecte de la ville, M. Desbordes, et par M. Cauzard, composé de quarante-huit logements (douze par étages). En 1922 (délibération du 16 février), Raymond Jules Marabout est nommé comme chef du service des travaux en remplacement de M. Desbordes. Il lui est confié la mission de diriger en collaboration avec M. Cauzard l'exécution des travaux de transformation du couvent, la mairie souhaitant fortement être représentée dans ce projet. A cette même date, le rez-de-chaussée du bâtiment côté boulevard Duhamel, occupé depuis 1804 par la bourse du travail et le patronage laïc, est affecté à trois principaux commerces : une SA des grands magasins de la ville de Saint-Denis, un garage de la Société Maigret et Compagnie, et une boulangerie (M. Mathiot). La délibération du 17 juillet 1925 valide également la création d'une école maternelle et d'une garderie à ce même rez-de-chaussée, à l'arrière cette fois et qui sera achevée en 1928. L'école de filles de la rue l'Evesque voit en effet une augmentation d'effectif important, liée à la création du nouveau quartier des Martraits, auquel s'ajoute le logement des quarante-huit familles du fait de la transformation du couvent, soit plus de cent enfants dont une grande partie entre deux et six ans. L’immeuble pour familles nombreuses est enfin cédé le 26 avril 1976 (acte administratif) au centre hospitalier François-Quesnay. La ville oblige l'Office départemental à céder le bâtiment au prix symbolique d'un franc (malgré une estimation à 910 000 F) car elle l'avait elle-même cédé gratuitement auparavant. Le centre hospitalier y loge alors son personnel de garde.

Parallèlement, le destin des Sœurs Bénédictines après la vente du couvent en 1904, les mène un temps en Belgique puis, à partir de 1920, de retour à Mantes, elles sont logées dans un hôtel particulier au 44 rue de la Sangle, mis à leur disposition par Mlle Du Bouzet, propriétaire fortunée à Mantes-la-Jolie. En 1924-1925, Antoinette du Bouzet les transfère dans sa propriété située sur le terrain de l'ancien couvent des Cordeliers, quai de la Vaucouleurs, où elles s'occupent uniquement d'œuvres religieuses. Le recensement effectué en 1926 atteste leur présence.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
Auteur(s) Auteur : Marabout Raymond,
Raymond Marabout (15 novembre 1886 - 25 juillet 1957)
Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte communal, attribution par travaux historiques
Auteur : Cauzard Henry, architecte, attribution par travaux historiques

Cet immeuble d'habitation à bon marché aligné sur rue, présente une façade enduite surmontée d'une toiture à longs pans brisés en tuiles plates. Le bâtiment, en forme de T, est composé d'un sous-sol, de trois étages carrés et d'un comble. Il compte dix-neuf travées en façade, la travée de chaque extrémité étant placée sur une aile en retour d'équerre. Douze travées rythment le corps de bâtiment perpendiculaire, placé à l'arrière. La modénature s'organise autour de chainages d'angle, d'une corniche et d'un bandeau au second étage, tous deux moulurés. Au-dessus de l'entrée, les deux travées centrales formant l'axe de symétrie sont soulignées par des refends et surmontées d'une grande lucarne à baies jumelées, entre lesquelles est fixée une table portant l'inscription : "OHBM de Seine-et-Oise, Ville de Mantes, 1923". En dehors des ferronneries, le décor se compose de céramique en grès émaillé : bandeaux à motif végétal placés au-dessus de chacune des baies du deuxième étage et encadrant l'entrée, écusson aux armes de Mantes au centre du linteau surplombant la porte d'entrée. Des ferronneries en volutes rappellent l'ancienne marquise en verre qui soulignait auparavant l'ensemble du rez-de-chaussée, occupé aujourd'hui par des boutiques. On notera que la boutique à l'extrémité droite est une boulangerie, comme c'était le cas en 1922. Le petit bâtiment en rez-de-chaussée à toiture en pavillon, adjacent est une adjonction récente.

Murs calcaire moellon enduit
Toit tuile plate
Étages sous-sol, 3 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans brisés noue
Escaliers escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours avec jour, en charpente
Techniques ferronnerie
céramique
Statut de la propriété propriété d'un établissement public communal

Références documentaires

Documents d'archives
  • AM de Mantes-la-Jolie. 1 D 15. Délibération du 16/06/1859. Demande de Madame la Supérieure d'obtenir un alignement de l'ancienne route 190.

  • AM Mantes-la-Jolie. 1D24. Délibération du 16 février 1922. Nomination de M. Marabout comme chef du service des travaux en remplacement de M. Desbordes.

  • AM Mantes-la-Jolie. 1D24. Délibération du 23 avril 1921. Approbation de la convention avec l'Office départemental d'HBM.

  • AM Mantes-la-Jolie. 5M 13(2). Ecole maternelle et garderie boulevard Victor Duhamel, construites dans l'ancien couvent des Bénédictines transformé en logement pour familles nombreuses.

  • AM Mantes-la-Jolie. 7M 2(1). Location des boutiques du rez-de-chaussée de l'immeuble pour familles nombreuses.

  • AM Mantes-la-Jolie. 7M 2(2). Projets d'architecture 1920-1921.

  • AM Mantes-la-Jolie. 7M 2(3). 7M 2(6). Mémoires comptables des travaux exécutés à l'immeuble pour familles nombreuses.

  • Archives départementales des Yvelines, 9 M 666/6. Recensement Mantes-la-Jolie, 1911 et 1926

  • Archives départementales des Yvelines, 9 M 666/4. Recensement Mantes-la-Jolie, 1896.

Bibliographie
  • LACHIVER, Marcel, Histoire de Mantes et du Mantois à travers chroniques et mémoires des origines à 1792, Meulan, 1971

Périodiques
  • AM Mantes-la-Jolie. "Le couvent des Bénédictines de Mantes", Le Mantois, 1977, n°28.

(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel - Bussière Roselyne
Roselyne Bussière

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
- Mélandri Magali
Magali Mélandri

Stagiaire Institut national du patrimoine, juillet-décembre 2016.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.