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Hôtel de Mornay

Dossier IA78002195 réalisé en 2017

Fiche

L'hôtel dit de Mornay, en réalité construit par Guillaume Bouret de Beuron, lieutenant général du bailliage de Mantes, est un édifice dont la très grande qualité le rend comparable aux hôtels parisiens du premier quart du 18e siècle.

Appellations Hôtel de Mornay
Dénominations hôtel
Aire d'étude et canton Mantes-la-Jolie
Adresse Commune : Mantes-la-Jolie
Adresse : 1 rue Baudin
Cadastre : 2014 AH 514-515

L’histoire de la construction de l’hôtel de Mornay demeure encore méconnue. Selon la tradition locale, il aurait été construit au 15e siècle et restauré en 1710, date à laquelle il serait devenu le siège du bailliage de Mantes et de Meulan. On peut également rappeler pour mémoire le récit fait par le chroniqueur Chrestien de la visite de Louis XIV et Anne d’Autriche à Mantes en 1646, au cours de laquelle la régente aurait séjourné dans un hôtel particulier de la rue aux Pois - ancien nom de la rue Baudin - qui pourrait être le futur hôtel de Mornay.

L'architecture permet de dater l'édifice des années 1720 et il est certain qu'en 1730 l'hôtel était construit puisque le nouveau grand bailly de Mantes et de Meulan, le prince de Tingry, y descendit lors de sa visite d'installation dans ses fonctions. En effet, l'hôtel était la propriété de Monsieur Bouret de Beuron, lieutenant général représentant le grand bailly à Mantes. En 1748, on sait qu'il est la propriété de Guillaume Bouret, seigneur de Beuron et Malassis et premier président au présidial de Mantes, qui y réside avec sa femme et son fils, Charles-Antoine-Placide Bouret de Beuron (1718-1779), alors lieutenant général du bailliage de Mantes et Meulan. Le contrat de mariage de ce dernier, passé à Paris le 30 juin 1748, nous apprend qu'il reçoit en dot l’hôtel de la rue aux Pois et l'ensemble de son mobilier, à la condition que ses parents conservent leur vie durant la jouissance « de toutte la partie de ladite maison seize rue aux Poids, depuis le grand escalier et en retour jusques sur le jardin de fond en comble du costé de ladite rue aux Poids », les futurs époux étant destinés à habiter la partie symétrique donnant sur la rue de la Boucherie (actuelle rue des Arigots).

L’hôtel de la rue aux Pois demeure propriété de la famille Bouret de Beuron jusqu’en 1779, date du décès de Charles-Antoine-Placide Bouret de Beuron, qui laisse comme seule héritière sa fille unique, épouse du comte Anne-René de Mornay, seigneur de La Rivière. L'appellation hôtel de Mornay est donc très tardive.

Le 25 avril 1819, leur fils, le comte Ange-René-Marie-Charles de Mornay, vend la propriété à Jeanne-Thérèse de Meaux, supérieure de la communauté des Bénédictines de Bray et Villarceaux, qui a dû quitter son prieuré à la Révolution. D’après les délibérations du conseil municipal de Mantes, l’hôtel est alors inoccupé depuis près de quinze ans et porté en non-valeur. L’installation du couvent des Bénédictines dans l’hôtel de Mornay est donc bien accueillie par la municipalité. Les religieuses y établissent un pensionnat de jeunes filles, très vite à l’étroit dans l’ancien hôtel particulier. Des travaux d’agrandissement, permis par l’acquisition à la veuve Pasquier de trois maisons situées sur les parcelles 272, 273 et 274 du cadastre napoléonien, ont lieu entre 1840 et 1842. Une lettre de la prieure au préfet de Seine-et-Oise précise que « d’anciens matériaux » ont été utilisés lors de ces travaux.

En 1870, la communauté occupe donc non seulement l'hôtel de Mornay, mais également une chapelle – aujourd’hui disparue - donnant sur la rue Notre-Dame et bordant la rue des Arigots, un bâtiment de cinq étages lui faisant suite sur la rue des Arigots et enfin un bâtiment contigu ayant deux fenêtres sur la place Saint-Maclou. L’ensemble reste néanmoins trop petit et les Bénédictines quittent la rue aux Pois en 1871 pour le nouveau couvent qu’elles ont fait construire rue du faubourg Saint-Lazare (IA78002220).

À partir de cette date, le devenir de l’hôtel de Mornay, déserté par les religieuses, reste flou pendant une vingtaine d'années. D'après Henri Clérisse, il aurait été occupé par un marchand de toile en gros. En 1888, à la suite de la laïcisation de leur école rue de la Sangle, les Frères des Écoles chrétiennes s’installent à leur tour dans l'hôtel et y ouvrent une école privée pour garçons. Devenue école paroissiale Saint-Louis, l’école semble perdurer jusqu’à la fin du 20e siècle, puisque sa présence est encore attestée en 1977.

En 1999, l’évêché, propriétaire du bâtiment, le vend à une société privée qui y aménage plusieurs appartements.

Période(s) Principale : 1er quart 18e siècle

L'hôtel dont le plan est en U présente la particularité d'avoir le jardin dans le prolongement de la cour et non pas à l'arrière du bâtiment principal, selon le schéma en vigueur à l'époque classique de l'hôtel entre cour et jardin. Il occupe toute la largeur de l'îlot, entre la rue Baudin (ancienne rue aux Pois) et la rue des Arigots. L'accès se fait par une porte cochère donnant sur la rue Baudin sur laquelle la façade est plus soignée, notamment le portail d'accès. La façade sur la rue des Arigots a perdu son enduit lisse et à de ce fait un caractère plus rustique qui n'est pas d'origine. A l'intérieur de la cour, les deux ailes en vis-à-vis se répondent dans une stricte symétrie : un corps central avec fronton et trois travées de chaque côté. Leurs toits à longs pans sont de faible pente et peu visibles. Le corps principal, quant à lui est beaucoup plus haut avec son étage de comble. Il est dominé par un corps central lui aussi à fronton. La porte se trouve au centre et donne accès à un vestibule d’où part l'escalier d'honneur. De chaque côté des larges portes (dont une est murée) distribuaient les salles de réception. Selon l'inventaire des meubles réalisé en 1748, le rez-de-chaussée comprenait une salle de compagnie, une salle à manger, une grande salle, une petite salle et un cabinet. Dans chaque aile, il y avait une chambre donnant sur le jardin. A l'étage, se trouvait une grande chambre et une petite au dessus de la grande salle, une chambre sur la salle à manger et une chambre sur la salle de compagnie. L'aile de la rue Baudin (qui a un escalier rampe-sur-rampe) avant à l'étage une chambre sur l'office, une chambre sur la porte. Ce vaste bâtiment pouvait donc facilement être partagé entre deux familles. Les éléments sculptés de la façade sont d'une grande qualité (IM78002675), de même que la ferronnerie de l'escalier (IM78002676).

Murs calcaire pierre de taille
calcaire moellon enduit d'imitation
Toit ardoise
Plans plan régulier en U
Étages 1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans brisés
toit à longs pans
Escaliers escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours avec jour, en maçonnerie
escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours sans jour, en charpente
Techniques sculpture
ferronnerie
Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables escalier, fronton
Protections inscrit MH, 1948/01/27

Annexes

  • État des meubles qui sont à monsieur Bouret de Beuron dans sa maison à Mantes, 30 juin 1748 (AN. MC/ET/XXI/375)

    Dans la petite salle

    - six chaises de moquette rouge et deux tabourets fort anciens et usés de nulle valeur

    - une table de marbre de trois pieds deux pouces de long, sur un pied de bois

    Dans la salle de compagnie

    - une tapisserie de verdure en trois pièces contenant huit aulnes et demie de deux aulnes et un quart de haut

    - un canapé de tapisserie

    - huit fauteuils de tapisserie

    - un trumeau en trois glaces, les deux glaces d’en haut de deux pieds de haut sur deux pieds deux pouces et demi de large, la troisième glace de deux pieds huit pouces de haut, sur deux pieds deux pouces et demi de large

    - un miroir encadré d’une bordure de glace avec des ornements dorés de trois pièces huit pouces de haut sur deux pièces deux pouces et demi de large

    - une table de marbre de quatre pieds quatre pouces et demi de long sur un pied doré

    - une pendule sans pied

    - des chenest, pelle et pincette argentés

    - deux coins de bois de palissandre avec chacun sur dessus de marbre

    - une table de marbre de trois pieds deux pouces de long sur un pied doré

    - un rideau de taftas vert fort passé

    - des bras de cheminée à deux branches

    Dans la salle à manger

    - un trumeau en trois glaces, la glace d’en haut d’un pied dix pouces et demi de haut sur deux pieds de large, la seconde de deux pieds cinq pouces de haut sur deux pieds de large, la troisième de deux pieds sept pouces de haut sur deux pieds de large

    - une table de marbre de trois pieds dix pouces et demi de long sur un pied doré

    - douze chaises de moquette fort anciennes

    - deux fauteuils de moquette anciens

    - des bras de cheminée

    Dans la grande salle

    - six rideaux d’indienne

    - trois tables à jouer

    - une table de marbre de cinq pieds de long sur un pied doré

    Dans le cabinet

    - un trumeau en trois glaces, la glace d’en haut d’un pied huit pouces de haut sur deux pieds un pouce et demi de large, la seconde de deux pieds de haut sur deux pieds un pouce et demi de large, la troisième de deux pieds, sept pouces et demi de haut, sur deux pieds un pouce et demi de large

    - un grand bureau

    - des chenets pelle et pincette argentés

    - une tapisserie de damas vert en six pièces contenant sept aulnes et demie de deux aulnes demi quart de haut, cette tapisserie est fort passée

    - six fauteuils de damas vert et deux tabourets fort anciens et passés

    - une petite armoire en bibliothèque

    - un grand tableau représentant Judith et Olopherne dans un cadre doré

    - un tableau représentant St Jérôme dans un cadre doré

    - un tableau représentant St Guillaume dans un cadre doré

    Dans la chambre sur le jardin du costé de la Boucherie

    - un lit de damas de Caux à tombeau garni de deux matelas, un lit de plume et une couverture

    - une commode de bois de noyer

    - un miroir à cadre doré d’un pied cinq pouces de haut sur un pied un pouce et demi de large

    - trois rideaux de damas de Caux

    La grande chambre sur la grande salle et le cabinet qui y tient ne sont pas meublés.

    Dans la petite chambre sur la grande salle

    - un miroir à cadre doré d’un pied sept pouces de haut sur un pied deux pouces de large

    - huit aulnes de tapisserie de bergame

    - un lit de damas de Caux à tombeau garni d’un matelat, un lit de plume et une couverture

    - un lit de serge bleue à tombeau garni d’un matelat et une couverture

    - une commode de bois fort usée de nulle valeur

    Dans la chambre sur la salle à manger

    - une commode de bois raporté

    - un lit de serge verte garni de deux matelats, un lit de plume, une couverture

    - six chaises de moquette fort anciennes de nulle valeur

    - un miroir à bordure de glace avec des plaques de cuivre d’un pied dix pouces de haut sur un pied six pouces de large

    - un grand tableau représentant un christ avec une bordure dorée fort usée

    - un portrait de Mr Boudier avec une bordure dorée

    - un tableau représentant Loth qui nourit son père, avec une bordure dorée

    - onze aulnes de tapisserie de bergame de nulle valeur

    Dans la chambre sur la salle de compagnie

    - un lit de damas jeaune dont la housse est de serge garni de deux matelats, un lit à plume, un sommier de crin et une couverture

    - une tapisserie de verdure en cinq pièces contenant douze aulnes et demie

    - dix fauteuils de damas jeaune

    - deux fauteuils de tapisserie fort anciens

    - une commode de bois de violette avec un dessus de marbre de quatre pieds de long

    - un miroir à cadre doré, la glace de deux pieds cinq pouces de haut sur un pied dix pouces de large

    - deux portraits dans des cadres dorés

    - un tableau représentant la Vierge dans un cadre doré

    - un tableau dans un cadre doré représentant un paysage

    Dans la petite chambre sur l’office

    - un lit de drap gris à tombeau, garni d’un matelat, un lit de plume et une couverture

    - une petite table de bois de chesne à tiroir

    Dans la petite chambre au dessus de la porte

    - un lit de serge bleue à tombeau garni d’un matelat et une couverture

    Dans la chambre sur le jardin du costé de la rue aux Poix

    - un lit de serge verte garni de deux matelats un lit de plume et une couverture

    - six chaises anciennes couvertes de calmandre rayée de nulle valeur

    - trois rideaux de serge verte

    - une tapisserie de brocatelle fort usée contenant neuf aulnes de nulle valeur

    - un petit bureau avec un dessous d’armoire

    - une petite table noire à pieds de biche

    - un tableau dans une bordure dorée représentant la Ste Vierge

    Dans le petit cabinet sur la rue aux Poids

    - une tapisserie de damas de Caux contenant cinq aulnes et demie

    - un rideau de damas de Caux

    Dans la cuisine

    - deux chauffrettes de cuivre

    - une chaudière de cuivre

    - quatre moiens chaudrons de cuivre

    - trois marmites de cuivre rouge

    - trois poelles à confiture

    - trois tourtieres de cuivre rouge et leur couverture

    - quatre poelons de cuivre

    - six casseroles de cuivre

    - une fontaine de cuivre fort mauvaise

    - un tourne-broche

    - une bassinoire

    - un couvre feu de cuivre rouge

    Plus et en vaisselle d’argent au choix du sieur de Beuron fils jusque et à concurrence de la somme de mil livres à prendre en nature sur celle qui se trouvera appartenir au sieur et dame de Beuron père et mère et au survivant d’eux lors de son décès.

    [Formules de validation]

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives Nationales. MC/ET/XXI/375. Contrat de mariage entre Charles-Antoine-Placide Bouret de Beuron et Geneviève-Adélaïde Taillepied de Plemont, 30 juin 1748.

  • AD Yvelines. 3 E22 871. Acte de notoriété attestant que Charles-Antoine-Placide Bouret de Beuron est décédé le 26 juin 1779 et a laissé comme seule héritière sa fille, 21 septembre 1779.

  • AD Yvelines. J 3211/13. Mantes-la-Jolie, monographie de Paul Aubert, 1923-1945.

  • AD Yvelines. 3 P3 1354. Mantes-la-Jolie, état de sections des propriétés bâties et non bâties, 1811-1812.

  • AD Yvelines. 3 P3 1351. Mantes-la-Jolie, matrice de la contribution foncière (propriétés bâties), 1813.

  • AD Yvelines. 10 Q1 216. Transcription hypothécaire de l'acte par lequel le comte Ange-René-Marie-Charles de Mornay vend à Jeanne-Thérèse de Meaux un hôtel situé 169, rue aux Pois, 12 mai 1819.

  • AD Yvelines. 10 Q1 788. Transcription hypothécaire de l'acte d'échange d'immeubles passé entre Marie-Hortense Brunet et Mélanie Pouligny, déléguée de la communauté des Bénédictines, 10 juin 1870.

  • AD Yvelines. 1 T mono 8/7. Monographie communale de l'instituteur de Mantes-la-Jolie, 1899.

  • AD Yvelines. 1 V 293 (1). Extrait des délibérations du conseil municipal de Mantes approuvant l'installation des Bénédictines dans l'hôtel de la rue aux Pois, 17 avril 1820.

  • AD Yvelines. 1 V 293 (2). Ordonnance royale autorisant les Bénédictines à acheter trois maisons appartenant à la veuve Pasquier, 19 juin 1840.

  • AD Yvelines. 1 V 293 (3). Lettre de Marie-Hortense Brunet, prieure de la communauté des Bénédictines, au préfet de Seine-et-Oise, concernant les travaux d'agrandissement réalisés dans le couvent, 1er octobre 1841.

Bibliographie
  • BOURSELET, Victor, CLERISSE, Henri, Mantes et son arrondissement, Paris, Éditions du temps, 1933.

  • CLERISSE, Henri, Promenades dans Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Jolie : Impr. Am. Beaumont, 1939.

  • LACHIVER, Marcel, Histoire de Mantes et du Mantois à travers chroniques et mémoires des origines à 1792, Meulan, 1971.

Périodiques
  • AM Mantes-la-Jolie. FOSSE, Édouard, "Le couvent des Bénédictines de Mantes", Le Mantois, n°28, 1977.

(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel - Bussière Roselyne
Roselyne Bussière

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.


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