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Maison Weill, Croissy-sur-Seine

Dossier IA78002274 inclus dans Présentation de l’œuvre d'Hervé Baley (1933-2010) réalisé en 2016

Fiche

La maison Weill à Croissy-sur-Seine fait partie du groupe de réalisations de l'Atelier d'Architecture et d'Aménagement, créé au tout début des années 1960 par Hervé Baley (1933-2010) et Dominique Zimbacca (1928-2011). Elle se singularise toutefois par un certain nombre de traits particuliers. Le plan de l'édifice, fondé sur un recours systématique au carré et au triangle, privilégie les angles. Le recours à de très grandes baies vitrées sans maçonnerie intermédiaire favorise une forte pénétration de la lumière et offre une vision panoramique sur le jardin. Autre citation très lisible de l'architecture de Frank Lloyd Wright, la superposition des trois toits horizontaux et les larges débords de la toiture. La présence d'une cheminée monumentale, ici disposée dans un des angles de la pièce principale, et non pas au centre, structure l'espace et favorise encore la jonction entre intérieur et extérieur, matérialisé par la présence d'un double âtre ouvert simultanément sur le salon et le jardin. Cette recherche d'une fluidité de l'espace se caractérise par une ouverture presque totale des volumes au rez-de-chaussée. Comme les autres habitations réalisées par l'agence à cette période, il est fait un usage quasi exclusif du Siporex, élu pour ses qualités physiques, thermiques et économiques, mais aussi pour sa facilité de mise en œuvre. Intégrée à un environnement végétal préservé, la maison n'a pratiquement pas été modifiée depuis sa création.

Dénominations maison
Aire d'étude et canton Ile-de-France
Adresse Commune : Croissy-sur-Seine
Adresse : 5 rue Perron
Cadastre : 2015 000AH01 125
Précisions

La Villa de Croissy a été livrée en 1966. Il s'agit d'une réalisation commandée par Mme Luce Weill, cousine d'Alain Marcoz, pour y vivre avec ses trois enfants. La villa a été construite au fond d'une parcelle appartenant aux parents de Mme Weill, parcelle qui a à nouveau été découpée au moment de la vente d'une partie du terrain. La villa Weill est donc aujourd'hui entourée d'habitations alors qu'à l'origine elle se trouvait dans un vaste parc paysager.

Période(s) Principale : 3e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1966, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Baley Hervé, Michel, Marie
Hervé, Michel, Marie Baley (17 mai 1933 - 5 octobre 2010)

Hervé Baley est un architecte français actif principalement en région parisienne à partir des années 1960. Élève de Georges-Henri Pingusson (1894-1978), puis à partir de 1954 de Jean Faugeron (1915-1983), il étudie dans les ateliers libres d'architecture de l'École des beaux-arts de Paris, où il rencontre son premier associé, Dominique Zimbacca (1928-2011). Tous deux fondent l'Atelier d'Architecture et d'Aménagement (A.A.A.) entre 1959 et 1960, et Hervé Baley entame alors une carrière d'architecte-décorateur. Il aménage en effet un certain nombre d'appartements parisiens, et construit principalement des maisons individuelles en Ile-de-France. Daniel Ginat (1936- ) et Alain Marcoz (1932- ) sont alors devenus ses deux principaux associés. Sa ligne créatrice est profondément inspirée de Frank Lloyd Wright (1867-1959), qu'il admire beaucoup pour ses qualités spatiales intérieures, comme pour son souci de développer un rapport harmonieux avec le site extérieur dans lequel s'implante l'architecture.

L'agence d'Hervé Baley connaît par la suite une baisse d'activité, à mettre en lien avec les débuts en tant que professeur à l'École Spéciale d'Architecture (ESA). À la rentrée 1968, l'architecte est en effet recruté comme chef d'atelier dans cette école, et dirigera pendant plus de vingt ans, jusqu'en 1990, l'atelier Sens et Espace. Dans celui-ci, il s'attache à sensibiliser ses élèves aux principes de l'architecture organique héritée de Frank Lloyd Wright et développe une pédagogie basée sur l'expérimentation spatiale qui lui est propre. Lorsque l'enseignant se voit obligé de fermer son atelier d'architecture, Hervé Baley retrouve son activité exclusive d'architecte. La difficulté à obtenir de nouvelles commandes le pousse au milieu des années 1990 à partir s'installer à Marrakech, où il s'éteint en 2010, après avoir construit dans la région plusieurs villas.


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La maison Weill est construite sur un long terrain plat orienté Est-Ouest. Située en fond de parcelle, l'habitation est totalement invisible depuis la rue. Son plan se développe sur une trame formée à partir de l'imbrication d'un carré et d'un triangle. Ce jeu de géométrie se retrouve également dans son élévation où le motif triangulaire à angle à 90° est récurrent. La villa est réalisée en bloc de Siporex de 120x60x25 jointoyés au ciment blanc. Les planchers et terrasses sont composés de poutrelles métalliques et de dalles de Siporex, recouvertes d'une chape armée (cf. Devis Descriptif produit par l'agence Architecture et Aménagement). Comme à Ezanville pour la maison Tardif, l'une des façades est prolongée d'un mur qui délimite la parcelle, et dont les blocs de Siporex sont assemblés de manière à former un bossage triangulaire en forte saillie. Autour du volume principal de l'habitation, trois murets d'une hauteur d'un mètre environ viennent en souligner les angles droits. Apposés parmi la végétation du jardin, ils sont une introduction à l'architecture de la maison.

Dans sa distribution intérieure, la maison se compose d'un rez-de-chaussée sur vide sanitaire où se trouvent l'espace de séjour, la cuisine, une première chambre, et sa salle-de-bain. Le séjour occupe l'espace de plan carré de ce niveau. D'amples baies vitrées, avec montants en bois, occupent toute la hauteur de la pièce. Elles dématérialisent les façades de la maison, offrent un ensoleillement optimal dans l'espace intérieur, et ouvrent sur le jardin environnant. Un accès y est aménagé par la présence d'une porte-fenêtre à double battants. L'angle principal du séjour, qui constitue aussi en extérieur l'avancée de la villa, est occupé par une imposante cheminée quadrangulaire dont la maçonnerie reproduit le même bossage géométrique en saillie déjà cité pour le mur délimitant la parcelle. Conçue avec un double foyer, la cheminée dispose donc d'un âtre extérieur et d'un âtre intérieur, donnant dans le séjour. Face à cette cheminée, du côté opposé de la pièce, une cage d'escalier donne accès à un étage partiel. Les murs de cette cage reproduisent eux aussi le bossage triangulaire obtenu avec les blocs de béton Siporex. Du haut de l'escalier, l'étage partiel permet de dégager une vue sur l'espace du séjour, et tout particulièrement sur la cheminée. Se distingue aussi très nettement, de ce point de vue en hauteur, le système de chauffage à air chaud, diffusé par un conduit en bois suspendu qui fait le tour du séjour. L'unique étage, desservi par l'escalier central, laisse place à deux petites chambres auxquelles on accède par un étroit couloir dont les cloisons de bois forment des angles droits saillants. L'espace crée par ces derniers permet d'aménager de petits placards à l'intérieur des chambres. Ces deux pièces se répartissent de chaque côté d'une salle-de-bain dont les habitants se partagent l'usage.

La villa, par ses différences de niveaux dues à la présence d'un étage partiel, est coiffée de plusieurs toits plats, à l'origine recouvert de shingle. L'espace du séjour dispose d'un toit de plan carré, l'espace d'entrée et la chambre au-rez-de chaussée sont recouverts d'un toit légèrement abaissé par rapport à celui du séjour, et enfin, l'étage supérieur dispose du sien propre. Tous débordent largement des façades, excepté du côté celle en limite de parcelle. Les toits viennent en effet s'y buter, puisque le mur de cette façade est lui-même débordant. Une gouttière courre le long des larges débords de ces toits, et crée un effet à la fois décoratif et poétique, en laissant s'échapper l'eau en rideau de pluie grâce à un motif ajouré d'alignement de carrés.

La maison Weill se caractérise par l'importance de ses ouvertures sur le jardin, un décor de bossage en Siporex enduit de couleur blanche, et la présence importante de bois. Les espaces intérieurs, ouverts sur l'extérieur, mais aussi communiquant les uns les autres, ménagent de multiples points de vue, dans lesquels le jardin est toujours visible en arrière-fond. D'une surface habitable de 99, 55m2 (75,75m2 au rez de chaussée et 28, 80m2 à l'étage), la maison reste de taille modeste mais offre une véritable symbiose avec son environnement direct.

Murs béton parpaing de béton enduit
Toit bitume
Étages 1 étage carré
Couvrements
Couvertures terrasse
Escaliers escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours sans jour
Techniques maçonnerie
menuiserie
Mesures :
Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Annexes

  • BALEY, Hervé, H. Baley, D. Ginat, A. Marcoz, Aujourd'hui : Art et Architecture, septembre 1966, n°54 France 1, p.64

    L’architecture est le moyen de situer l’individu

    dans un contexte vital.

    C’est le geste de créer un lieu,

    qui lui donne la possibilité d’être chez lui

    dans le cadre environnant,

    qui le situe par rapport à ce cadre

    et le situe par rapport à lui-même.

    En cela seulement réside le réel confort.

    C’est le geste d’accueillir.

    C’est faire que la forme accueille l’espace

    et l’espace la lumière ;

    que l’intérieur accueille l’extérieur

    et que l’extérieur exalte l’intérieur.

    C’est la faire fleurir l’espace

    au moyen de la lumière

    et des formes.

    L’œuvre bâtie comme une plante se développe.

    Il n’y a que le développement de formes

    et espaces se développant :

    démarche que l’homme décide par son geste

    et dans son geste accompagne.

    Le geste est l’efflorescence de la géométrie

    dans lequel elle s’épanouit et s’exalte

    devenant vivante et spatiale ;

    ainsi qu’il en est sa parure

    il est sa raison d’être, sa richesse, son langage.

    L’œuvre architecturée est en continuel changement

    selon les respirations diverses de la vie ;

    elle est elle-même vie et devenir ;

    elle ne peut donc

    ni s’inscrire dans une définition

    ni s’ériger en théorie.

    Elle est ambiance et non image.

    Image : proposition définie

    qui est prisonnière d’elle-même et qui emprisonne,

    expression d’un moment

    dans une époque,

    dans un style,

    dans une mode.

    Telles furent depuis la Renaissance

    avec leur semblant de révolutions

    nos fiertés architecturales.

    Une image ne sera jamais que belle ou laide.

    Une ambiance sera toujours évocatrice.

    L’architecture est incantation et évocation ;

    son essence est analogie,

    sa recherche est connaissance de la vie,

    son expression est poésie,

    son verbe est hors du temps.

    Hervé Baley.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AM Croissy-sur-Seine, service urbanisme, PC YV.78.5.89.078. Arrêté de permis de construire du 10 février 1966.

Bibliographie
  • EMERY, Marc, GOULET, Patrice. Guide architecture 1945-1983. Paris : Groupe Expansion, Architecture d'Aujourd'hui, 1983.

    p.85
  • VAN EYNDE Salomé. Hervé Baley et l'espoir d'une autre architecture : d'un enseignement à l'autre. Mémoire d'étude de l'Ecole du Louvre, sous la direction d'Alice Thomine-Berrada, conservatrice en chef au Musée d'Orsay, Mai 2017.

    annexe 7
Périodiques
  • BALEY, Hervé, GOULET, Patrice, H.Baley, D.Ginat, A.Marcoz, Aujourd'hui: Art et Architecture, septembre 1966, n°54, France I, p.64-81.

    p.78
  • Anonyme, Habitation à Croissy. H. Baley, D. Ginat, A. Marcoz. L'Architecture d'Aujourd'hui, juin-juillet 1969, n°144

    p.43
  • EMERY Marc, MATAOUCHEK Victorine, Paris-guide, L'Architecture d'Aujourd'hui, juin-juillet 1968, n°138, p.99-104.

    p.103
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel - Sol Anne-Laure
Anne-Laure Sol

Conservateur du patrimoine, service Patrimoines et Inventaire, Région Ile-de-France.


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- Van Eynde Salomé
Salomé Van Eynde

Étudiante de l'École du Louvre et diplômée d'une licence de philosophie (université Sorbonne-Paris IV), Salomé Van Eynde est l'auteur d'un mémoire, soutenu en juin 2017, sur l'enseignement d'Hervé Baley à l'École Spéciale d'Architecture (1968-1990). Elle réalise un stage au sein du service de l'Inventaire de la région Ile-de-France en mai et juin de la même année, stage au cours duquel elle seconde la conservatrice du patrimoine Anne-Laure Sol dans ses recherches sur Hervé Baley (1933-2010) et Dominique Zimbacca (1928-2011).


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